‹ Un baiser anonyme; comédie en un acte et en proseChapitre 4 sur 54 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

RENÉ

Un po^me en satin!

Et elle me sied?

GASTON

RENE

A ravir la pensée! — Et pourtant j'en sais une autre qui me plaira davantage, nion cher Gaston.

GASTON

Olil oh! comment sera-t-elle donc?

RENÉ

Beaucoup plus simple, infiniment moins chatoyante. On l'aura découpée dans la sainte mousseline.

GASTON

Je ne te comprends pas.

RENÉ

Je parle de la cravate blanche que je viens le prier de vouloir bien me faire l'honneur de nouer à ion cou, le 2 février prochain, à midi Irès-précis.

GASTON

Qui? moi? j'arborerais une cravate blanche à midi... comme mon notaire? N'y compte pas!

RENÉ

Il le faudra bien cependant, puisque je demande à ta vieille amitié de me servir de témoin.

GASTON

Tu as une affaire? A quel propos?

RENÉ

Il n'y a aucun duel sous roche, mon ami; le 2 février esl la date fixée pour mon mariage.

i UN BAISER ANONYIVH^.

GASTON

Comment! tu songes à te marier, loi, René de TavenayV

RENIÎ.

Je ne suis pis chevalier de Malte, mon cher.

GASTON

C'est sérieux?

RENÉ

C'est officiel.

GASTON

Et tu épouses?

Ta surprise m'étonne. Eh quoil tu ne devines pas un peu?

GASTON

Ni un peu, ni pas du tout.

RENÉ

Eh bien! j'épouse... Voyons, sois franc; avoue que lu sais le nom de ma fiancée?

GASTON

Sur ma parole, je ne l; connais pas.

RENÉ

Connais-le donc alors : madame Henriette de Chailîy me fait la faveur de m'accopter poar son mari.

GASTON

Hein! Tu as dit?

Madame de Chailly.

SCÈNli DEUXIÈME. 5

GASTON

La veuve?

KENÉ.

Si elle n'tHait pas veuve, comineal m'dpouserait-elle? La polygamie n'a pas cess(^ d'être un cas funeste.

GASTON

Pas d'dquivoque ; entendons-nous bien. ..Tu parles ds madame HenriettL' de Chailly, l'amie de ma femme?

RENÉ

La meilleure amie de madame de Marsac, à coup sûr.

GASTON

Qui demeure rue de Varennes?

RENÉ

Je n'en connais pas d'autre.

GASTON

Et dont l'hôtel est au numéro 120?

RENÉ

Sans doute. — Où veux-lu on venir avec celte mitraille de points d'interrogation dont tu me fusilles depuis un quart d'heure?

GASTON, bns.

Jouons serré. >Haut.) Du moment où les choses sont tellement avancées que le jour même des noces soit fixé, veux-tu me permettre de formuler encore un petit point d'inierrogaiion?

RENÉ

Oui; mais à li condition expresse qu'il sera tout petit et. que ce sera le dernier.

GASTON

Comment se faii-il, mon bien bon, que tu n'aies pas accompagné la fiancée, celle nuit, au bal de madame de Barny?

Tout simplement, mon bien bon, parce qu'elle n'y est pas allée.

GASTON

Ah! elle n'y est pas allée!

RENÉ

Non.

GASTON

Tu le supposes?

RENE

Je ne le suppose pas, je Taffirme.

GASTON

Ah!... Et si je te dis que je crois l'avoir reconnue sous un domino... Ici, j'ouvre une parenthèse : C'était un domino noir, avec des nœuds roses. Que répondras-tu?

RENÉ

Je répondrai que tu as eu lort d'ouvrir ta parenthèse, et je te conseillerai de la fermer à double lour. — J'ai passé la soirée chez madame de Chailly; je l'ai quittée à minuit, un peu souffrante et ne songeant guère, je t'assure, à revêtir un domino noir (René Ta s'accouder à la cheminée) * fùt-il même agrémenté de nœuds roses.

GASTON

Soit, mon cher René, je n'insiste pas; je me serai trompé; j'en fais ici l'aveu ingénu.

RENÉ

C'est bien de la bonté de ta part.

* René, Gaston.

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