‹ Un beau soir: comédie en un acte, en versChapitre 5 sur 10 · VIRGILE, MARGOT · texte numérisé non relu

VIRGILE, MARGOT

viacïLE, bruyant, Viens-iu, Margot, l'amour est enfant d'Angoulêmeî

MARGOT-

Assez de bruit. Ma tête éclate. Assez, Assez.

Un quart d'heure avec toi j^ai les tympans brisés. ,t

Alors il faut toujours qu'on plaisante?

VIRGILE

Elle est forte!

Si ça ne te plaît pas, la clef est sur la porte,

MARGOT

Charmant 1 La clef des champs?

12 UN BEAU soin

VIRGILE

Elle-même, Bonsoir, PffFI A4-on jamais vu cette façon de voir!

On ne peut plus blaguer, on est mélancolique ?.*.

MARGOT

Oui.

vmcitE.

Boni Comme ceci se passe en République, Rendons-nous libres. Va !à-bas, ailleurs, partout Où tu puisses trouver un bonhomme à ton goût. Zut! Amusez-vous bien si c'est là ton caprice 1 Moi, comme on ne m'a pas changé chez ma nourrice. Je veux demeurer tel que papa et maman M'ont fabriqué le jour qu'ils s*aimèrent gaîmcnt. Ma petite, les temps mauvais viennent ^l'heure, Et c'est toujours trop tôt qu'on s'assomme ou qu'on pleure. Bénis le ciel qui fit que tu me rencontras j Car ton cœur m'a Tair d*être dans de mauvais draps. VienSj n'usons pas un temps précieux à voir paître Les papillons sur les fleurs, (Le garde champêtre N'est ennuyeux que dans les chansons de Nadaud.) VienSj et que nos deux voix montent en crescendoj — Comme pour attester le ciel de notre joie, — Jusqu'autour du soleil paternel qui rougeoie. Viens, Margot! Sois contente et je serai content. Personne n*est ici, donc personne n*entend, Que récho, qui ne dit que ce qu'on lui fait dire; Éternel perroquet dresse par un satyre,

^ UN BEAU SOIR t^

Phonographe du pauvre. Écho, mon vieil Écho, Répète le nom de ma maîtresse?...

// appelle :

Margot!

UÈcho.

Margot !

VIRGILE

Vois-tu! Ton nom chevauche sur la route,*.

Et maintenant, assis ! Et cassons une croûte 1 (Façon de parler, car je n'ai rien à casser.) En scène! La pastorale va commencer.

Ils prennent la place d'Horace et de Camille,

Puisque la journée est superbe.

Demeurons étendus sur l'herbe Comme*de paisibles rapins Qui flânent dans le paysage.

Je serai muet et toi sage Pour n'effrayer pas les lapins.

Nous sommes les amis des bêtes.

Il faut que par-dessus nos têtes Un tas d'oiseaux viennent piailler, Et que les cousins et les mouches En volant autour de nos bouches S'amusent de nous voir bâiller.

Je serai sombre et toi fâchée Si quelque bande endimanchée

UN^ tfEAU SOIR

S'installe dans nos buissons verts.

Va, pour les en mettre à Ja porte, D'une voix insolente et forte j Nous leurs dirons des vers, des vers !

MARGOT

Tant pis pour eux!

VIRCTLE,

Dis donc?

MARGOT

Ils manquent de névrose Tes vers, mon cher, ils sont plus plats que de la prose De feuilleton-

VIRGILE

Ça n'est pas mon avis.

MARGOT

Quand on Lit les deux premiers vers peints sur ton mirliton. C'est identiquement..,

VIRGILE

Voyons ?

MAAGOT.

Je re l'assure.,.

Comme si tu chantais la première mesure D'un couplet d'opérettCj affreusement banal, A quelques notes près, on prévoit le final.

UN BEAU tolR '• ' ^ If'

VIRGILE

Or, pour te plaire, il faut être incompréhensible? Symboliste? Chinois? Décadent?

MARGOT

Bien possible.

VIRGILE, faisant mine de l'étrangler.

Mais je vais te tuer, épouvantable enfant.

Ah ! tu veux un amant bizarre ? Plus souvent. Ahl tu veux qu'on écrive un poème imbécile Sur l'éloquence de ton corps ferme et gracile? Facile. Ce sera là ta punition; Car tu n'en sauras jamais la traduction.

Avec emphase.

O Femme, triple archange ! ô sainte trinité !

Bonheur. Espoir. Folie. Ah I ta croupe me plaît,

Dieu 1 qu'elle me plaît ta croupe et ta beauté.

Sphinge. Sphinge. Au couvent ! Au couvent !

Moi, Toi, Toi, Moi. Non rien que nous, nous, nous.

L'arbre est grand qui veut bien nous couvrir du feuillage

Où l'on s'endormira pour l'éternel voyage.

Viens-tu? Non, ne viens pas. Dans ton boudoir de fleurs.

Sèche tes pleurs, ma sœur, et nos malheurs. Compagne révulsive

Le principe du Mal a quitté ta splendeur.

Nous irons réchauffer les morts au cimetière...

J'ai du bon tabac dans ma tabatière.

Tâche de deviner maintenant ?

Bravo !

MARGOT

J'ai compris.

VIRGILE

Vois dans mes yeux Thorreur et le mépris Que ru m'inspires.

MARGOT

Je suis peu physionomiste...

Pour une fois que tes vers sont humains.

On vient*

VIRGILE

MARGOT

VIRGILE

Fumiste ].<,

On vient? Soyons logiques jusqu'au bout; Je leur dirai des vers pour te former le goût.

scÈc^E m

Les Mêmes, HORACE, CAMILLE. Horace et Camille s'étendent comme tout à l'heure, mais au coté opposé. Ils n'aperçoivent ni Virgile ni Margot.

VIRGILE

Vive le brave mastroquet !

Qjii t'admire et qui me révère, Et qui nous paya plus d'un verre Sous les vignes de son bosquet.

Vive le brave mastroquet!

A qui je ne puis chercher noise Au moment de régler l'ardoise, Puisqu'il te présente un bouquet.

Comme il méprise sa pratique De balochards, lui, l'aristo, Il m'aime pour mon paletot De coupe caractéristique.

Las des rôdeuses en cheveux, Son œil indiscret se repose Sur ton chapeau, chef-d'œuvre rose Qjii semble résumer ses vœux.

l8 UN BEAU SOIR

Et cepcndïiEit H nou& jalouse Malgré Jes prottsmùons, ' Dés qu'il nous voit sur la pelquse

Ûc ses fortificationa.

Parce que sa femme est vîîaîne, Et qu'il k Jîent mieuï près de toî, lit qu'avec son gilet en laîae Il a l'air moins Anglais que moL Vûild pourquoi î

CAMILLE

Cest le poète gai?

HORACE

Lui-même.

CAMILLE, k très hauîf voix.

Encore! Encore!

HORACE

Je répondrai par vîngt-cinc| vers dont je m'honore,

* Sachant ta, prochaine venue,

Le Bois a h tête à Te n vers.

Oa dit qu*entre les arbres verts Qpï bordent la longue avenue, Surgiront en grande teuun Dea fleurs de régiments divers.

Nul Pacha de Caramânic, Nul Bonaparte, nul Régent, Nulle Keiue en tnantûau d'argent,

UN BEAU SOJR I9

N'aura vu diï cérémonie

Mieux commencée et mieux finie

Saus un ciel plus eacouiagcaîi^

P^s d'ambassadeur, pas de pages, De tambouT diîrrître ou devant j Nous suivrons simpîemeut le vent Qui nous ouvrira di;s bocages Où roist:au dèdaigm^ux des cnges Chante au cou chant comme au kvant.

Rossignol, fauvette ou mésange Sautilleront sur tes cheveux Et te diront ce que je veux :

QjiE, sans participa; r de l'ange, Ton âme n'a pas de mélange Qîii puisse inquiéter mes vœux..»

Et les fleurs à tes yeux pareilles Sur ton signe prendront leur vol Et grimperont jusq^n^à mon col Comme elles grimpent dans les treilles^ Afin de m'emplir les oreilles De tes vertus de dona Soi.»

Et, pour Bnir toutes ces choses^ Nous nous ctcitidrons i côté D'une trop grande quantité De roses I

MARGOT

Une autre ! Une autre I

VlRCrLE.

As-tu fini, Margot? Voilà Des façons!

MARGOT

C'est très chic. Hurrah !

VIRGILE

Qui donc est là ?

Horace, Virgile, se lèvent.

HORACE

Monsieur,

VIRGILE

Monsieur... Bonjour, mon vieux I

HORACE

Bonjour, ma vieille!

Que c'est drôle I

VIRGILE

Très drôle.

HORACE

Arrivé de la veille.

VIRGILE

Arrivé du matin.

HORACE

Amoureux?

VIRGILE

Amoureux?

HORACE

Navré j Virgile; et toi?

VÏRCILÊ.

Follement malheureux.

MARGOTj à Camille^ Elles se lèvent.

Bonjour, madame !

Ahl

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