‹ Un baiser anonyme; comédie en un acte et en proseChapitre 5 sur 54 · SCÈNE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE DEUXIÈME

GASTON

Ainsi, lu te maries dans trois sctnaines... juste le temps nécessaire pour rédiger le testament de ton bonheur, dont tu te disposes à conduire le deuil?

RENE

Que parles-tu de teslamenl et de deuil? Si je me marie, c'est que j'ai le sérieux espoir d'être heurcu.v en ménage.

GASTON

C'est juste, j'oubliais: la félicité conjugale! le paradis à deux!... moins l'iniermède do la pomme et du serpent... Voilà le phare tronpeur qui vous attire et vous consume tous, ô papillons du célibat!

RENÉ

Je te conseille de te plaindre, toi, le plus heureux rnari des vingt arrondissements!

GASTON

!\Ion cher, tu as la chance d'être domicilié dans le vingt et unième; crois-moi, ne déménage pas.

N'es-iu pas la preuve matérielle que le bonheur existe dans le mariage?

GASTON

Mat-ériôUe! matérielle!... Tu as des façons de t'exprimer

Immatérielle, si tu le préfères.

GASTON

Et qui t'a dit que le bonheur soit compatible avec la vie conjugale?

RENÉ

Toi-même, bien souvent, sans que je te l'aie demandé.

GASTON

La belle preuve! C'est affaire aux maris dç tenir ce perfide langage.

RENÉ

Dans quel but?

GASTON

Afin de n'en pas dégoûter les autres.

Voyons, Gaston, sois sérieux un moment, si ce sacrifice n'est pas au-dessus de tes forces. Nieras-tu que madame de Chailly soit aussi bien douée au moral qu'au physique? Tous les pauvres du quartier te répéteront qu'elle est un ange de charité et de bonté.

GASTON

Mon cher, la bonté et la charité sont deux nobles vertus et

respcclucusement je leur tire mon chapeau Mais il y aurait

beaucoup à dire sur le compte de ces natures toutes de tendresse cl de dévouement envers le prochain. Une jeune veuve, accoutumée à cliérir,à secourir également tous ses semblables, et qui se voit réduite tout à coup à ne plus aim^^r qu'un grand garçon comme toi, doué d'une santé florissante... (Bas.) Attrape!.. (Haut) et n'ayant besoin d'aucun secours. Dieu merci!... Tiens! rien que d'y songer, j'en ai le frisson!

RENÉ

Décidément, mon cher de Marsac, tes raisonnements battent la campagne ce matin... Avoue que tu viens de te quereller avec ta femme, et que tu regardes la vie à travers des lunettes noires. Est-ce que je me trompe?...

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