‹ Un cas de conscience; pièce en deux actesChapitre 13 sur 15 · LA COMTESSE, LE DOCTEUR ODRU LE DOCTEUR ODRU · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, LE DOCTEUR ODRU LE DOCTEUR ODRU

Vous m'avez fait appeler, madame la Comtesse ?

LA COMTESSE

Oui, monsieur. (Elle tire d'un buvard trots télégrammes.) Prenez connaissance, je vous prie, de ces trois dépêches que j'ai reçues ce matin de mes enfants.

Le docteur les prend, les parcourt et les lui rend sans oser la regarder.

LE DOCTEUR ODBU

Alors ils vont arriver ! . . . (Après un silence et ^e/îe.j Vousme permettrez de vous quitter, madame. J'écris une longue lettre au professeur Louvet sur les observations que j'ai pu faire, et je voudrais qu'elle partît avec le courrier. // va pour sortir.

LA COMTESSE, l'arrêtant.

Non, restez. Quand vous êtes sorti hier matin, monsieur, vous êtes allé au village. Vous avez mis à la poste trois télégrammes que mon mari vous avait donnés pour faire venir mes fils. Pourquoi avez-vous fait cela à mon insu, à moi, la mère ?

LK DOCTEUR ODRU, évasif.

Madame la Comtesse, je vous ai dit hier que j'étais ici comme médecin...

LA COMTESSE

C'est comme médecin que vous êtes allé porter ces dépêches? Car vous les avez portées ; j'ai fait une enquête. D'ailleurs, qu'il y ait eu des dépêches envoyées, c'est écrit là, dans la réponse de mon second fils. (Elle lit.) « Bouleversé par télégramme, prendrai train que vous indiquez... w Ainsi, venu dans cette maison pour soigner un malade, vous avez pris parti .entre ma volonté et celle de mon mari. Car enfin, si je n'appelais pas mes enfants, c'est que j'avais une raison... Est-ce là ce que vous me disiez? Où est-elle, cette conscience professionnelle dont vous me parliez hier? Où est-elle?

LE DOCTEUR ODRU

Je n'ai pas à vous rendre compte de mes actes, madame. Je n'ai jamais rien fait ici que cette conscience ne m'ait commandé.

LA COMTESSE

Naturellement, vous ne conviendrez jamais que c'est vous qui avez porté ces dépêches au village, hier matin, quand vous avez refusé ma voiture et prétexté que vous aviez besoin de marcher. M. de Rocqueville aura trouvé le moyen de vous arracher une promesse et une parole, je ne sais pas comment. . . Tout ce que je sais, c'est qu'il ne vous a pas dit son véritable motif... Vous n'auriez jamais envoyé ces dépêches, je vous le jure. . .

LE DOCTEUR ODRU

Si M. de Rocqueville avait voulu me parler de ses affaires de famille, je l'aurais arrêté au premier mot, comme je me suis permis et comme je me permets de vous arrêter, madame.

La porte s^ ouvre.

JEAN paraît.

Madame la Comtesse, M. le Comte veut recevoir ces messieurs ici.

LE DOCTEUR ODRU

Il s'est levé?

JEAN

Oui, monsieur le docteur. Vous m'avez recommandé de ne pas le contrarier. Il a fallu que je l'habille. Il m'a demandé de dire à Mme la Comtesse de rester. Il veut lui parler. Nous allons l'amener, Bernard et moi. Vous savez. Si je ne lui avais pas dit oui, il serait venu tout seul. Quand il veut quelque chose, monsieur le docteur!... Et puis, il est le maître.

LA COMTESSE

Dites à M. le Comte que je l'attends. fAu docteur, affolée.) Monsieur, vous pouvez encore réparer le mal que vous avez fait, sans le savoir... Allez au-devant de mes enfants, ditesleur que leur père est trop souffrant pour les recevoir. Empêchez qu'il ne les voie...

LE DOCTEUR ODRD

Je ne peux pas, madame, je ne peux pas. Je n'empêcherais cette visite que sije croyais qu'elle

est dangereuse pour le malade. Au contraire, vous êtes obligée de reconnaître vous-même qu'il s'est opéré en lui une véritable résurrection, depuis qu'il sait que ses fils vont être là!

LA COMTESSE

Vous ne comprenez donc rien, monsieur?

Vous ne voyez donc pas que je suis à l'agonie, qu'il se passe ici un drame affreux où vous êtes acteur, qu'il va se commettre un crime dont vous êtes le complice... (Plus bas, comme égarée.) Si le Comte fait venir ses enfants, comme il l'a fait, à mon insu, en abusant de vous, c'est qu'il veut se venger de moi par eux... (Elle regarde autour (Velle, puis montrant une porte. JTenez, monsieur, je ne vous demande plus rien, qu'une seule chose, ne vous en allez pas, restez là dans cette pièce, à portée de la voix, pendant l'entretien que je vais avoir avec mon mari, et que vous entendrez. (Se prenant la tête dans les deux mains.) Ah! Quelle honte! quelle honte! Mais c'est le seul moyen... Je

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la subirai, pour mes fils. Dieu trouvera que c'est assez et il m'épargnera l'autre épreuve... (Prenant par le bras le docteur qui hésite.) Oui, monsieur, entrez là et écoutez. Vous allez savoir pourquoi cet homme vous a fait porter ces dépêches. Je vous le répète, il veut se venger de moi. Se venger d'une mère à travers ses enfants! C'est une infamie. Vous ne la permettrez pas, puisque vous pouvez encore l'empêcher. Allez, monsieur, allez. Je l'entends. . . Le docteur, poussé par elle, entre dans la

chambre, pendant que le Comte parait, appuyé

sur les deux domestiques.

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