‹ Un bal du grand monde, comédie-vaudeville en un acteChapitre 17 sur 29 · NARCISSE , LA BARONNE · texte numérisé non relu

NARCISSE , LA BARONNE

LA BARONNE, seule. Quelle facheusc rencontre ! ce Narcisse auquel je ne pensais presque plus !.. et certes, j'étais loin de m'attendre... Il aura sans doute fait fortune... en tous cas , il est bon de le ménager. Le voici... de la prudence.

NARCISSE, accourant, Fifine , chère Fifineî... est-il possible ?... vous en grande dame, vous à la Chaussée-d'Antinl.. C'est le cas de chanter :

Eh ! non, non, vous n'êtes plus Lisette...

LA BARONNE. Silence ! on pourrait vous entendre.. . Mais vous, Narcisse, expliquezmoi donc .. car ma surprise n'est pas moins grande que la vôtre...

NARCISSE. Je crois bien ! . . Après six ans se retrouver au bal, chez des banquiers... voilà de la chance !

LA BARONNE. Oui... c'est un heureux hasard... d'anciens amis , ça fait tant de plaisir!

NARCISSE. Yrai I tu m'aimerais encore?

LA BARONNE, l'reiiez garde , ce ton de familiarité...

NARCISSE. Pourquoi pas ? il me semble qu'autrefois... Et tout-à-l'heure, en vous revoyant , il m'était venu des idées... Fifine , vous êtes plus belle que jamais I

LA BARONNE. YoUS êtes foU.

NARCISSE. Oui, j'en conviens , je t'aime toujours... et ce qu'il y a de plus bête , c'est que je te suis resté fidèle... à peu de chose près. '

LA BARONNE. Naicissc , uiî pareil langage Songez que notre position n'est

plus la même... Tout est changé... notre fortune, nos relations .. notre état dans le monde.

NARCISSE , à part. Elle me croit millionnaire.

LA BARONNE. Teiicz , suivez mon conseil... ne rappelons jamais le passé... nous

Le Magasin TnéATRAt.

pouvons nous niiire ou nous être utiles... Je vous offre mon amitié... la voulezvous ?

voilà

NAncissÊ.^Votre amitié, Fifine!

tout ce que vous rapportez de l'étranger ? Vous avez donc été bien loin... trop loin peut-être?..

LA BA.nOi\iVÈ. Mais non... Nesaviez-vous pas que j'étais en Allemagne , au théâtre de Weimar, du j^ débuté ?

NARCISSE. Vous chantiez.. Cet V0;^s aW^ eu des succès ?.. / i

'^ tA Uarônne. Beaucoup plu^ que je ne ^ l'espérais... On ne parlait que de moi... ' les fêtes, les plaisirs... j'étais reçue pai::^ tout. *i et" même un des plus riches "banquiers de la ville...

NARCISSE, Un banquier!., aie!., aie !..

aie î . .

LA BARONNE. Enchaîné par mes rigueurs et ma sévérité. . .

NARCISSE. Vous étiez sévère?..

LA BARONNE. Très-sévère:/. avec lui...

au point que par désespoir il m'offrit sa main.

NARCISSE. Sa main !.. Si vous êtes mariée, ne me le dites jamais , Fifme, j'aime mieux ne pas le savoir. Voyons , êtes- vous mariée ?

LA BARONNE. Hélas !.. je l'ai été.

NARCISSE. Et tu serais veuve?

LA BARONNE. Je suis riclic et baronne. . .

NARCISSE. Baronne?...

LA BARONNE, riant. Oui, mon cher...

NARCISSE, riant. Ah! ah! ah! Voilà une bonne charge...

Am de de Caleb.

y On vit des rois épouser des bergères , Les rois alors e'taient fort bons garçons : Dans ces tems-lh, les plus simples fermières Les captivaient en gardant les moutons ; Ces bacbelett's , pour gagner la couronne , Gardaient leurs cœurs ainsi que leurs agneaux : Mais vous , Fifin', pour devenir baronne, Vous n'avez pas même garde les troupeaux !

Enfin, vous êtes baronne... je vous en fais mon compliment...

LA BARONNE. Quant à vous, Narcisse, il paraît que tout vous a réussi, et j'en suis charmée. Mais comment vous êtes-vous enrichi ? Par quels moyens ? Ma confiance mérite la vôtre.

NARCISSE. Mon Dieu, baronne, ce n'est point un mystère : J'ai commencé avec

rien. Ça a toujours été en augmentant, et j'en suis arrivé à un point... Vrai, ça m'embarrasse... Je voudrais manger ce que je possède.... que je ne le pourrais pas.... Voilà ce que j'appelle une fortune solide.

LA BARONNE. C'est Une position superbe!...

NARCISSE. Oui !.. Je suis dans une belle passe. . .

LA BARONNE.'^ Et malgré cela, vous êtes encore garçon ?

NARCISSE. Non! Je ne suis plus garçon., mais je suis toujours célibataire. .. et puisque tu es veuve...

LA BARONNE. Comment! tu m'épouserais?

NARCISSE. J'en serais capable.

LA BARONNE. C'est impossible!.. Mais cela me fait venir un projet.

NARCISSE. Un projet? Dans quel genre?

LA BARONNE. Vous le saurcz. En attendant, de la discrétion. Tout le monde me croit une noble étrangère, et vous seul pourriez révéler...

NARCISSE. Ah ! baronne... pour qui me prenez-vous? Mais de votre côté, songez que mon rang, ma réputation, tout ça ne tient qu'à un cheveu.

LA BARONNE. Mon intérêt vous répond de mon silence.

NARCISSE. Vous re verrai -je bientôt, baronne?

LA BARONNE. Oui. J'en parlerai à...

mon oncle... l'oncle démon mari... qui demeure avec moi.

NARCISSE. Un oncle? A labonne heure!, je ne déteste pas les oncles.

LA BAROîVNE. Soycz tranquille. J'ai là mon projet... et s'il peut contribuer à votre bonheur...

NARCISSE. Ah! Fifine... adorable baronne ! . .

(Il se jette ?» ses genoux. )

UN EAL DU

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