‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 194 sur 215 · BRISSOT, MALLET-DUPAN · texte numérisé non relu

BRISSOT, MALLET-DUPAN

II fallait qu'un censeur, un de ces hommes « chargés, comme disait Linguet, de tenir les auteurs « dans des brassières éternelles», fût préposé à la surveillance du nouveau journal et de son rédacteur. C'est au sieur Cadet de Senneville qu'échut cette dangereuse mission. On verra par la suite combien il eut à en souffrir!

Ici nous ne voulons rien dire sur la destinée du journal. Observons seulement que Linguet, tout de suite, prit position contre les ministres, l'Académie et les philosophes. Les souscripteurs furent enchantés, et parmi les belles lectrices il n'en fut point de plus ravie, de plus amusée par tant d'attaques folles contre les puissants du jour, que la jeune reine Marie- Antoinette!

Brissot, qui avait vingt ans, et qui venait de s'ennuyer ferme dans l'étude d'un procureur, arriva rue Tictonne un matin.

(( Quel âge avez-vous? lui dit Linguet.

— Vingt ans.

— Heureux mortel, à la veille de tout ce qui se prépare • ! »

L'heureux mortel fut admis dans la rédaction du Journal de politique et de littérature. Dans l'officine de la rue Tictonne, à côté de François de Neufchàteau, Brissot devint un secrétaire en partie double pour le Palais et le journal.

rait la somme de dix mille livres chaque année. De plus, « dans « le cas où le nombre des souscripteurs excéderait six mille, « M. Linguet recevrait mille livres de plus, pour chaque mil- « lier de souscriptions qui surpasserait ce nombre ». Chaque souscripteur payait 18 livres; d'après des calculs établis par Linguet, le produit des souscriptions s'éleva à cent mille livres. L Mémoires de Brissot, Paris, 1877, p. 77.

Le jeune Mallet-Dupan fut aussi un collaborateur de la première heure '. Quand parut le journal, Mallet venait de débuter dans les lettres par ses Doutes sur Véloquence et les systèmes politiques. Cette brochure lui avait été inspirée par la Théorie des loix civiles : c'était une boutade contre les accusateurs de Linguet, (( et leurs raisonnements tirés de Montesquieu ». On comprend que Linguet n'ait point hésité à prendre un tel auxiliaire.

Mallet-Dupan s'occupa surtout de l'édition suisse du journal, et des questions d'économie politique, c'est-à-dire de la guerre implacable que Linguet fit aux idées de Turgot dès l'arrivée de celui-ci au ministère.

On devine que, peu soucieux de la déclaration royale du 20 avril 1757, de l'ordonnance plus récente de 1769 qui condamnait à mort « tout auteur d'écrits « tendant à émouvoir les esprits », Linguet, Brissot et Mallet-Dupan (au grand désespoir du sage Panckoucke et du ménage Suard) ne tendirent précisément qu'à échauffer les cervelles. Ils ne manquèrent point de commettre la faute de railler les us et coutumes, les règlements et les traditions de « l'Ordre sublime », de bafouer les « Minos du tableau ».

Ceux-ci pendant ce temps préparaient leur vengeance, ils allaient bientôt la goûter aussi complète que possible.

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