PREMIERES ANNEES ET PREMIERES ARMES II
Lauliec, parlaient de lui cnujiei- le bras. Un jeune hoiunic. (jui avait été au ser\ice du connétable de Bourbon, lui persuada de ne point se laisser faire. Monluc suivit le conseil. Il fut soigné pendant huit (ju neuf semaines à Termini. L'obligation de rester étendu sur le dos lui valut d'être entamé du haut en bas de l'échiné, mais il se tira d'all'aire. Dès qu'il put se lever, on lui lia le bras au corps, avec un coussin sous l'aisselle ; on le hissa sur un pelil mulet et il s'en alla rejoindre le camp français, élabli. depuis les derniers jours d'avril, devant \aples. Il assista d'abord en simple spectateur au blocus de la ville. Il put voir arriver, le 1 1 juin, les galères vénitiennes et, le 4 juillet, disparaître à l'horizon la Hotte génoise de Filippino Doria, al)andonnant le service de la France. Le blocus de \aples se trouva, du fait de cette défection, relâché du coté de la mer. Le i8 juiUel. parurent, en assez mauvais état, treize galères françaises. Elles iDortaienl le prince de Navarre, Charles d'Albret, Renzo da Ceri avec sept à huit cents hommes de pied, et de l'argent pour payer l'armée. Le débarquement eut lieu à la -Maddalena. 11 ne se lit pas sans peine. Lautrec avait envoyé, pour le protéger, une grosse troupe de gendarmes, aux ordres de Michel Antoine, marquis de Saluées, cinq compagnies gasconnes et les fameuses Bandes-Noires de Jean de Médicis, que Lgo Pepoli commandait depuis la mort d'Orazio lîaglione. Tout (I malotru » (ju'il fût, Monluc suivit ses camarades. Le prince de Navarre mit plus de deux lieures à débarquer. Les Impériaux, ayant à leur lète don Ferrante Gonzaga, eurent donc le temps de sortir de Naples pour couper
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la retraite aux Français. Ils culbutèrent les gens de cheval, firent prisonniers Ugo Pepoli et le jeune comte de Caudale. Monluc, abrité par une levée de terie, le bras en écbarpe, enrageait au spectacle de cette « incongruité. » Les galères françaises et vénitiennes, sous prétexte de protéger la descente, lui tuèrent deux hommes. A la fin, il n'y tint plus : avec une poignée d'arquebusiers, il réoccupa le portail par où devait se faire la letraite. Les Bandes->ioires vinrent à la rescousse et la gendarmerie put rentrer au camp.
Cette piteuse affiiire fut le commencement de la débâcle. Lautrec s'entête à vouloir continuer le siège et à demander des renforts et de l'argent qui n'arrivent ])as. La maladie décime ses troupes ; d'assiégeant il dexient assiégé. Une lièvre maligne l'emporte le 17 août. L'armée, privée de son chef, commandée par ^lichel-Vntoine de Saluées, Guido Rangone, Pedro Navarro, tous trois malades, bat pénibleuK ni en retraite sur Aversa, où. bientôt cernée, elle cipilnle, le 3o août. Le texte de la capitulation portait, entre autres conditions, que les gens du Roi Très-Chrétien, les Vénitiens et autres de la Ligue ren- (Ir.iiciil Iduics les ])laces, terres, lieux et forteresses (pi'ils se trouveraient avoir dans le royaume de \aples. r\l)ru/./e. la Calal)re. la Terre de Labour et la Fouille. Et c'est ainsi (|iic Munluc, gratifié par Lautrec, pour sa belle conduile à Kurclia di Penne, d'une terre \alanl douze cents ducats de k nie. Torre-Annunziala. près de Torie del Gi'eco, après s'être cru le plus grand seigneur do France, à la fin se trouva le plus « coquin ». Les (lcrni(Ms soldais de Lanirec partirent d'Aversa,
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sans aiiiios et en giieiiilles, escortés parles iiiipériaiix. \ii\ IVoiilièies du royaume de \aples, ils se dispersèrent et revinrent en France à pied, mendiant le lon^du chemin. Vue cinquantaine d'entre eux, passant par (Ihandjéry, le jour de la l*eiilec(\|('. leiulaicnl la main à la porte de l'église. La duchesse de Savoie, Jiéatrix de Portugal, helle-sœur de Charles-(^)uint, leur dit avec arrogance : « Vous êtes Français ; je ne doime poijil d'aumône aux ennemis de l'Empereur mon frère. Vous ave/, été hien étrillés d'ovi vous venez ; je voudrais que tous les Français qui sont en France le fussent de même. » Les pauvres aventuriers s'en allèrent la lèle basse.
Le lamentable échec de cette expédition tut aussi pour Monluc im désastre j^ersonnel. 11 avait perdu tous SCS protecteurs. Le bras en écharpe, le corps ficelé par trente aunes de tall'etas, il revint au logis, traînant l'aile et tirant le pied. 11 lui fallait de nouveau se débrouiller seul et chercher sa fortune, (( comme personne incomiue. » 11 dit dans son li\re qu'il allendil (rois ans j^iour rej)rendre du serxice. En réalité, il accepta de suite une place de simple hoiume tl'armes dans la compagnie du roi de Navarre. Son nom figiu-c dans quatre montres, passées le t'y. mars lôaq à (londoni, le 3i octobre 1 53o à Agen, le a et le 12 septembre i53i à \ alence-en-Agenois. 11 fallait vi\rc, et la solde la plus modeste ne lui parut pas, sans doute, alors à dédaigner. Dans les loisirs de la paix, il donna à sa femme une fille, Françoise, et deux autres garçons, Pierre-Bertiand et .lean, le futur capitaine Pcyrot et le futur chevalier de Moulue.