MODIFICATIONS DE LA VIRULENCE
La virulence des souches du bacille que nous étudions est extrêmement variable. Les passages sur milieux nutritifs (gélose, bouillon simple ou glucosé) semblent atténuer la virulence : les cultures repiquées de nombreuses fois donnent à la longue, non plus une escarre, mais un simple abcès enkysté. Par contre, le passage sur l'animal exalte généralement la virulence, tout au moins locale : nous avons vu qu'après isolement il faut souvent un passage par le cobaye ou le lapin pour produire l’escarre. Mais il est fréquemment très difficile d’exalter la virulence du bacille au point de rendre mortelle une souche qui primitivement donne seulement une escarre. Avec la souche II cependant, à l’aide de passages sur le lapin, il a été facile d'obtenir une culture tuant le lapin en quelques heures à la dose de 1/2 cent. cube. Mais avec la plupart des autres souches ‘il a été impossible de tuer le lapin et le cobaye même en multipliant les passages, à l’aide de très fortes doses et en utilisant la voie veineuse.
Les souches vieilles de quelques mois qui ont perdu leur pouvoir pathogène le récupèrent rarement. Généralement, après le troisième ou quatrième passage sur l’animal, les cultures ne produisent même plus d’abcès enkysté; elles sont complètement résorbées en quatre ou cinq jours.
L’exaltation de la virulence par d’autres germes est rarement produite. En présence de la coexistence fréquente du streptocoque et du bacille de la gangrène cutanée, nous avons étudié à plusieurs reprises le pouvoir pathogène des deux germes isolés puis associés. Dans tous les cas, les escarres Les plus nettes
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et les plus étendues étaient produites par les cultures pures de bacille de la gangrène; les cultures pures de streptocoque n'occasionnaient pas de lésions et les cultures mélangées du bacille et du coccus provoquaient des escarres petites et peu étendues.
Avec le B. sporogenes, nous avons, suivant la technique de MM. Weinberg et Otelesco, exalté la virulence du bacille. Nous avons injecté, dans la cuisse d'un cobaye, 3 cent. cubes de culture de vingt-quatre heures du bacille de la gangrène cutanée et 1 cent. cube de culture de B. sporogenes. Isolés, le premier produisait seulement une escarre, le second ne provoquait qu'un œædème passager. Réunis, ils entraînaient la mort de l'animal en vingt-quaire heures; à l’autopsie, la cuisse était le siège d'un œædème abondant, sanguinolent, gélatineux; le bacille de la gangrène existait seul sur les frottis; et dans Le sang du cœur on le retrouvait seul, à l'exclusion du B. sporogenes.
Cependant, même après plusieurs passages identiques, le bacille de la gangrène isolé de nouveau n’était pas plus virulent qu'avant et ne tuait pas le cobaye, même à la dose de 5 cent. cubes.