‹ Un bain qui chauffe; comédie en un acteChapitre 4 sur 18 · SCÈNE PREMIÈRE FRANÇOISE, M™' FLÉCHETTE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE FRANÇOISE, M™' FLÉCHETTE

M""^ FLÉCHETTlv

Oiielle heure est-il?

FRANÇOISE

Huit heures, madame.

» M""" FLÉCHETTE

Huit heures, seulement! (Silence.) Ou'est-ee (jue je vais l'aire de ma soirée?

FRANÇOISE

Madame lira ou coudra.

iM""^ FLÉCHETTE

Non... ça m'ennuie... et ça m'abîme les yeux... Et puis je suis iii^iicée!

FRANÇOISE, entre ses dents.

11 y a encore ça!

M'"° FLÉCHETTE, se retouriuml.

Vous dites?

FRANÇOISE

Il y a de l'orage dans l'air.

M""' FLÉCHETTE

Oui... un bain qui chauffe. Oh! si la pluie [)ouvait tombera lori-ents; ça me détendrait les nerfs.

FRANÇOISi:

A quoi bon... si tard, cen'est plusdrôle; il n'y a plusde passants.

M"'c FLÉCHETTE

Desservez votre table, voyons! que je n'entende pas ce bruit d'assiettes.

FRANÇOISE

Bien, madame.

M""' FLÉCHETTE, séliranl.

Et puis, vous ferez ma couverture.

FRANÇOISE

Oui, madame. Ah! le bel éclair, là-bas. Cette nuit, madame n'aura pas peur, toute seule?

>F"<' FLÉCHETTE

Depuis un an, j'ai eu le temps de m'habituer à la solitude.

FRANÇOISE

C'est vrai, il y a environ un an que ce pauvre monsieur a passé... ça va vite.

M""= FLÉCHETTE

\'ous trouvez?

() UN BAIN OUI Cil AU UU.

IRANÇOISE

Je })arlt; pour moi, bien entendu.

IM'"" I I.ÉCIIETTE

Cette année m'a paru plus longue que les autres,

FRANÇOIS

C'est que madame a été trop conscicjicieuse aussi. Cond)ien y en a-l-il de ces veuves qui n'attendent pas six mois pour s"lialoiller en clair? Au bout de onze mois, madame est encore en violet.

M""= l-LÉCUIiTTK

Je ne le quitterai jamais.

FRANÇOISE

Madame n'aura pas tort. Le violet va si bien au teint de madame!

M""^^ FLÉCHETTE

Pour qui ferais-je de la toilette désormais?

FRAN(;()ISE

Madame ne prendra pas en mal ce que je lui dis? Après tout, il n'y a pas qu'un homme sur la terre, et il n'en manque pas qui seraient....

M'"'' l'LÉCIIETTE

Allez donc faire ma couverture.

FRANÇOISE

Bon. J'y vais. (Fausse sorlio.) Ah! j'ai oublié... le cousin de madame est venu tantôt pendant qu'elle était sortie.

]^me FLÉCHETTE

M. Gignoux?

FRANÇOISE, sortanl an lond, à gaucho.

M. Gignoux... il venait pour affaires... il repassera... il ne demande pas mieux que de repasser, celui-là. Il est toujours fourré ici. Et il est poli avec les domestiques, faut voir!... (Rcnirant.) La couverture est faite je n'ai plus que ma vaisselle... ça ne sera pas long.... Et après... j'irai me coucher. Je ne suis pas comme madame, moi.... L'orage m'endort.

M'™ FLÉCHETTE, allant à la table.

Allons... si j'essayais de travailler un peu. Donnez-moi mon ouvrage.... Merci.

FRANÇOISE

C'est joli, ce que madame a commencé. C'est une garniture de pantalon?

M"'" FLÉCHETTE

Mais non! C'est une nappe d'autel! (Soupirant.) Je travaille pour l'Eglise, maintenant!

FRANÇOISE, à ellc-inêine.

En attendant mieux. (On sonne.)

M'"" FLÉCHETTE

C'est le courrier.

l'RANÇOISl-:

Il y a beau temps qu'il est passé. Si c'est quel(|u'un, faut-il dire que madame ne reçoit pas?

M'"*" FLÉCHETTE, allant au fond, à gauclic

Vous ferez attendre pendant que je m'habillerai, d lanroiso sori à (Iroile. Mme l'iécliclle regarde à la canlonade, puis reiicscciidnnl.) Ali! c'est M. (jignoux... oui... vous pouvez entrer.

Page 1