Mémoires de Mme du Hausset, p
L'accusation était ridicule, elle fut bientôt rétractée. Mais Linguet, transporté de colère, avait tenu au duc des propos peu mesurés. Il fut congédié et revint en France, aigri, furieux, et taché d'un soupçon infâme que ses ennemis devaient plus tard exploiter.
En effet, après quinze ans écoulés, il était établi, démontré et reçu à Paris comme chose certaine que l'illustre Linguet avait, à dix-huit ans, débuté dans la vie en volant un cheval. L'Ordre des avocats accueillait cette absurde légende, et le bâtonnier la consignait par écrit dans l'énumération des griefs du barreau contre l'avocat qu'on voulait rayer.
« Vous avez abusé de la confiance de M. le duc « de Deux-Ponts dans le temps où vous lui étiez c( attaché *.... »
Telle était en 1775 l'accusation nettement formulée contre Linguet.
(( Je dois rendre au bâtonnier, écrivait-il plus tard, « la justice qu'il a rougi en articulant ce grief. Il a (( observé qu'il le hasardait malgré lui, mais qu'on « l'y forçait, a-t-il ajouté en désignant quelques « membres de l'assemblée, auxquels l'évidence et la ce simplicité de mes réponses donnaient des convul- « sions.
ce J'ai d'abord déclaré que le fait était faux; j'ai « sommé mes prétendus juges de me nommer des « témoins pour les faire rétracter devant eux, ou les « poursuivre devant les tribunaux. On m'a dit qu'on « ne nommerait personne. J'ai répliqué qu'en ce cas « je croyais l'assemblée trop équitable pour s'arrêter
1. Supplément aux réflexions pour M" Linguet, avocat de la comtesse de Béthune, p. 36, t. X des Mémoires et Plaidoyers de M« Linguet, avocat à Paris,