MADAME DU BARRY
(( Non, Monsieur, je donnerai toute ma vie l'exem- « pie, peu suivi, d'une fierté indépendante. Avec de (( pareils principes, je sens que je n'ai rien à attendre « de la génération actuelle des journalistes, peut- {( être même du public; mais la justice que la sui- ({ vante me rendra en sera plus pure, et je suis assez {( jeune pour espérer d'en jouir. En attendant, je tra- « vaillerai bien plus à mériter des éloges, qu'à m'en « donner. »
Ces lettres, cela va sans dire, ruinèrent toute idée de conciliation. La Harpe monta sur ses ergots et reprit un duel dont les années allaient augmenter la violence.
Si éloigné que fût Linguet par sa sauvagerie, et par les exigences de sa vie laborieuse, des salons, des couloirs, des appartements grands et petits où se tramait la politique, ses théories, ses joutes avec les philosophes avaient fait connaître son nom à Versailles.
Ses livres le classaient, l'enrégimentaien t par avance au nombre des autoritaires, des partisans du pouvoir absolu : des réactionnaires, comme on dirait maintenant.
Il allait donc, à cet instant critique où Choiseul et d'Aiguillon se disputaient la France, être poussé vers d'Aiguillon.
Celui-ci, en 1769, était déjà tout-puissant par la favorite, Mme du Barry, que lui et de Maupeou, avec
l'aide de Lebel, avaient installée sur le trône de la Pompadour.
Non contents de ce triomphe, le chancelier et le futur premier Ministre songèrent, paraît-il, à faire monter leur créature jusqu'au trône de France; ils ébauchèrent une intrigue dont le but aurait été le mariage de Louis XV avec la favorite.
Espérèrent-ils jamais réussir dans une semblable entreprise? Ils auraient bien mal connu, en ce cas, les sentiments du souverain, qui dans une lettre à Ghoiseul disait expressément : « Vous ne verrez pas « de ma part une dame de Maintenon »,
Il est peu probable que d'Aiguillon et Maupeou se soient fait longtemps illusion sur les intentions de Louis XV; mais il semble qu'ils les aient cachées à la favorite, qu'ils aient tout mis en œuvre pour la faire vivre, pour l'entretenir savamment dans ces rêves d'union royale.
La première objection à cet étrange projet était le mariage de Mme du Barry, et l'impossibilité du divorce dans le royaume de France,
Pour attaquer cette première difficulté, on eut recours à la plume de Linguet K
On connaissait sa Théorie des loix, et l'audacieux chapitre où il se déclarait partisan du divorce. On l'engagea à reprendre d'une manière plus complète et plus saisissante ce plaidoyer dangereux.
Gomment se noua la négociation? quel fut le négociateur? Linguet ne le dit jamais ; mais il est certain qu'il accepta de composer, sous la forme d'un Mémoire à consulter, avec des noms imaginaires, un écrit