LA FEUILLE D'AUDIENCE
Le 4 juin 1766, trente-six affaires étaient portées sur le registre criminel '.
C'est donc dans la cohue d'une audience chargée, d'une sorte d'audience « de flagrants délits » que l'affaire d'Abbeville a été appelée, sous le numéro 23.
Elle était placée entre lé procès d'une blanchisseuse qui avait volé deux chemises, et le procès d'un commis nommé Lambert qui avait aussi dérobé du linge.
La blanchisseuse et le commis furent condamnés l'un et l'autre à être battus et fustigés de verges dans les carrefours, puis flétris d'un fer chaud et bannis de Paris.
Tout porte à croire que le numéro 23 fut expédié sans coup férir, dans la hâte d'une audience d'été fatigante et fournie, entre le numéro de la blanchisseuse et le numéro du commis.
Si les magistrats avaient éprouvé des scrupules, le feuilleton, témoin irrécusable, porterait la trace des renvois, des longs délibérés. L'arrêt enfin traduirait les doutes, ou l'indulgence des juges, par certains adoucissements.
Or il n'est pas exact que la Cour (comme plusieurs historiens et notamment Henri Martin ^ l'ont cru) ait atténué la sentence d'Abbeville « en accordant au condamné la faveur d'être décapité )).
1. Les magislrals de la Grand'Ghambre ont participé au jugement de l'afTaire de La Barre à cause du texte de l'art. XXI de l'Ordonnance de 1670, tit. I, lequel portait : « Les gentils- « hommes pourront demander en tout état de cause, d'être « jugez, toute la Grand'Ghambre du Parlement, où le procès « sera pendant, assemblée ». C'est sans doute la Tournelle qui a expédié les autres. numéros du feuilleton.