II. FABRICIUS
Donnez-moi encore une tasse de thé, Ninette... Votre père est furieusement occupé de sa lecture... Mon cher Varna, je bois du thé délicieux!.. pourquoi n'es-tu pas des nôtres?..
M. DE VARNA
Tout à l'heure.
M. FABRICIUS
Que Diable lis-tu là avec tant d'attention?..
M. DE VARNA
Un rapport sur une affaire très importante.
M. FABRICIUS
Dont l'auteur...
M. DE VARNA
Est M. Miller, mon secrétaire.
M. FABRICIUS
Ah! charmant sujet!., du savoir sans pédanterie , de l’esprit sans insolence, et de la politesse!
U ne ressemble guère aux jeunes gens de ce temps-ci...
NINETTE
N’est-ce pas, M. Fabricius?.. Voulez-vous encore une tasse de thé?..
V M FABRICIUS
N'ai-je pas vu , sur votre piano , une romance composée par lui , Ninette ?
NINETTE
Si vous voulez, je vous la chanterai.
M** FABRICIUS
Et, dans votre album, des paysages signés de son nom ?..
NINETTE
J’en fais des copies.
M** FABRICIUS
C'est un génie universel.
M. FABRICIUS, à part.
M“ # Fabricius a quelque chose, ce mathi.
NINETTE , voyant son père qui se lève.
Ah ! mon père , vous avez fini ?
(Elle lui sert une tasse de tlié.)
U. DE VARNA
Eh bien ! mesdames , avez-vous préparé vos toilettes pour la solennité de demain?.. Grand sujet de consultation !*
M"* FABRICIUS
Ah! que celte question révèle bien le superlic mépris que vous avez pour nous, chétives créatures, toujours occupées de chiffons!..
M. fabricius, à part.
Elle a quelque chose... (Haut.) Quelle est cette solennité ?
M. DE VARNA
l.'as-tu oublié , froid personnage !.. le dix-hait octobre !.. Est-ce que cette date-là lie fait rien vibrer dans ta poitrine! Il y a vingt-six ans, à pa-
* M. Falnicii», H. di Varna, irai» à ut-la- Ninetlr, M* • Faim-
UN CAS DE CONSCIENCE
reil jour, l'Allemagne recouvrait son indépendance , sur le champ de bataille de Leipsick !..
M. PABRICICS.
Je n’y étais pas.
M. UE VARNA
J’y étais, moi!..
NINETTE
Enfin, la journée de demain est une fête pour toute l'Allemagne... et la ville donne un grand bal.
M. F A bric i vs.
Comptez- vous y aller, madame ?
M“* FAURICICS.
Assurément.
M. PARRICH'S.
Et tu y mèneras la lille?..
M. DF. VARNA
Sans auï'tin doute.
M. PABRICICS.
\ Qu'allez-vous faire dans cette cohue ?
M. DE VARNA
Un des travers les plus communs chez les personnes de notre ûge, c’est de nier les plaisirs qu’elles ne comprennent plus.
m. fa uni CMS.
Je n'ai jamais compris celui do bal.
M. DK VARNA.
Il y a quelque vingt ans , tu le comprenais à merveille.
M. F A BRIC ICS.
Ainsi, tu ne crains, pour ta fille, aucun des accidens si fréquens dans les assemblées trop nombreuses?..
M** FABRICtl'S.
Et quel accident peut-il arriver?