‹ Un bain qui chauffe; comédie en un acteChapitre 5 sur 18 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

M"'° FLÉCHETTE, GKiNOUX.

GiGNOUX, il a nn paquet sous le bras. Bonsoir, ma cousine; je vous demande pardon, je suis pouLclre indiscret de me présenter si lard?

M'"e FLÉCHETTE, étourdimenl.

Nullement Figurez-vous, j'ai d'abord cru que c'était quelqu'un.

GIGNOUX, froissé.

Mais... ne suis-je pas quelqu'un?

jyjiiie FLÉCHETTE

Je voulais dire quelqu'un d'étranger. Vous, vous êtes de la famille; je vous reçois comme je suis.

GIGNOUX, s'asseyanl.

Croyez d'ailleurs que je ne vous eusse pas dérangée, à cette heure, et par ce temps menaçant, si je n'avais eu une raison importante Quel jour sommes-nous?

M""^ FLÉCHETTE

Samedi, 25 septembre.

GIGNOUX

Et dans trois jours, nous serons?

jyime FLÉCHETTE

Mardi, 2S septembre, probablement.

GIGNOUX

Cette date ne vous rappelle rien?

Non... et à vous?

GIGNOUX

Curieux, tout de môme ! Vous n'avez pas la mémoire des dates ! 11 y aura un an, le 28 septembre, que nous eûmes la douleur de perdre mon pauvre cousin Fléchette, votre mari.... Et vous n'aviez pas songé au service anniversaire!

M'""^ FLÉCHETTE

Le bout de l'an! Tiens, c'est vrai! Bah! Il nous reste trois jours, c'est plus qu'il n'en faut.

GIGNOUX

A Paris, peut-être, pas ici. Une femme seule n'aurait pas pu se débrouiller. Hein? L'an dernier, sans moi, qu'est-ce que vous auriez fait?

M"^'' FLÉCHETTE

Vous avez été très dévoué, je m'en souviendrai toujours.

GIGNOUX

Je n'y ai guère de mérite ; le dévouement, c'est dans ma nature. Je vous ai préparé une petite surprise : tout est arrangé pour le bout de l'an de Fléchette. J'ai même commandé les invitations. (Il ouvre son paquet.)

M""' FLÉCHETTE

Vous avez poussé l'amabilité jusqu'à me les apporter vous-même?

GIGNOUX

C'est-à-dire que je vous apporte les enveloppes; je n'ai pas encore les lettres. L'imprimeur lYie les a promises pour ce soir, onze heures. Il faut que les invitations partent demain matin.

C'est tellement pressé?

GKiXOUX

Nous n'avons que deux levées par jour. Vous écrirez davance vos adresses sur les enveloppes et nous n'aurons plus qu'à y glisser les cartes, dès que nous les aurons; jai libellé ainsi: M..., vous êtes prié d'assister, etc., etc., de la part de M""' Fléchette, sa veuve, de Bernard Gignoux, son cousin, des familles de Faulsigneux, Lemoux-Batruel et Chaudavoine. »

M""-' FLÉcuETTE, allant à la fenêtre, distraite.

C'est tout?

GIGNOUX, ^^e retournant vers elle.

Oui ; j'aurais pu mettre également les Rôtu, d'Angers ; mais les Rètu d'Angers ne sont pas à proprement parler des [)arenls; ce ne sont que des alliés.

M""' FLÉCHETTE, poHc.

Vraiment? Voyez-vous ça !

GIGNOUX

Vous m'objecterez que les de Faulsigneux ne sont que des alliés, eux aussi. Mais ils sont nobles, cela fait bien. Et puis, à la rigueur, ils sont tout de môme plus parents que les Rôtu d'Angers. Mettezvous tout doucement à vos adresses ; j'irai faire les miennes chez moi et je prendrai votre paquet à onze heures en sortant de l'imprimerie.

M""= FLÉCHETTi:

J'aurai vite terminé, j'invite peu de gens.

GKiXOlX

Au contraire! Invitez toutes vos connaissances. On n'a pas tous les jours un boul de l'an, que diable! 11 faut en profiter pour faire des politesses.

M"" flÉ(:ui:ttk

Puisque vous y tenez.... Mais, j'ai en tout, comme relations, cinq ou six femmes de professeurs, collègues de mon pauvre mari... plus l'abbé Chermontal, le docteur... voilà.

(iIGNOUX

Cherchez bien : ça ne suffit pas.

M""' FLÉCHETTE

Je VOUS assure que je n'en cache poinl.

GIGXOUX

Tant pis, nous aurons une cérémonie ratée.

M""' FLÉCHETTE

11 y a bien M. Ilubeau, le receveur, l'abbé Chermontal....

Gi(;?sorx Vous l'avez déjà dit.

M""' FLÉCHETTE, vivcmcnt.

Ah! M. André Mervien.

gh;noux Oui ça, M. Mervien?

M""' FLÉCHETTE

Un jeune homme qui esl professeur de rhétorique au Lycée. II avait connu Fh'chctle, dans les derniers lemps. (;i(;n()ux, méprisant.

Je me souviens. . . un grand efflanqué, qui pose à l'artiste, qui a îles chapeaux de feutre mat et des cravates flottantes. Esl-ce que j'ei! j)ortC5 moi, des chapeaux de l'entre mal? Il me ch'plaît, cet ètre-là. M'"*^ FLÉCHETTE, vivement.

Pourquoi? Il est très bien élevé.

.MA COI sim;. vois i;ri;s i.iiiisi;

GIGNOLX

Tiens, comment le savez- vous? Vous le voyez souvent?

M""^ FLÉCHKTTE, Contrainte.

Oh! il habite dans la maison; alors en passant il me dit un polit bonjour; il me prête des livres, de la musique. GIGNOUX, se levant, sec.

Ma cousine.... Vous êtes libre défaire ce que bon vous semble... certes, vous ne devez de comptes à personne.... Toutefois, je ne trouve pas que cette relation soit très bien choisie.

^jnic FLÉCHETTi:

Vous craignez que M. Mervien ne me compromette?

GIGNOUX

Dame, une veuve!

M'"'= FLÉCHETTE

Une veuve, ça court moins de risques qu'une jeune fdle.

GIGNOUX

Détrompez-vous ! Une jeune fille, au moins, est garantie par son ignorance de l'amour.

M""' fléc.hi:tte

Eh bien ! moi, ce qui me garantit, c'est justement la connaissance que j'ai de lamour.

GIGNOUX

Vous ne jugez pas tous les hommes d'après ce pauvre Fléchette. . . . Certes, il avait des qualités....

M""" fléchette, triste.

Il n'avait que ça !

GIGNOUX

Mais s'il m'avait consulté, il ne se serait pas marié.

M'"'' fléchette Par exemple !

GIGNOUX

Il n'était pas assez fort de constitution. (Se tapant sur la poitrine.) Il faut être robuste et solide, pour soutenir le poids d'un ménage.

M""^ fléchette Bah! Vous n'êtes pourtant pas marié, vous.

GIGNOUX

Je n'ai pas trouvé. (Insinuant.) Ah! ce qu'il m'aurait fallu. ..c'eût été une personne jolie, intelligente, jeune encore, mais ayant déjà souffert de la vie, une femme d'un caractère égal et prévenant, et nmrie par l'expérience.

M""' FLÉCHETTE, ne comprenant pas.

Ah ! vous êtes trop exigeant.

GIGNOUX, à part.

Elle ne comprend pas! (Haut.) .Je m'explique plus clairement... il me faudrait une femme dans votre genre, ayant déjà vécu....

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