‹ Un artiste auvergnat: Emmanuel ChabrierChapitre 4 sur 9 · I.n fa'>«;''- î - (',:ibrîor avait profondémcnit ses racines · texte numérisé non relu

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Maison natale d'Emmanuel Chabrier, a Ambert

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Ris, près du Bourbonnais ; en tous cas, on la trouve, dès le xviii* siècle, établie dans une situation notable au cheflieu même de cette région^ à Ambert. C'est là qu'Alexis- Emmanuel Chabrier naquit, le 18 janvier 1841, dans une maison de TAvenue de la Masse (1). Nul berceau d'artiste ne fut environné de plus beaux paysages. Au seuil du pittoresque Velay, proche de La Chaise-Dieu, Ambert est assise sur les bords de la charmante Dore, dont la vallée s'incurve entre les monts du Forez et ceux du Livradois. Hors de ses remparts ruinés, elle s'épanouit doucement dans les prairies ; sans transition, on passe de la petite ville à la pleine campagne : et c'est> alentour, une triple guirlande de verts pâtis, de sapins bleus-noirs et de cimes mauves. Ces montagnes environnantes sont habitées par une population ingénieuse et adroite, dont les métiers touchent à l'industrie d'art : meubles, chapelets, dentelles, etc. Sans insister sur le rapprochement, on s'étonne moins de voir une nature d'artiste se former dans ce pays aux sites composés, parmi ces montagnards aux doigts habiles, que si elle avait poussé en telles contrées plus rudes de l'Auvergne, aux confins de la Corrèze, par exemple.

Mais, plus que le milieu géographique, l'hérédité marqua son influence sur la figure de Chabrier. C'est sûrement de sa famille paternelle qu'il tenait, sinon son goût artistique, du moins les traits les plus saillants de sa physionomie, tout ce qu'on est convenu d'appeler « son tempérament ». Il existait, au témoignage des gens d'Ambert, un caractère Chabrier dont les signes étaient communs aux membres de cette famille : vivacité d'intelligence, mobilité d'impressions, certain désir d'étonner, enfin, une nervosité excessive dont Emmanuel, entre autres, fut l'exemple frappant. La carrière traditionnelle des Chabrier, à Ambert, était la magistrature, et lorsque Em-

(1) Actuellement contiguô a la Caisse d'Epargne, et occupée par les dames Qiabrier-Sugter.

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manuel prit ses grades en droit, il ne fit que suivre l'usage familial. Son grand-père, Alexis Chabrier, qui fut le cinquième de neuf enfants, était juge à Ambert. Jean Chabrier, le père d'Emmanuel, était avocat. Cette profession, il ne l'exerçait d'ailleurs qu'en amateur, ce qui lui permit de suivre son fils dans les déplacements exigés par ses études. A Ambert, pour occuper ses loisirs^ Jean Chabrier, ayant noué relations avec des réfugiés espagnols, apprit leur langue, et cela lui servit plus tard, à Paris, pour entrer au contentieux d'une Compagnie de chemin de fer. Il avait, — au physique, la complexion replète, la figure ouverte, — et au moral, la finesse d'esprit, la ténacité, la véhémence, l'exubérance bouffonne qui ont caractérisé son fils. Il avait fait un grand discours humoristique pour l'abolition du règlement qui interdisait alors aux avocats le port des moustaches ; et, en signe de protestation, il portait sur sa face rasée, une courte barbiche, qui l'avait fait surnommer « Chabrier-la-mouche ». Certains traits de cette physionomie, qui fut un peu celle d'Emmanuel, se retrouveraient encore chez les fils de celui-ci, au moins chez l'alné, écrivain d'un art délicat, en qui semblent revivre, avec le visage de son père, sa vivacité d'impressions, et son ingéniosité comique.

Si Emmanuel Chabrier appartient à Ambert par la naissance et l'origine, il y vécut peu, et c'est à Clermont- Ferrand qu'il fut élevé et sentit s'éveiller en lui le goût musical. En 1851, âgé de 10 ans, il entrait au Lycée Impérial — aujourd'hui Lycée Blaise-Bascal — et faisait, en 1853, sa première communion à l'église Notre-Dame du Port. Son père et sa mère l'avaient suivi à Clermont- Ferrand, où ils prirent un logement dans le groupe de maisons appelé « Cité Chabrol ». Emmanuel fut au collège un assez bon élève, intelligent et aimable, un peu turbulent, mais surtout très préoccupé de musique. Il n'est pas exact d'avancer, comme on Ta fait^ que ses parents aient absolument, et dès l'origine, contrarié cette vocation. Au

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contraire, ils étaient fiers des dispositions précoces de leur fils, et se plaisaient à produire, dans les cercles d'amis, le jeune musicien qui, sans se faire prier, improvisait au piano des petites danses pleines de verve. L'écolier Emmanuel Chabrier ne tarda pas à se faire, à Clermont comme à Ambert, une réputation de virtuose en herbe. Il recevait les leçons d'un bon violoniste établi à Clermont-Ferrand, Tarnowski, et s'essayait déjà à de menues compositions. Un jour, — il avait alors quinze ans, — il remit une mélodie de sa façon à un certain Saint-Charles, qui était engagé comme baryton au théâtre de Clermont. La mélodie était écrite sur une poésie de Lamartine (naturellement!) et dédiée au susdit chanteur; elle eut les honneurs d'une exécution publique : c'était l'aube de la gloire 1 Seulement, Emmanuel n'était pas encore bien fixé sur l'art qui le rendrait célèbre : la peinture, où il réussissait, le sollicitait presque à l'égal de la musique. Pour trancher, son père décida qu'il ferait son droit, et le ménage Chabrier transporta son foyer à Paris.

Paris 1 c'était le champ ouvert aux ambitions artistiques du jeune Chabrier. Il y arriva vers 1857, pour terminer ses études au Lycée Saint-Louis, passer son baccalauréat en 1858, et prendre ensuite ses inscriptions à l'Ecole de Droit. Comme toutes les âmes ardentes, la sienne ne put résister à la griserie qui émane de la bataille spirituelle dont Paris est le théâtre, à l'attrait de cette lutte impétueuse, où les talents et les convoitises se disputent la gloire et l'argent. C'était le temps où un autre Auvergnat, Vallès, le fameux a réfractaire », commençait à agiter l'opinion dans les questions sociales et à déchaîner, au travers des idées reçues, les paradoxes de son esprit orgueilleux, avide, indomptable. Vallès disparut de l'actualité parisienne, après 1871, alors que Chabrier entrait en scène : singulière correspondance que les destins consécutifs de ces deux Auvergnats à Paris, — l'un et l'autre réfractaires, l'un eu littérature, l'autre en art ! Chabrier,

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comme Vallès, est issu de la région du Forez; tous deux sont des irréguliers : Vallès a passé à côté de TEcole Normale, Chabrier à côté du Conservatoire. Chacun d'eux apporte dans la voie qu'il a choisie la même impatience de se produire, de percer en dépit des obstacles, en dehors des sentiers battus : chez l'un comme chez l'autre, même génie passionné, personnel, insoucieux de la culture traditionnelle. Tous deux ont échoué dans leur effort, se sont brisés contre la réaction d'un milieu inégal à leurs passions. Il semble que Chabrier soit venu à Paris pour y continuer, dans l'art musical, l'attitude de Vallès dans le journalisme, pour y prolonger le geste de l'ambition et de l'indiscipline auvergnates.

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