‹ Un cadet de Gascogne au XVIe siècle, Blaise de MonlucChapitre 2 sur 38 · PREMIÈRES VNNÉES ET PREMIERES ARMES · texte numérisé non relu

PREMIÈRES VNNÉES ET PREMIERES ARMES

I,a l';iinillr ilc MmiliK'. — Son cnrjuirc. — A la cfnir de Lorraine — l)(''liiils mililaircs en llalic { i'y>.i-i7)v.->.). — Invasion du Labourd |)iir les hiifx'riaiiv : rescarnioiiclio de Sainl-Jean-de-Luz (se|)- IcMilirc I. ")!.'>). — La jounn'c (le l'axic Mariag'e tic .Monliic (oclobrc i')2C)). — Le voyage du ^L de Laulree à >aplcs. — Prise de Forclia di Penne (levrior iôs8). — Escarmouche de la Maddalena(r8 juillet lôaS). — Retour en France.

Dans la planluieiise vallée où la (jaronne descend d'Agen vers Bordeaux, au milieu d'un des larges replis que le fleuve dessine, du sud au nord, entre Thouars et Toruieins, ([uelques uuiisons sont groupées, sur la rive gauche, an hoid de leaii, en l'ace de la petite ville romaine d'Mgnillon. (Test Moidnc, écart de Saint- Léger, commune du canton de Damazan, arrondissement dv Nérac. \Aant la Hé^olntion, la paroisse a^ait soixante l'enx ; elle faisait partie dn diocèse ef de l'élection de Condom. \ii vur siècle, elle s'appelait Saint-.Iean de lîonlnc. Kn i-iSti, Vital de Loupiac, damoiseau, recomuit tenir d lldiniard \'\ roi d'Angle-

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terre, à raison de sa femme, la motte de Bonluc, avec ses appartenances, pour la(pielle il payait un droit d'acapte d'une lance plate. Bonluc (Bonus luciis) est devenu Monluc. L'étymologie montre clairement (pie le t inséré dans le nom est parasite.

La terre de Monluc était, au début du xiv' siècle, propriété des Montescpiiou. L'un d'eux, Odet ou Odon, épousa Aude de Lasseran, dame de Massencôme. Celle-ci, devenue veuve, la légua, le 3 août i35i. à son fils puîné Guilliem-Arnaud, à condition qu'il prendrait les nom et armes des Massencôme, avec le titre de seigneur de Monluc. 11 ne reste rien du château que les premiers propriétaires avaient bâti sur une moite factice, dans la large plaine, et dont, au déljut du xviir siècle, les masures étaient encore visibles de la terrasse d'Aiguillon.

Bertrand, fils de Guilliem-Arnaud, possédait, outre Monluc, Piicli de Gontaud. Son petit-fils, Pierre, fut luaîlre dhotel de Charles 11, sire d'Albret, qui, ayant reçu de Charles YIl, en lAao, comme réparation des dommages que les Anglais avaient fait souffrir à son domaine, la comté de Gaure. le fit bénéficier de cette royale largesse el lui donna, d en guerdon de ses services » le château et la terre de Saint-Puy, aujourd'hui commune du canton de Yalence-sur-Uaïso, arrondissement de Condrmi. Li> chef de la branche aînée des Lasseran, Louis, a}anl substitué, par testament, à .ses deux fils .\manieu, fils de Pierre, la terre de Massencôme vint encore grossir le patrimoine des cadets. A la fin du xv"= siècle, les Monluc étaient riches et l'avenir leur souriait. Tout fut soudain compromis. Amanieu.

l'IlEMlUllES ANNEES ET PHEAIIEHES AUMES .>

pour pourvoir à r/'lablisscmout d'une nombreuse famille, ou pour loule autre cause, eut grande nécessité d'argent. 11 fut obligé de vendre les trois quarts de ses biens, en particulier de renoncer à la terre de Massencôme en faveur d'une nièce, dont le mari l'avait fort aidé dans ses besoins. Ruiné, il se remaria et cul cin<[ autres enfants, qu'il légua à son tils aîné, comme son plus clair héritage.

Ces gentilshommes gascons élaienl tiers, insouciants et prolilupies. François, fils d'Amanieu, ludlement découragé par rc\})érience paternelle, se maria très jemie, deux fois aussi. Kn ])r(Muières noces, il n'eut pas d'enfants. Mais sa seconde femme, Françoise de Mondcnard, d'ime famille originaire du Quercy, lui en donna onze, si\ gai'çons et cinq tilles. Hlaise était l'aîné.

La date précise (\o sa naissance reste inconmie. Les seuls moyens (pie l'on possède jiour l'établir sont les indications ([u'il a données lui-même dans les (Jominenlaircs et dans sa correspondance. Files ne concordent pas. Lorsque le vieux Monluc dictait son li\re ou ses lettres, il ne savait plus son âge. On ])ent dire qu'il na(|uit tout an début du siècle. j)robablement au château de Saint-Puy. On imagine ce f[ue dut être son enfance dans celte pau\re niaison, vide d écns et pleine de marmots. Le pain y était noir, la chèie maigre, et les dents étaient longues. Tous les ans il fallait se serrer davantage autour de l'écuelle pour faire [)lace aux nouveaux arrivants. L n seul parti s'offrait : déguer})ir le jilus U\l })ossible. Mais il était l'aîné ; on voulait qu'il fît honneur à la famille ; on se préoccupa

ULAISE DE MONLIC

de lui nicllro le p'wd h l'étiioi-. l'ne occasion brillante se présenta. 11 \ a^ait alors déjà des Gascons partout. Il s'en trouvait à la cour du jeuiK* duc Antoine de Lorraine. L'un d'eux, sans doute, olï'ril à François de Alorduc de faire agréer son garçon crimmepage, et l'enfonl ])artit pour \ancy.

Il fui d'abord au service du duc. Lorsrpi' Antoine eut épousé, le i5 mai i5i5. Renée de Bour]:)on, iille de (Jilberl. comte de Montpellier et de Claire de (Jonzague, il donna le page gascon à sa jeune femme. Blaisot — on a retrouvé ce nom sur les comptes de la maison ducale et l'on peut croire qu'il désigne le petit \Io?duc — mena la vie des pages, lien connut les joies et les amertumes. 11 eut. comme les camarades, seséirennes, ses œufs de Pâques, et aussi les verges. Son naturel prompt, fàcbeux et colère lui \alut sans doute d'en tàter copieusement. On lui paya des mailles. 11 ne semble pas qu'il ait beaucoup profité de leurs leçons. Il se laissa peu « nourrir aux lettres » ; il n'eut pas de peine à adopter le préjugé courant des gens de guerre d'alors, qui se faisaient gloire de leur ignorance ; il apprit à tenir une plume tout juste pour savoir signer. Ses doigts étaient plus souples à manier une grande épée.

N'était-il ])as, du reste, voué au noble état des armes ? VA comment aurait-il eu le temjis de songer à autre cliose (pi'à la guerre ? Le duc Antoine était parti j)()ur l'Italie à la suite du roi François 1". On lapporlait (pi'il avait fait merveille à Marignan. La Lorraine élail toute pleine des souvenirs de la grande lutte où, (piaianle ans avant, avait sombré la fortune de Cbarles

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lo Téiuriiiiic l'iciir de RIariii |)ul)li;iil sa \imcri<h\ L'onraiil put ciileiidie, les yeux écai-quillés cl rorcillc dressée, le récil du sièf^ic de ^aiicy de la bouche même des héros qui y avaient |iiis pari. Ou hii conta h^s journées d'angoisse où. (hi liaul tl(\s reu)|Kuls. les assiégés guettaient le secours du duc Uené, en mangeant des chiens, des chats, des souris et tles rats. Le souvenir de ces iiistoires de son cnl'ancc chil lui revenir, jilus tard, à Sienne. 11 enlencht citer aussi les capitaines gascons cpii s'étaient distingués au service de la Lorraine : .h'hanno! d" VhidDs. relui (piia\ait capturé à la bataille de \ancy le Ijàlard (h- liourgogne, Jehannot le Basque, Pied-de-Fer, cpii traversa les lignes ennemies pour aller (M1 Suisse informer le (hic de la détresse de sa bonne ^ille, et surtout les deux d'Aguerre, Meuaud et Gracian, Basques, (|ui avaient si vaillamment aidé René à reconquérir son duché. L'histoire de ces soldats, partis du pays sans sou ni maille, parvenus à la fortune par la force de leur bras, \alait pour le petit page toutes les leçons de ses maîtres. Mourir, comme Meuaud d'Aguerre, capitaine d'UsIie, après avoir concpiis l'Italie entière avec le roi Charles NUI, ou, comme Gracian, gouverneur de Mouzon, comblé d'honneurs et de richesses en récompense de ses services, lui [laiiit la lin la plus belle d'une vie bien remplie. Et ce l'ut, dès lors, celle (piil rêva pour lui-même.

Une fois hors de page, il obliiit une place d'archer dans la compagnie du duc Aid«jine, créée par lettres du roi Louis \I1, du oi juillet i5ii, et dont Hayard était lieutenant. Celte compagnie servait en Ilalie ; mais

sur les cenl lances qui la composaient, vingt hommes d'aimes et quarante archers restaient dans les Etats du duc (I pour la garde, sûreté et défense d'iceux. » Monluc lut de ceux-là. Il ne connut donc Bayard que de loin et ne servit pas sous ses ordres. Peut-être l'avait-il vu lorsque, vers la fin de i5i3, le bon chevalier passa par Nancy au retour de sa captivité d'Allemagne.

Tenir garnison en Lorraine n'était pas ce que s'était promis le jeune archer. Il rêvait de rejoindre en Italie les gens d'armes du duc Antoine. 11 lui fallait, pour cela, s'équiper. Il revint en Gascogne. Son père nourrissait péniblement sa formidable nichée, grossie des cinq tard-venus que le grand-père avait laissés. Il n'avait pas les moyens de lui donner les cinq cents francs, les bonnes armes et les bons chevaux avec lesquels le futur connétable de Montmorency francliil les monts pour la première fois. 11 se saigna pourtant [)Our aider un garçon de si bonne volonté, lui trouva (pielque argent et un cheval d'Espagne. \ oici donc Monluc trottant, tier comme un jiaon et « escarl)illat y. sur la roule de Saint-Puy à Lectoure. A une journée tle la maison [)alernelle. il fit rencontre d'vm vieil homme. Hernard de Monlaull. seignenr de Saint-Cric et de Qiiinsac, co-seigneur de Castelnau. On devisa chemin faisant. Le vieil honune avait fait la guerre en Italie. Monlnc n'élail |)as liuiidi' cl n'a^ait pas Ja langue en pocbc. Il le pressa tle (juestions, s'enquit longuement (lu pays merveilleux d'outre-monts, se fit conter les bonnes choses qui s'y faisaient tous les jours. Puis il |)ril son chemin droit à L\on. passa le mont Genèvre f\ descendit sur Milan. Il \ lroii\a deux de ses oncles

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uuiloi iicis. les Kslillac, (iaixiol et François de Mondeiianl. l'oil ('sliiii(''S cil ce quartier. Ils l'accueillirent et lui ])i(»ciuèreiit une place d'archer dans la conipagfnie de M. d(^ Lescun, Thomas de Foi\. frère de Lautrec.

Les d(''i)uts de Moulue à la guerre furent plutôt faits pour refroidir son enlhousiasnic. Au lieu des triomphes (pi'il avait reM's, il connut d'abord les houles de la drfailc. Knjuillel i')-2i. Lauti'cc était arrivé à Milan ; il avait charge de recortquérir le duché soulevé contre la domination française. La campagne fut désastreuse : elle aboutit, le î^q avril i5:23,à la journée de la Bicoque. Moulue prétend qu'il y combattit à pied, la jiique au poing", à côté du futur connétable de Montmorency. La phrase est une addition à la première rédaction des Commciilaires. Elle a été suggérée à l'auteur par un passage des Mémoires de Martin du Bellay. 11 convient de ne l'accepter que sous réserve. Ce qui paraît plus certain, au cours de la campagne, il eut cinq chevaux tués sous lui. Vn sien cousin, de la famille de Roquelaure, l'aida à se remonter. 11 dut rester en Italie après le retour de Lautrec en France. Fut-il assiégé dans Crémone avec Lescun par Prospère Colonna ? fut-il de ceux qui, le i4 mai, capitulèrent ') 11 dit simplement qu'il fut fait prisonnier. Les derniers débris de l'année de Lautrec évacuèrent l'Italie. La compagnie du maréchal de Foix vint tenir garnison en Gascogne, à Mauvezin et à Beaumonl-de-Lomagne. Une montre fut passée le i8 février lôaS à Mirande. Monluc y ligure parmi les archers, bien ([u'il fut ce jour-là retenu dans son lit par la lièvre quarte.

Il ne chôma pas longtemps. Au mois de septembre,

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une aimée impériale, commandée par Philibert de Châloa, })rince d'Orange, avait envahi le Labourd et menaçait Bayonne. Laulrec. qui était lieutenant du roi en Guienne, fut chargé de défendre la place. Le hruit se répandit en Gascogne qu'il levait quatorze ou quinze bandes de gens de pied, ^lonluc, qui se sentait une irrésistible vocation pour le métier de fantassin, demanda congé à Jehan de Sagas, lieutenant de la compagnie, et s'enrôla, comme enseigné, dans la bande du capitaine La Glotte, avec laquelle il rejoignit Lautrec à Bayonne.

Les Impériaux, entrés en France par Béhobie, s'étaient avancés jusqu'à Saint-Jean-de-Luz. Le i6 septembre au matin, s'il faut en croire du Bellay, le capitaine Garbon sortit de Bayonne pour les reconnaître. 11 emmenait avec lui les deux compagnies de Lautrec et de Lescun et les deux bandes de Megrin et de La Glotte. On prit le « chemin des bois ». par Bassussarry, Arcangues et Ahetze. On franchit sur un pont le ruisseau qui vient finir dans la mer au pied de la croiv d'Archiloa, et l'on parvint sur un monticule, probablement Sopilenia ou la ciia])elle Saint-Joseph, d'où l'on aperçut Sainl-Jeaii-de-Luz dans le fond et l'horizon borné par la mer. Le capitaine Garbon, laissant là les gens de pied et les enseignes de ses deux compagnies, descendit avec les gens d'armes. Arrivé dans la plaine, il y demeura plus d'une heure, envoyant par deux fois un tronq^ettc sonner la fanfare aux ennemis. Les Impériaux ne paraissaient pas. Mais au moment où Garbon se relirait, ils l'attaquèrent sur sa retraite, l ne mêlée s'engage ; les deux compagnies sont rom-

IMIEMIEKES ANNEES ET PUEMIEIŒS MiMES ()

pues et l'oiiiioiui reroit des lenforls. Du IkuiI du monliculç, Mcgrin et La Glotte voient ([uc les choses se ^'àleii!. Ils hésitent à marcher. Monluc les y décide : (( Allons, mes amis, secourir la gendarmerie. » Avec quatre-xingis ai halétrieis. il descend la pente au pas de course, cl franchit un petit ruisseau qui \ienl se perdre dans les maiais voisins de la \ivelle. Il divise sa troupe en deuv, donne \ingl liommes au Ijàlard d'Aussan et garde le reste. Puis il crie : (( A la tète des chevaux, compagnons, à la tcte des chevaux! »> Les moutures des Impériaux, blessées, se cabrent. A la faveur du désordre, les gens d'armes, prenant en croupe leurs camarades démontés, repassent le ruisseau el regagnent la hauteur, d'où ils se retirent au grand trot sur Bayonne. Monluc, grâce à six arquebusiers gascons, qui se trouvaient par hasard dans sa troupe, fait tète à l'abri des marais, puis remonte la pente en saluant, de temps à autre, les cavaliers ennemis de coups de flèches et d'arquebuse. De verger en verger il gagne l'église d'Ahet/e ; il fait tête encore dans le cimetière. On le croyait perdu et déjà le capitaine Compay, envoyé à son secours, faisait rompre le pont jeté sur l'Ouhabia, le ruisseau (pii se jette dans la mer entre Bidart et Guélhary. Mais Aloiduc et ses hommes ont passé l'eau sur un autre poinl. Ils rejoignent le grand chemin, font halte dans deux |)etites « bordes » et s'y rafraîchissent a\ec du cidre bas([ue et un morceau de pain de millet. Le soir. au\ portes de Bayonne, où l'alarme avait été giande, le rude et peu « caressable » Lautrec accueillit le hardi jeune homme avec son juron familier: « O Ije, Monluc. je n'oublierai

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jamais ce service que vous avez fait au Roi, et m'en souviendrai tant que je vivrai. » Ce mot, si doux à sa vanité, suffisait pour récompenser le héros de sa première prouesse. Lautrec y joignit le commandement de la compagnie de La Glotte. Mais elle fut presque aussitôt cassée, avec les autres, lorsque les Impériaux se furent retirés.

Retombé «u rang de simple homme d'armes. Moulue regagna sa garnison de Gascogne. Au bout d'un an, l'occasion s'offrit à lui de faire de nouveau campagne. Le connétable de Rourbon et Pescara, à la tête d'une armée impériale, étaient venus mettre le siège devant Marseille, le 5 août i534. La ville, défendue par Renzo da Ceri et par les habitants, opposa une héroïque résistance. Rourbon battit en retraite vers ^ice et Monaco, poursuivi par Montmorency. Vingt gens d'armes de la compagnie de Lescun avaient été désignés pour faire partie de la grande armée royale qui allait franchir les Alpes. Monluc. arrivé trop lard, ne put être mis sur le rôle. 11 partit fpiand même, en volontaire, avec cinq ou si\ compagnons. \u déljut, tout alla bien. Romiivet entra dans Milan par une porte, tandis que Bourbon en sortait par l'autre. Mais le roi s'attarda quatre mois devant Pa^i(' d loiscpi'il se décida à livrer bataille, il était trop laid. La journée de Saint-Mathias fut un tiésastre. Dans le parc de Mirabello, Monluc se battit parmi les enfants perdus. Comme François 1", il fut pris. Mais il n'était pas pour payer rançon ; aussi fut-il relàclié le lendemain, samedi aô février. Le lundi, il alla Noir Lescun dans Pavie. Le maréchal de Foi\. blessé d'une arquebusade à la cuisse, « qui lui entrait

PUEMIERES ANNEES ET l'REMIEHES AUMES I I

dans le petit ventre », avait été transporU* chez une clame, qu'il avait jadis aimée, Ilippolyte Malaspina. manjuise d'Kscaldasol. Monluc dut se rencontrer là a\ec Jérôme; Aléandre. Tous deux virent, couchés dans un grand lit. le comte de Saint-Pavd et Lescun, et, dans la même chambre, le capitaine impérial Sucre, qui discourut sur les causes de la défaite avec Federico da Hoz/olo, l'un des chefs de l'avant-garde française. Les vaincus de Pavie rentrèrent en France presque en chemise et sans denier ni maille. Plus heureux ([ue les camarades, Monluc retrouva ses grands chevaux, ses armes et quelques accoutrements qu'il avait laissés à La Iledorte, en Languedoc. Le 21 juillet lôaô. la compagnie de Lescun fit montre à Castres. Elle fut divisée en trois parts. La plus grosse — cinquante lances — fut donnée à Louis de Carmaing, seigneur de INegrepelisse. Monluc prit rang d'homme d'armes dans cette nouvelle compagnie. Son nom figure sur trois montres passées à Gastelnaudary le i3 février i526, à Cahors le 5 octobre, à Montauban le 8 mars suivant. C'est alors qu'il se maria. Il épousa Antoinette de Ysalguiea", fille de feu Jacques de Ysalguier, en son vivant baron, chevalier et sieur de Clermont, et de noble dame Miramonde de Montant. L'alfaire n'alla pas sans quelques tiraillements. Les premières conventions matrimoniales entre François de Massencôme et Bertrand de Montant, sieur de Paulhac, oncle de la demoiselle, avaient été signées à Saint-Puy le (i juin 1 7)24 et ratifiées le 29. Mais rien ne fut conclu et Monluc partit pour l'armée. Vu retour de Pavie, les négociations furent reprises. Comme, dans les actes précé-

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dents, il s'était trouvé ({uclques articles u trop dommageables audit de Massencùmc », on les modifia par un troisième acte Jiotarié. le 21 octobre l'riij. La multitude des assistants et la presse du festin tirent remettre au lendemain la signature. Le mariage ne fut pas célébré avant le 22. Antoinette apportait en dot trois mille livres tournois et un trousseau composé d'accoutrements semblables à ceu>L que ses sœurs avaient reçus : robe de velours noir doublée de salin tanné, robe de satin noir fourrée de pannes noires, robe de camelot tanné fourrée de pannes blanches, gantielle de salin cramoisi, dou])lé de pisé rouge, deux chaperons de velours noir, trois paires de manchons. Un garçon naquit dans l'année : on l'appela Marc- Antoine.

A son retour de captivité, François I", bien résolu à ne pas exécuter le traité de Madrid, avait formé contre (Jiarles-Quint la ligue de Cognac, où entrèrent le pape (Mément Ml, les Néniliens et divers princes italiens, et (pii tu! ()Uvcrt(M'i Henri ^ 111. Le 28 juin lô^y, Lautrec était chargé de lr\cr une armée pour i-eprendre le Milanais et, de là. marclicr sur Naples. Il se sou\iut (|u'il a\ail uial Icnu sa ])r()messe au héros de Saint- Jcan-de-Lu/. cl il lui en\oya l'ordre de dresser une bande de gens de pied pour l'accompagner en son ({ voyage ». Monluc fut si joyeux de l'aubaine (pi'au lieu de ipiatrc cents hommes, il eu leva huit cents, (pi'il j)artagca avec Pierre d'Ossun. Tous deux tirent partie d(.'S douze bandes gasconnes, foruiant im elTectil' de plus de ([uatre mille hommes, doiil Pedro \a\ari'o élail capitaine général. Ces Gascous lireiit

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iiicrvcillo. i)pAanl Mcxitiidrio. ils leiimèroiil la Icno ol (TOiisrrcnl des nniics. (iiii ol)li<ivrciil locomle Ha|ilislr L(h1i(iii. colonel des Allemands, à capilnler avani l'aiii\(''(' (le l'arlillerie ( I -^ septembre). Dixjoui's jîltis lard. Jean de (iranioiil cl Monpezat emporlaieni le chàlean de ^ igevano, api-rs l'avoir assir^v axer cin(| mille hommes de pied, trois cenls lances ci Irois cenls clievau-létrers. Monlnc en liail. l*Ji l'aisanl les approches, il re(;iil à la jamlx" droilc une ai(piebusade. Elle l'emjiècha de j)rendre |)arl an sirpe de Paxie. J.a ])lace se i-endil le 5 octobre. Lanirec en dr)Mna le sac à ses tron[)es. Snisses et («ascnns y commirent d'abominables atrocités. Monluc les répronvait : il fit vn^n à Notre-Dame-de-Loretle de san^er désormais le pins de femmes et de filles qn'il ponrrail.

L'armée de Lanirec avançait lenlemeni \ers l'Ilalie centiale. I-]11(^ resia près d'nn moisà Pai-medans l'inaclion. On manqnail d'argeni ;d'anlre ])arl. l'allilnde des A éniliens et- dn pape élait à ce monienl des |)lns incertaines. Le i4 décembre senlenienl. Lanirec (piitla Parme. Le 17 il élait à Modène, le 19 à Pologne. H n'en re])arlil cpie le (j jan\ierel, par Imola, Faenza, Forli, Cesena, Sanl'Arcangelo, Hiniini, gagna Ancônc. Celle lentenr jjermit à "Monlnc de se remettre. An dé]iarl de Parme, il pon\ait de nouveau cheminer. Le 8 féMÎer ir)'<S. on arriva à Ascoli. sur les bords dn Tronlo, à la l'ronlière dn royanme de Naples. La marche de Lantrec lui de nomean ralentie par le mauvais état des routes, qui rendait très pénible la traction des soixante pièces d'artillerie et des six cents charrettes qu'il traînait après lui. Il (h'cida (^en^oyeren

avant Pedro Xavarro qui, avec si\ mille hommes de pied, franchit le Tronto, s'empara de Chieti, de IVpiili, ■d" Vcpiila, de Sulmona et, en six jours, con(|iiil loiil l'Abruzze. In seul château résista : ce fut Forclia di Penne. La position était très forte. Les fameuses bandes de Bourbon, revenant du sac de Rome, en avaient vainement tenté l'escalade. Pedro ^'a\arro y envoya les (iascons. On lit un trou dans la muraille. Monluc, velu d'un gorgerin de maille à l'allemande, l'épée à la main, la rondelle au bras, le morion en tcte, saute le premier dedans. Les camarades veulent le suivre. Mais les assiégés renversent sur le trou une cuve pleine de cailloux, et Monluc reste seul, en butte auv arquebusades. Il en reçoit deux, l'une au travers de la rondelle et du bras, à quatre doigts de la main, et l'autre à la jointure de l'épaule et du bras. 11 recule vers le trou et y tombe à la renverse. Ses hommes, restés dehors, l'empoignent par les jambes et le tirent si doucement qu'ils le laissent rouler jusqu'au fond du fossé, à travers l'éboulis des })ierres. Le bras atteint se casse en deux endroits. Tandis qu'on relève le blessé, son lieutenant. La Bastide, aidé de deux capitaines basques, entre dans le château par escalade. Les Gascons saccagent tout, passent au fd de l'épée hommes, femmes et enfants « jusqu'à ceux qui étaient dans le berceau », dit Monluc. tout glorieux de l'all'eclion de ces sauvages, enfin juellent le feu aux quatre coins de la ville. C'est vers le i5 février que se place cette seconde j)rouesse.

Notre héros était fort mal en point. Ou l'avait transporté à Alri. Les deux chirurgiens du roi. envoyés par

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