‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 73 sur 215 · MEMOIRE DE LINGUET · texte numérisé non relu

MEMOIRE DE LINGUET

Il y parvint, et ce succès, qu'aucun écrivain ne relève, aurait dû compter pour sa gloire.

Son Mémoire pour les jeunes Moisnel, de Saveuse et Douville de Maillefeu parut le 27 juin 1766.

Ce courageux écrit, dont on connaît déjà plusieurs passages, était bien fait pour déchaîner contre son auteur les plus redoutables colères.

Le 1" juillet, M. Joly de Fleury écrivit, à son sujet, la lettre suivante au lieutenant général de police :

(( Il a été ce matin, Monsieur % fait un arrêté à la « Grand'Ghambre qui porte qu'un mémoire à con- « sulter pour les nommés Moisnel , Dumesniel de (( Saveuse et Douville de Maillefeu , imprimé chez (( Gellot, rue Dauphine, sera remis entre les mains « des Gens du Roy, et par lequel ils sont chargés de « prendre toutes les mesures pour en arrêter la dis- (( tribution.

(( J'ay l'honneur de vous écrire en conséquence pour « vous prier de donner les ordres les plus précis « pour en arrêter tous les exemplaires et la distribu- (( tion. Je vais veiller de mon côté à ce qu'il n'en « soit fait aucune distribution au Palais. »

Gette mesure resta secrète; et, malgré les cris et les plaintes de Duval de Soicourt, le Parlement n'osa point cette fois sévir publiquement contre Linguet ^.

i. Lellre du Procureur général à M. de Sarline, du l" juillet 1766 (dossier Joly de Fleury). Inédile. 2. Au mémoire était jointe une consultation purement juri-

Duval se plaignait, disions-nous, il assiégeait de ses doléances le Parquet général et ne cessait d'appeler sur Linguet la foudre des réquisitions de M. Joly de Fleury.

« J'implore votre protection, Monsieur, écrivait-il « le 5 juillet ', je me flatte que vous vouderez bien me « l'accorder, et me permettre de déposer au Greffe « de la Cour un exemplaire de ce mémoire pour servir « de dénonciation. J'ai de justes motifs de croire, c( Monseigneur, que M. Linguet, avocat, en est l'au- « teur, puisqu'il est le dernier qui a signé la con- « sultation ; j'ai lieu de croire aussi que les instruc- « tions auront été fournies par le sieur Douville, père « du sieur Douville de Maillefeu accusé; l'amitié qui « les lie depuis quelques années et que les éloges qu'il (( lui prodigue annoncent, autorise ma présomption, (( ainsi que les discours que le dit sieur Douville a « tenu hautement contre moi en cette ville.... Signé : « Duval de Soicourt,

« Lieutenant particulier, " Assesseur criminel en la sénéchaussée de Ponlhieu. »

Le 6 % le 10 juillet ^, nouvelles lettres. L'assesseur explique au Procureur général que, s'il a été forcé

dique que Linguet avait fait signer aux plus célèbres avocats : Cellier, d'Outremont, Gerbier, et même au féodal Muyart de Vouglans qui pourtant à cette heure même s'évertuait, impuissant, à réfuter Beccaria.

1. Lettre de Duval de Soicourt à M. Joly de Fleury, du 5 juillet 1766 (dossier Joly de Fleury). Inédile.

2. Lettre de Duval de Soicourt à M. Joly de Fleury, du 6 juillet 1766 (dossier Joly de Fleury). Inédite.

3. Lettre de Duval de Soicourt à M. Joly de Fleury, du 10 juillet 1766 (dossier Joly de Fleury). Inédite.

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