‹ Un bas bleu, vaudeville en 1 acteChapitre 7 sur 14 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

ATHËSAIS, PASIPHAÉ.

FASIPHAÉ, entrant par le fond, parlant avec l’accent du Aftdi, criant à la cantonade.

Vous ii’êtcs qu’un insolent... un dréle... un palioquet .. et je vous casserais ma canne sur les épaules... Par malhùr je ii'ai qu’un manchon...

On entend la voix du cocher.

* ATiiéN.us, courant d la porte.

Ah! mon Dieu! une dispute... (A Pasiphaé qui entre.) .Madame ..

PASIPlIAll.

Né vous dérangez pas, très-cbère... c’est un cocher de cabriolet qué jé regicts au pas... ( Saluant.) Eh ! donc ! jé vous présente mon hommagé: vous ne me remettez pas... cela m’étonne... on mé réconnall ordinairement d'un myriamèlre dé distance... à ma tête d'artiste... à l'étlnceir dé mes régards... et à la désinvolture dé ma démarche. {Elle fait quelques pas en sautant.) En un mot, jé suis la moderne amazone .. la présidente dé l’Académie des dames humanitaires, autrement appelé club des bas bleus.

ATHRVAIS.

Il SC pourrait! vous! madame Pasiphaé de...

PASIPUAll.

Pont-Chameau... PaNipbaéde Pont-Chameau ..

qui depuis dix ans ai combattu pour la liberté et l'indépendance de- notre sexe opprimé.

Air de Vu de bon c<rur.

Pour mieux qmancipor la femme,

J' l’affranchis de sca devoirs ;

Itompant une coutume infâme .

.l’affranchis les ci-devaiit noirs...

1/ frrin des lois, le joug d<^ mailres,

(ifàreà moi sont brisés (>«rU)ut:

Urtf, ii't-bas j’alîranthis tout.

Tout...

ATafcitiis, d part.

Rirepté ses ports de lettres. Bi».

ATHÉiHAIS.

Quel honneur inespéré!... recevoir chez moi une femme aussi furie !

PASipii.ié.

Femm’ forie... iripl’ sort! j'aime à le penser.

ATIfÉNAlS

Donnez-vous donc la peine de vous asseoir ..

madame de...

Elle lui présente un fauteuil.

PASIPHAé..

PoDt-Chameau . Pasiphaé dé Pont^Chameau. Mais arrivons au sujet de ma visile... M9 toute charmante... pour être admise dans le cercle des dames humanitaires, quels sont vos litres?

ATllé.VAIS.

Un grand enthousiasme pour votre jeune institution, qui manquait aui besoins du siècle.

PASIPIIAé.

Suffit, ma tout aimable... vous avez la foi... le reste est un’ bagatelle... et quand je vous aurai donné un simple échantillon de mes talents, vous deviendrez la merveille de ma classe... Eh! donc, j* commence par la peintbre modarne... peinture idéale et pantelante tirant à Teffet... Remarquez d'abord celle aquarelle... {Elle lui donne le commencement (Tu/i rouleau de papter.) Et tirez à vous .. c’est une manière neuve et des plus originales.. la vieille école ne l’avait point encore essayée... lirez encore... clic a cinq pouces de haut sur (|uarnnte-lroi.s pieds de large.. .Tirez toujours et remarquez l’elTel du paysage...

ATné.NAIS.

Dieu! que c’est joli?... {A part.) ic prenais ça pour un rouleau de bordure.

PASiniAé.

I.c sujet est, j’ pense, assez intéressant... un vieillard contemplant un champ de pommes de terre... quelle poésie!... Je ne parle pas du vieillard... maisdes tubercules... Remarquez quel beau vert... c'est à jurer que ce sont des épinards... aussi un Anglais m’a offert de ce dessin mille livres sterling...

ATIIÉ.NAIS.

A cause des épinards.

l'ASimué.

Non... rien que pour les pomm's de terre. Si cette aquarelle peut >ousélre agréable... jq vous | l'oirrc.. Je vous enverrai le cadre.

ATHÉNAIS.

Ahl je vous remercie beaucoup, madame.

Elle croporlc rtquaréllo en regardant où elle va la placer.

PASIPHAÉ

Voici pour l’art de cell’ perruque de Raphaél... Quant au style de mes feuilletons...

ATllé?(AlS.

Oh! je les connais ..

PASlPililé.

Licencé d’eipression... Licencé de pensée... Licencé d’action... Licencé...

ATHéNAIS.

Oui... je sais que vous vous permettez toutes les licences.

PASIPHAÉ

] Je saule à pieds joints sur la vertu. Mais, tié!...

qu'eit-ce que tout cela en comparaison de ma ' poésie? itcoulez un poeme magnifique que j’ai fait ! insérer dans les bonbons mauritains.

ElU défait une papillote et it( cur la deri$e :

' « Plu« de chanU , dans les champs, que le chant de la

(chouette

j » Qui gémit et hue au haut de la tour muette;

» Le torrent rauque roule en grondant sa jaune eau.

> O larmes! 6 mélan.. .. colie! d tristessel ô I > Nuit où princes et rois, sapeurs, bottiers et comtes,

I > Marquis, tailleurs, barons, portiers, rendront leurs ' ( comptes,

I » Où le Mge, le fou, te Ion laid, le ton beau,

I » Tout, tout s'engloutira dans rélerneltonibeau !... »

ATHÉNAIS.

I Bravo!... c’est magnifique ..

' PASIPHAÉ

j Convenez après ça que Voltaire il était un crétin, et Boileau un poitrinaire.

ATIlÉNAlS.

Hais cependant je n'ai pas encore bien compris...

PA.SIPHAÉ.

11 faudra trois cents ans pour que l'on nous comprenne. Et triple sort! voilà tout le mérite de notre école.

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