‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 135 sur 215 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le chancelier Maupeou. — 1. Un Parlement excommunié. Avocats ilu\ avocats au; la Saint-Martin de 1771; Linguet est parmi les rentrants. — L' « aigle » du Parlement Maupeou. — II. L'affaire du marquis de Gouy d'Arsy; un procès de séparation de corps dans le grand monde au xviu" siècle. — IIL Les griefs; un logement au Louvre; les toilettes de la Marquise; le jeu de « Madame »; le chien « Zizi » ; cause gagnée. — IV. La duchesse d'Olonne. — Linguet et les traitants. — V. Mme de Bombelles; un mariage « au désert ». M" de Vaucresson ; Linguet réprimandé. — VI. Entrée en scène de Mme Buttet; ses lettres à Linguet; début de leur liaison; accusations de Brissot. — Vil. Vifs démêlés de Linguet avec les Gens du roi; un grand schisme au Palais. — Mlle La Caille. — Affaire de Bellegarde ; première lettre de cachet; Linguet est exilé à Chartres.

En tous pays on peut admirer d'utiles réformes et de belles institutions qui sont dues à l'initiative de gens peu recommandables. Les sages et les délicats devisent du progrès, ils en caressent l'espoir, et vont parfois jusqu'à l'appeler par des phrases assez violentes. Mais presque toujours il faut des aventuriers pour passer à l'exécution. L'aventurier Maupeou fut ainsi le premier et vigoureux créateur des institutions judiciaires modernes.

Son œuvre, si éphémère en apparence, était l'assise indestructible d'un édifice qui semble encore fort loin d'être achevé; et tous ceux qui, depuis cent vingt ans, tendent, malgré les obstacles de toute sorte, aux réformes de la justice, ne font que s'avancer dans la voie largement ouverte par les « affreux édits » du chancelier Maupeou.

Une justice prompte, gratuite et rapprochée du justiciable, la vénalité de tous les offices abolie, le domaine du juge à jamais séparé du domaine législatif : ces idées-là naissaient à peine lorsque Maupeou eut l'insolence de les jeter d'un coup dans la réalité.

Dans cette révolution de Palais dont il fut vraiment l'âme, la volonté maîtresse, il eut pour auxiliaire son secrétaire Lebrun, futur consul, futur duc de Plaisance et archi-trésorier de l'Empire, qui devait réaliser sous Bonaparte une partie de l'œuvre tentée sous Louis XV.

Il fut aussi puissamment servi par Linguet qui avait souhaité, inspiré la réforme, qui allait donner la vie au nouveau Parlement par ses brillantes plaidoiries.

Tour à tour glorifié et honni, Linguet devait être le grand acteur, 1' « aigle » du Parlement Maupeou avant de devenir sa victime. Proscrit enfin de ce nouveau prétoire, nous le verrons, malgré ses rancunes, juger avec sagesse et impartialité toute cette épopée de robe.

Aussi ne peut-on bien connaître les années qui s'écoulent entre l'exil et le rappel de l'ancien Parlement sans avoir recours aux documents que Linguet a laissés.

Et plus que tous ces documents : plaidoyers ou

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