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LE PROCES DE BRETAGNE

qui témoignent peut-être moins de sa cupidité, que de l'obstination et des violences de son tempérament.

Un duel s'engage et se poursuite travers les changements de ministères, à travers les révolutions de Parlements. Après la mort de Louis XV, sous le ministère de M. de Maurepas, oncle de d'Aiguillon, la lutte atteint son maximum de violence. Le duc résiste ; Linguet s'acharne sous la perpétuelle menace de la Bastille et de l'exil. Il s'adresse directement au roi, à Marie- Antoinette, qui par haine de d'Aiguillon l'encourage secrètement. Il va faire aux ministres des scènes de violence. Par ces maladroites fureurs il met en joie ses adversaires, provoque la calomnie et se fait une situation intolérable dans les lettres et au barreau.

Enfin l'exil arrive. A peine en Angleterre, Linguet condense toutes ses colères dans un pamphlet qu'il intitule Aiguilloniana. Le ministère, effrayé, entre en négociations, et obtient à grand'peine (mais non à prix d'argent, nous en verrons les preuves) la suppression de ce pamphlet '. Mais sous mille autres

1. Aifjuilloniana ou Anecdotes utiles pour V Histoire de France au XVIIP siècle depuis l'année 1770. Par M. Linguet, à Londres, 1777. — Nous devons à l'extrême obligeance de MM les bibliothécaires de la ville de Reims la communication d'un exemplaire, peut-être unique aujourd'hui, de ce pamphlet contre d'Aiguillon. Aux Archives diplomatiques du ministère des affaires étrangères, nous avons trouvé une correspondance inédite relative à la publication, ou plutôt aux menaces de publication de ce pamphlet. Nous produirons plus loin ces documents qui se rattachent à l'histoire curieuse des relations de Linguet avec les ministres, et notamment avec M. de Vergennes. Mais nous devons indiquer dès à présent que ce recueil de Y Aiguilloniana donna lieu aux négociations les plus compliquées. Linguet consentit à le faire disparaître à de certaines conditions; l'édition tout entière fut enfermée dans

formes, avant et après le séjour de Linguet à la Bastille, la lutte continue obstinée, implacable.

Enfin en 1786, la scène change, et le troisième acte nous montre l'apothéose de Linguet triomphant.

A la suite d'une active correspondance entre M. de Vergennes et Mercy-Argenteau, le baron Linguet, conseiller d'État de Sa Majesté l'empereur d'Autriche, est autorisé à se rendre à Paris pour plaider luimême à la Grand'Ghambre du Parlement sa réclamation d'honoraires contre M. le duc d'Aiguillon.

Aux applaudissements de la foule, à la joie de la reine dont les dames d'honneur assistent à l'audience, l'ancien ministre de Louis XV est, par arrêt du Parlement, condamné à payer à son avocat la somme de 24 000 livres.

Mais reprenons le récit où nous l'avons laissé, à l'heure où d'Aiguillon charge Linguet du soin de sa défense.

Linguet voulut avant tout connaître la procédure qui, depuis tant de mois, envahissait les greffes de son flot grossissant de mémoires, factums, arrêts, dépositions. Il voulut, l'imprudent, avoir toutes les

des caisses, transportée à Paris par les soins du marquis de Noailles, alors ambassadeur à Londres, où Linguet résidait. Le tout alla à la Bastille, et fut mis au pilon, ou bien brûlé. Linguet a toujours affirmé que quatre exemplaires seulement de l'ouvrage avaient subsisté : le sien, celui du comte de Maurepas, celui de M. de Vergennes, et en dernier lieu l'exemplaire du garde des sceaux, M. de Miroménil.

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