‹ Un avocat journaliste au 18e siècle, LinguetChapitre 97 sur 215 · Correspondance de Grimm, t. VIII · texte numérisé non relu

Correspondance de Grimm, t. VIII

sujets de toute sorte à ses idées sur la navigation), il eut la curieuse hardiesse de s'attaquer à Gicéron, et le mauvais goût de pousser trop loin sa critique.

En ce temps-là il fallait qu'un avocat, un homme de lettres, eût une étrange audace pour élever la voix contre celui que tant de harangues, tant d'écrits en prose ou en vers, n'appelaient que l'Orateur romain avec une familiarité solennelle.

Gicéron a été le vrai Dieu et souverain de nos pères; d'innombrables générations ont absorbé ses périphrases, comme le seul lait pur et garanti de l'éloquence et du style.

Quel scandale lorsque Linguet osa parler de lui dans les termes suivants :

« La vie de Gicéron est pleine de traits honteux; (( son éloquence était vénale autant que son âme était « pusillanime. Si ce n'était pas l'intérêt qui dirigeait (( sa plume, c'était la frayeur ou l'espérance. Le désir « de se faire des appuis le portait à la tribune pour y « défendre sans pudeur des hommes plus déshonorés, (( plus dangereux cent fois que Gatilina. Parmi ses « clients, on ne voit presque que des scélérats, et, (( par un trait singulier de la justice divine, il reçut -(( enfin la mort des mains d'un de ces misérables que c( son art avait dérobés aux rigueurs de la justice (( humaine K »

D'une si incroyable audace, qui fit lever au ciel toutes les manches de toutes les robes noires. Voltaire lui-même resta médusé. Et loin de s'indigner, il admira, il s'attendrit :

1. Les Canaux navigables pow la Picardie et la France. Linguet, Paris, 1769, in-12.

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