‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 30 sur 215 · LA GRAND SALLE · texte numérisé non relu

LA GRAND SALLE

« lers qui vont les mettre sur le bureau * », Il a l'air vaguement pressé de l'avocat qui feint la hâte, le tracas de multiples affaires, alors que le souci du pain torture ses entrailles, et que ses yeux fouillent en vain l'horizon pour découvrir cet être exquis et chimérique qu'on nomme au Palais : le premier client.

Oh! cette Salle des Pas-Perdus, si froide maintenant dans ses blancheurs de gare vide, si morne malgré son beau Berryer de marbre, son Malesherbes honorable et ennuyeux, comme elle était bruyante et grouillante, lorsque la triple vie des livres, de la politique et du barreau s'agitait dans tous ses recoins!

Il y a au palais de justice de Naples deux longues galeries parallèles, où une foule bariolée et bruyante, mêlée aux hommes de loi, se presse autour des tables d'écrivains, des étalages de fruits, des restaurants, des boutiques. Ce spectacle, cette vie intense, ce tapage de couleurs et de cris, donnent quelque idée sans doute de ce qu'était au xvm" siècle la Grand'- Salle reconstruite par de Brosses après l'incendie de 1617.

A l'une des extrémités de ce vaisseau immense se dressait un autel édifié et paré par les procureurs, et qui leur avait coûté 40000 livres. On y disait la messe tous les jours, et la messe rouge le 12 novembre.

Au pied de l'autel s'entassaient les boutiques, fuyant en lignes serrées jusqu'à l'autre extrémité, jusqu'au seuil même du tabernacle judiciaire, de la Chambre Dorée. Elles suivaient les murs, bifur-

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