‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 74 sur 215 · LUTTE AVEC DUVAL DE SOICOURT · texte numérisé non relu

LUTTE AVEC DUVAL DE SOICOURT

de faire juger la cause par de Broutelles, « le marchand de porcs », c'est parce que sur 24 officiers, conseillers ou avocats au siège, 21 étaient parents des accusés. Il insiste « sur tout ce que son cœur dictait (L de favorable pour les accusés, et que le devoir seul a « pu faire taire ». D'ailleurs il ne fait aucune réponse directe et topique aux accusations de Linguet.

Cependant, le 13 juillet', il triomphe pour avoir relevé dans le mémoire une bien grande inexactitude ! L'avocat n'a-t-il pas dit que Moisnel était cousin germain du rival préféré, alors qu'on peut prouver qu'il n'était que parent à un degré fort éloignél

Duval de Soicourt ajoute : « Je ne dois pas vous (( laisser ignorer, Monseigneur, les sollicitations vives a que les parents des sieurs Moisnel, Saveuse et Mail- « lefeu font auprès de moi depuis quelques jours, ({ pour m'engager à procéder à leur jugement; quelle « conduite contradictoire et inconséquente ! Yci on « me presse de juger, et on attaque à Paris des « moyens de récusation contre moi -. »

A Paris, en effet, M. Douville et Linguet faisaient les plus actives démarches auprès de M. Joly de Fleury pour obliger Duval à se récuser.

Voici la note courageuse que Linguet remettait luimême au Procureur général :

1. Lettre de Duval de Soicourt au Procureur général, du 13 juillet 1766 (dossier Joly de Fleury). Inédite.

2. Duval de Soicourt ne se contentait point d'agir par luimême. Son fils, mousquetaire noir, qui joignait une orthographe extraordinaire au style le plus insolent, accablait de lettres le Procureur général ou ses amis. (Voir notamment une lettre de Duval de Soicourt fils à M. d'Estampes, pour le prier d'intervenir auprès de Joly de Fleury (dossier Joly de Fleury). Inédite.

« L'affaire d'Abbeville n'est pas encore terminée ' « et de jour en jour la lenteur qu'on y affecte devient (( plus criante. L'arrêt a renvoyé le jugement des (( accusés jusqu'après l'exécution du coupable. Cette « exécution est faite. Le testament de mort est reçu. « Le reste du procès est en état : il est bien étonnant « que la seule obstination du juge à ne pas juger, (( expose un jeune homme de dix-huit ans, aussi inno- « cent que malheureux, à pourrir dans les prisons où « il languit depuis un an.

« Ce n'est pas même tout : une circonstance plus « odieuse que tout le procès doit rendre le juge sus- « pect, et l'exposer à son tour à l'animadversion des « magistrats supérieurs. Aussitôt après l'exécution, « les parents des accusés l'ont sollicité de rendre la « sentence définitive : il n'a pas eu honte de répondre (( que si on voulait passer un arrêt qui supprimât le a Mémoire à consulter, il jugerait aussitôt, et jugerait « doucement !

« C'est ce qu'on sera en état de prouver par enquête, « et par le témoignage des quatre personnes à qui il « a tenu ce propos. Ainsi il ne rougissait pas de « mettre un prix à son jugement; mais il y a plus « encore ! Voyant qu'il ne réussissait point par cette « voie à détruire le mémoire dont la vérité l'incom- « modait, et dont des raisons personnelles à lui ou « à son fils lui font souhaiter l'anéantissement, il a ({ eu recours à une autre manœuvre encore plus (( révoltante que sa première proposition. Celui des « accusés qui est en prison, est un enfant faible, sans

1. Note de Linguet à M. Joly de Fleury (dossier Joly de Fleury). Inédite.

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