L'AFRIQUE CENTRALE
Lac Liba
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LA TRAÏTE
La conversation commençait. (Page 195.)
effectuait en soixante-quatorze jours le trajet du lac à N'yangwé, grand marché d'esclaves déjà visité par Livingstone et Cameron, et assistait aux plus horribles scènes des razzias, exécutées dans le pays des Maroungou et des Manyouéma par les officiers du sultan de Zanzibar.
Stanley se mit en mesure alors de reconnaître le cours du Loualâba, et de le descendre jusqu'à son embouchure. Cent quarante porteurs, engagés à N'yangwé, et dix-neuf bateaux formaient le matériel et le personnel de son expédition. Il fallut combattre dès le début les anthropophages de l'Ougousou, dès le débul aussi, s'employer au portage des embarcations, afin de tourner d'infranchissables cataractes. Sous l'équateur, au point où le Loualâba s'infléchit au nord-
nord-est, cinquante-quatre barques montées par plusieurs centaines d'indigènes attaquaient la petite flotille de Stanley, qui parvint à les mettre en fuite. Puis, le courageux Américain, remontant jusqu'au deuxième degré de latitude boréale, constatait que le Loualàba n'était que le haut Zaire ou Congo, et qu'à en suivre le cours, il descendrait directement à la mer. C'est ce qu'il fit, en se battant presque chaque jour contre les tribus riveraines. Le 3 juin 1877, au passage des cataractes de Massassa, il perdait un de ses compagnons, Francis Pocock, et lui-même, le 18 juillet, il était entraîné avec son embarcation dans les chutes de M'bélo, et n'échappait à la mort que par miracle.
Enfin, le 6 août, Henry Stanley arrivait au village de Ni Sanda, à quatre jours de la cote. Deux jours après, à Banza M'bouko, il trouvait les provisions envoyées par deux négociants d'Emboma, et il se reposait enfin dans cette petite ville du littoral, vieilli à trente-cinq ans par les fatigues et les privations, après une traversée complète du continent africain, qui avait pris deux ans et neuf mois de sa vie. Mais le cours du Loualàba était reconnu jusqu'à l'Atlantique, et si le Nil est la grande artère du nord, si le Zambèse est la grande artère de l'est, on sait maintenant que l'Afrique possède encore dans l'ouest le troisième des plus grands fleuves du monde, celui qui, dans un cours de deux mille neuf cents milles \ sous les noms de Loualàba, de Zaire et de Congo, réunit la région des lacs à l'océan Atlantique.
Cependant, entre ces deux itinéraires, celui de Stanley et celui de Cameron, la province d'Angola était à peu près inconnue en cette année 1873, à l'époque où le Pilgrim venait de se perdre sur la côte d'Afrique. Ce qu'on en savait, c'est qu'elle était le théâtre de la traite occidentale, grâce à ses importants marchés de Bihé, de Cassange et de Kazonndé.
Et c'était dans cette contrée que Dick Sand avait été entraîné, à plus de cent milles du littoral, avec une femme épuisée de fatigue et de douleur, un enfant mourant et des compagnons, nègres d'origine, proie toute indiquée à la rapacité des marchands d'esclaves !
Oui, c'était l'Afrique, et non cette Amérique où ni les indigènes, ni les fauves, ni le climat ne sont véritablement redoutables. Ce n'était pas cette région propice, située entre les Cordillères et la côte, où les bourgades abondent, où les missions sont hospitalièremcnt ouvertes à tout voyageur. Elles étaient loin, ces provinces du Pérou et de la Bolivie, où la tempête aurait assurément porté
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le Pilgrim, si une main criminelle n'eût dévié sa route, où des naufragés eussent trouvé tant de facilités de rapatriement !
C'était le terrible Angola, et non pas cette partie de la côte directement surveillée par les autorités portugaises, mais l'intérieur même de la colonie, que sillonnent les caravanes d'esclaves sous le fouet des havildars.
Que savait Dick Sand de ce pays où la trahison l'avait jeté ? Peu de choses, ce qu'en avaient dit les missionnaires des xvie et xvne siècles, les marchands portugais qui fréquentaient la route de Saint-Paul de Loanda au Zaïre par San- Salvador, ce qu'en avait raconté le docteur Livingstone, lors de son voyage de 1853, et cela eût suffi à abattre une âme moins forte que la sienne.
En vérité, la situation était épouvantable.