‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 141 sur 215 · UN LOGEMENT AU LOUVRE · texte numérisé non relu

UN LOGEMENT AU LOUVRE

A ce tableau, ne dirait-on pas que le marquis avait logé sa femme à la Bastille et non au Louvre?

Demandons à Linguet la description véritable de cet appartement, que l'aïeule du marquis, Mme de Lalande, sous-gouvernante du roi, avait occupé jusqu'à l'âge de quatre-vingt-huit ans :

(( Quel est donc ce logement ^ », s'écriait notre avocat, (( dont la marquise parle avec tant de mépris et (( de ressentiment? C'est celui qu'occupait au Louvre, (( dans le temps de sa splendeur, la reine Marie de (( Médicis, mère de Louis XIIL II n'est pas possible « d'en trouver dans tout ce palais un qui soit ou « plus agréable, ou plus ouvert, ou plus commode. (( Il reçoit le jour et l'air par dix vastes croisées sur « la grande cour du Louvre, et autant sur le quai, (( et par conséquent sur la rivière. Il est composé de (( plus de trente pièces, toutes élégamment distri- (( buées, plus élégamment meublées, avec des boi- « séries, des peintures, des glaces, des bains ; enfin (( tout ce qui annonce la recherche et la somptuo- « site. »

Une (( salle de bains » au Louvre, en 1760, cela semble en effet chose bien rare et bien somptueuse ! Nous aurions cru le Louvre aussi mal pourvu que Versailles de ce genre de commodités, et nous nous demandons si Linguet, entraîné par sa cause, n'a

1. Sur cette question du logement au Louvre, Gerbier souleva un incident. Linguet en plaidant avait évalué à 30 le nombre des marches de l'escalier qui donnait accès à l'appartement, Gerbier protesta vivement. Pour lui, l'escalier avait 80 marches, il les avait montées et comptées! Linguet, narquoisement, d'insister, de maintenir son chiffre. Les gazettes et les Mémoires secrets firent des gorges chaudes de cette querelle d'avocats.

point paré la vérité! Ces « bains » rendent toute la description suspecte!

Laissons cela : on passait encore condamnation sur le logement. Mais la marquise se retranchait, pour établir l'avarice de son époux, sur le chapitre essentiel des robes et de la parure. C'est un point que les avocats n'avaient garde de négliger.

En mai 1770, lors des fêtes données à Versailles pour le mariage du Dauphin, Mme de Gouy, si l'on en croit Linguet, fit éclater brusquement des goûts nouveaux pour la toilette. Elle parut à Versailles « en grand habit de pluie d'argent garni de rézeaux « d'or fin »; et on l'admira au bal paré qui suivit le mariage « en grand habit de patissoie jonquille, « garni de rézeaux d'argent fin ».

Quels sentiments ces goûts nouveaux inspirèrentils au marquis?

Il protesta, dit la marquise, et il eut la singulière audace de conseiller, d'ordonner peut-être à sa femme « pour les habits de bal, pour les dominos » l'emploi des gazes fausses, « gazes économiques qui », disait-il par ironie sans doute, « suffisent pour ces (( décorations mobiles d'un moment, gazes dont les (( femmes de première quahté font usage!... »

Et Linguet, technique et précis, de répliquer par des inventaires : la lésinerie du marquis est si peu prouvée sur le fait des toilettes, que sa femme avait, d'après un état en forme, en quittant le domicile conjugal, (( quatre-vingt-deux robes de toutes saisons, « garnies en or, en argent, en dentelles, en fourrures « très rares; vingt-trois déshabillés complets; deux c( toilettes de dentelle, l'une de point, l'autre d' Ance gleterre, etc., etc. »

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