SCÈNE VIL
* LES MÊMES, GASTON. (Il entre par la gauche.) GASTON. (Bas.)
Ma foi, tant pis, je me risque ; avec un peu d’habileté et de prudence, Lucie ne se doutera de rien. (Haut.) Je ne vous gêne pas, mesdames?
HENRIETTE
Tout au contraire, cher monsieur; vous étiez attendu avec une vive impatience. (Elle s’assied près du guéridon.)
GASTON. '
Par ma femme, je présume?
LUCIE, qui s’est également assise près du guéridon.
Par moi, sans doute; par Henriette, plus encore.
GASTON
Par vous, madame? (Bas.) Son impatience va tout gâter. HENRIETTE.
Mon Dieu! oui; vous savez que la curiosité n’est pas le moindre défaut des filles d'Ève... —
GASTON
En effet, c’est un bruit que les fils d’Adam font courir.
HENRIETTE
J’ai hâte d’avoir des nouvelles du bal des Barnv.
GASTON
Des nouvelles du bal des Barny ! En vérité? (Bas.) Elle a un joli aplomb, la fiancée de mon ami René !
HENRIETTE
Je comptais sur votre femme pour me renseigner, et j ap- 4. Gaston, Henriette, Lucie.
prends qu’elle n’est pas sortie. C’est donc à vous que je m’adresse. Allez, beau chroniqueur; vous avez la parole.
GASTON, bas.
Son assurance me confond. (Haut.) Ainsi, Madame, il est bien convenu que, de nous trois, c’est moi seul qui suis allé au bal?
LUCIE
Quant à moi, mon ami, vous savez si je suis restée à la maison?
GASTON
Obi vous... je le sais, ma chère.
HENRIETTE
Eh bien, moi , je suis restée à la maison encore plus que votre femme... Jugez 1
GASTON
En sorte que vous êtes venue tout exprès pour entendre le récit de cette fête à laquelle vous n’avez brillé que par votre absence ?
HENRIETTE
Vous l’avez dit : tout exprès.
M. de Marsac prétend s’être ennuyé con-si-dé-ra-ble-ment I
HENRIETTE
Autant que cela?... M. de Marsac me permettra d’en douter.
GASTON
Pourquoi donc, Madame ?
HENRIETTE
Parce qu’un homme à la mode comme vous, cher monsieur, si marié qu’il soit, doit avoir encore dans l’esprit, sinon dans le cœur, quelque fleur de poésie à jeter au présent ou à l’avenir... peut-être même au passé.
GASTON
Au passé ?