VOLTAIRE ACCUSE
Dumayniel de Saveuse, « moins âgés encore que (( Moisnel, dit Linguet, et dont il avait fait la con- (( fession en même temps que la sienne * »,
Quand il sut par M. Douville que Voltaire était au nombre des accusés et que le procès prenait la tournure d'une croisade contre Ferney, Linguet tomba d'abord en d'extrêmes perplexités.
Le Dictionnaire philosophique était un accusé qu'il n'avait pas prévu, qu'il ne voulait à aucun prix défendre. La couleur qu'il avait prise dans la coterie de Fréron, ses engagements quotidiens contre les philosophes lui interdisaient de plaider pour Voltaire. D'autre part, n'était-il pas forcé de convenir que le Fanatisme des philosophes, dont il avait composé la satire à Abbeville même, se trouvait singulièrement dépassé par le pieux fanatisme des monitoires? Le cas était épineux.
Linguet prit le bon parti, celui d'oublier les querelles et les théories, les alliances et les inimitiés littéraires, pour se consacrer sans réserve à la défense des innocents. Il rédigea, dès le début de l'enquête, un grand mémoire pour le chevalier de La Earre.
Mais le Parlement mit obstacle à l'impression de cet écrit. Les magistrats, cette année-là, semblaient pris de vertige. Saisis de frayeur à l'idée d avoir, par l'expulsion des jésuites, avancé le triomphe des philosophes et de l'irréligion, ils voulaient réagir; ils brûlaient les ouvrages de Rousseau, et cherchaient à frapper un grand coup "sur Voltaire.
L'affaire de La Barre se présentait à point. Elle