‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 31 sur 215 · Furetière, le Roman bourgeois, p · texte numérisé non relu

Furetière, le Roman bourgeois, p

quaient vers les galeries, étalant les modes nouvelles, l'article de Paris.

Mais les libraires étaient les rois de la Grand'Salle, et leurs boutiques disposées autour des piliers formaient les Bancs célèbres, les douze Bancs du barreau.

Ces douze parlottes où siégeaient les anciens, avec leurs gros sacs, attendant l'heure de plaider, étaient les salles d'armes où s'escrimaient les fines langues, les nouvellistes, les médisants; lieu redoutable où les stagiaires se tenaient debout, avec des mines confites, souriant aux beaux orateurs, quêtant par leur silence modeste, ou par un mot adroit, le regard bienveillant d'un des dieux du barreau.

C'était un lieu plein d'attraits et de séductions perfides pour Linguet, qui du premier coup y brilla, mais avec quelle maladresse ! Disant des vérités ironiques et cruelles, impatient de son obscurité, supérieur avec amertume, et par là certain de déplaire, d'écarter toute sympathie.

Ces douze Bancs de la Grand'Salle correspondaient à la division du barreau, des 600 avocats, en douze bandes ou colonnes, dont la réunion formait l'Ordre, dirigé par un bâtonnier.

Ce bâtonnier était élu le 9 mai, à la Saint-Nicolas, par l'assemblée générale de ses confrères. Ses pouvoirs ne duraient qu'un an. Il avait pour insigne un long bâton qu'il portait dans les cérémonies.

Chaque banc dépendait de la boutique d'un libraire, et portait une dénomination spéciale. Le premier se nommait le Pilier des consultations; le second, la Prudence; le quatrième, l'Épée herminée; le sixième, la Bonne Foi ; le neuvième, le Lion d'or et la Palme; le douzième enfin, Sainte-Véronique.

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