‹ Un bacille des gangrènes cutanéesChapitre 24 sur 27 · PLACE DU MICROBE DANS LA SYSTÉMATIQUE · texte numérisé non relu

PLACE DU MICROBE DANS LA SYSTÉMATIQUE

Le bacillus gangrenæ cutis (Milian) fait parlie du vaste groupe des bacilles aérobies, anaérobies facultatifs ne conservant pas la coloration de Gram. Mais quelle est sa place dans ce groupe ?

Tout d'abord, nous pouvons le distinguer d'emblée des pasieurelles, malgré son aspect morphologique de cocco-bacille à coloration bipolaire et à centre clair, malgré quelques caracières culturaux voisins, tel le pouvoir saccharolytique. Le bacille de la gangrène cutanée pousse fort bien sur pomme de terre; il pousse abondamment et rapidement sur eau de levure ; il liquéfie la gélatine, digère le lait. Enfin, ce bacille a un pouvoir pathogène très différent des pasteurelles, en particulier chez le lapin ; même quand il est très virulent et qu'il tue l'animal, on n'observe jamais ces abondantes suffusions sanguines, ces hémorragies.et ces grosses lésions pulmonaires qui constituent les lésions habituelles des pasteurelles.

Le bacille de la gangrène cutanée semble faire partie du groupe des bacilles qui sont répandus sur le sol et dans les eaux.

Parmi ces germes, il est facile d'éliminer rapidement un des plus répandus : le pneumobacille de Friedländer, car le bacille de la gangrène cutanée n’est pas encapsulé; il liquéfie habituellement la gélatine et n’attaque pas d'ordinaire le lactose ; enfin, le pouvoir pathogène est différent.

De même, la discussion de la parenté avecle B. coli ne nous

retiendra pas longtemps, malgré Le très grand nombre de races

de B. coli, car ce dernier ne liquéfie pas la gélatine, attaque le

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lactose, produit des gaz aux dépens de tous les sucres qu'il attaque et donne habituellement de lindol; enfin, le pouvoir pathogène est très différent.

Par contre, le Bacillus gangrenæ cutis se rapproche par ses caractères culturaux du groupe des B. proteus et par son pouvoir ‘pathogène du groupe des bacilles pyocyaniques et fluorescents. s

Le Bacillus proteus présente, en effet, des caractères morphologiques et culturaux d’une analogie frappante à ceux du bacille de la gangrène cutanée. L’un et l'autre ont la forme d’un bâtonnet mobile ayant parfois l'apparence d’un cocco-bacille, ou dans d’autres cas l'aspect de longs filaments de 80 y de longueur, et même davantage. Les dE péritriches A et longs sont à peu près identiques.

La similitude des caractères culturaux est plus frappante encore. Sur gélose, les 2 bacilles ont un caractère très particulier, qu’on à cru longtemps pathognomonique de l'espèce proteus : ils ont la faculté de grimper le long de la gélose, parfois même jusqu'en haut en vingt-quatre heures, en une couche homogène, ou plus habituellement en vagues concentriques. Cette culture grimpante constitue même, comme l’a montré Choukevitch, un procédé courant Fine du germe. Les cultures en br ont le même aspect et une mt putride assez analogue. Les pouvoirs protéolylique et saccharolytique sont à peu près les mêmes, et d’ailleurs assez variables d’une souche à l’autre.

L'absence habituelle de production d’indol ne constitue pas non plus un argument irréfutable contre l’hypothèse d’identité des 2 germes, puisqu'il existe des bacilles du type proteus ne donnant pas d’indol. De même, le pouvoir hémolytique du B. proteus n’est pas un caractère suffisant pour établir une différenciation absolue entre ces 2 germes.

Les caractères sérologiques ne permettent pas de solution du problème, car dans l’un et l’autre cas les sérums agglutinants sont presque toujours étroitement spécifiques ; ils limitent leur pouvoir à la souche homologue et ne donnent pas de caractères de groupes. Nous avons préparé dans ce but plusieurs sérums de lapins en partant de bacilles de la gangrène cutanée et de B. proteus isolés de l'intestin ou de plaies septiques ;

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tous les résultats avec des souches hétérologues ont été négatifs. Van Loghen, Baudet et de Groot ont montré cependant que les B. proteus ne donnant pas d'indol, qu’ils ont étudiés, sont agglulinés plus ou moins énergiquement mais d'une façon constante par les sérums préparés avec des bacilles anindologènes, tandis que les bacilles indologènes ne sont pas agglutinés par ces sérums.

La réaction de fixation du complément est également à peu près constamment négative quand on utilise comme antigène un B. proteus, et comme anticorps un sérum préparé avec un bacille de la gangrène cutanée ou inversement.

Les épreuves de neutralisation croisée ne nous ont pas davantage donné la solution du problème, et ne nous ont pas permis d'assimiler d’une façon certaine le bacille de la gan- grène cutanée au B. proteus.

Enfin, nous avons voulu essayer de reproduire les lésions , cutanées du bacille de M. Milian avec le B. proteus, pensant que cette identité des lésions constituerait un argument de plus en faveur de l'identité des 2 germes.

Nous avons essayé, à plusieurs reprises, avec diéérentes souches de B. proteus, de reproduire des escarres ; nous n’y sommes jamais arrivé; d’ailleurs, d’après les descriptions classiques, d’après les travaux de MM. Lannelongue et Achard, de M. Albert Berthelot, le B. proteus, lorsqu'il est pathogène, donne des petits abcès ou entraîne la mort par septicémie avec ou sans localisations mélastatiques; il ne cause pas d’escarre, tandis que le bacille de la gangrène cutanée en provoque constamment.

Le bacille pyocyanique, par contre, plus éloigné par ses caractères culturaux, se rapproche davantage du bacille de la gangrène cutanée par son pouvoir pathogène, plus virulent dans l’ensemble, le bacille pyocyanique entraîne souvent la mort du cobaye ou du lapin à la dose de 1/2 à À cent. cube par voie sous-cutanée; quand ce pouvoir pathogène s’atténue par vieillissement ou avec des.souches moins virulentes, il est facile de reproduire la gangrène cutanée avec ces bacilles pyocyaniques. Souvent, en partant de colonies uniques en gélose profonde, isolées de pus de gangrène cutanée, nous avons trouvé un bacille Gram négatif que nous pensions être le

bacille de la gangrène cutanée; inoculé à l'animal, il provoquait, en effet, une escarre typique; mais l’étude des caractères culturaux ne tardait pas à montrer que le bacille était un B. pyocyanique typique : le bouillon se recouvrait en deux ou trois jours d’un anneau bleu verdâtre caractéristique de l'espèce pyocyanique.

Ces observations nous ont conduit à étu lier systématique-

Tagceau VIL — Agglutination.

Sérum préparé avec souche XII + culture souche XII. . : . . . . . ++ | +

Sérum préparé javec souche XI “Hiculture souche XI M Un: +++) +

Sérum préparé avec B. pyocyanique OA + culture B. pyocyanique OA. . . .| + | +| +

Sérum préparé avec B. pyocyanique PeS + culture B. pyocyanique PeS. . . .| H|+| +

Sérum préparé avec souche XI + culture B. pyocyanique PeS . . .| 0 | 0 | 0

Sérum préparé avec B. pyocyanique OA + culture souche XII .… . , . . . .. (HE ECS EN

Sérum préparé avec souche II CUILUTe BED IDIEUS UNE RIDER" 0 | 0 | 0

ment tous les B. pyocyaniques isolés des gangrènes cutanées : avec toules les souches étudiées (lorsqu'elles n'étaient pas très pathogènes et mortelles d'emblée), nous avons pu reproduire des gangrènes cutanées exactement identiques. Nous avons obtenu les mêmes lésions avec un B. pyocyanique isolé d'une appendicite gangréneuse (l'escarre sur le cobaye dépassait l'étendue d'une pièce de 5 francs : la dose de culture injectée avait été de 3/4 de centimètre cube).

L'analozie frappante du pouvoir pathogène des 2 germes nous à amené à étudier et à comparer les caractères culturaux

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