L'ÉPAVE
Les soins les plus empressés avaient été prodigués aux naufrages. (Page 27.)
Ce ne fut pas sans peine; mais, deux minutes après, les cinq noirs étaient couchés dans le canot, sans qu'aucun d'eux eût seulement conscience de ce que l'on tentait pour Le sauver. Quelques gouttes de cordial, puis un peu d'eau fraîche prudemment administrée , pouvaient peut-être les rappeler à la vie.
Le Pilgrim se maintenait à une demi-encâblure de l'épave, et le canot l'eut bientôt accosté.
Un cartahut fut envoyé de la grande vergue, et chacun des noirs, enlevé séparément, reposa enfin sur le pont du Pilgrim.
Le chien les avait accompagnes.
« Les malheureux ! s'écria Mrs. "Weldon, en apercevant ces pauvres gens, qui n'étaient plus que des corps inertes.
— Ils vivent, mistress Weldon! Nous les sauverons! Oui! nous les sauverons! s'écria Dick Sand.
— Que leur est-il donc arrivé? demanda cousin Bénédict.
— Attendez qu'ils puissent parler, répondit le capitaine Hull, et ils nous raconteront leur histoire. Mais, avant tout, faisons-leur boire un peu d'eau, à laquelle nous mêlerons quelques gouttes de rhum. »
Puis, se retournant :
« Negoro ! » cria-t-il.
A ce nom, le chien se dressa comme s'il eût été en arrêt, le poil hérissé, la gueule ouverte.
Cependant, le cuisinier ne paraissait pas.
«Negoro! » répétale capitaine Hull.
Le chien donna de nouveau des signes d'une extrême fureur.
Negoro quitta la cuisine.
A peine se fut-il montré sur le pont, que le chien se précipita sur lui et voulut lui sauter à la gorge.
D'un coup du poker dont il s'était armé, le cuisinier repoussa l'animal, que quelques matelots parvinrent à contenir.
« Est-ce que vous connaissez ce chien? demanda le capitaine Hull au maîtrecoq.
— Moi ! répondit Negoro. Je ne l'ai jamais vu !
— Voilà qui est singulier! » murmura Dick Sand.