M. FABRICIUS, M. DE VARNA
M. FABRICIUS
Ce n'est pas sans peine...
M. DK VARNA.
Et lu ne te lasseras pas de voir ainsi ta dignité compromise devant moi, devant ma fille, devant tout le monde...
M. FABRICIUS
Mon cher, il y a quinze ans que le pli est pris... Fais décréter une loi sur le divorce... et je retrouverai peut-être quelque énergie.. Jusquelà...
M. DE VARNA
Toi, (pie j'ai connu si impétueux, si vif... l’un des plus mauvais sujets de l’Allemagne !
C'est comme ma femme. Avant notre mariage, un ange ! tu vois ce qu’elle est devenue... Je t’avouerai franchement que , dans les commenremens de la métamorphose , j'eus quelque peine à m'y faire... mais c'étaient tous les jours des menaces, des emportemens, des querelles !.. mon ménage devenait un enfer... il fallait le fuir ou me soumettre... Depuis que je me suis rési-
* M— * Fnbr’rliM, M. F*brîciu#, M. «le Varna.
12 UN CAS DE CONSCIENCE
gé à prendre le second parti , je jouis de quel- « que tranquillité...
H. DF. VARNA
Mais par quels sacrifices tu Pas achetée !..
M. FABRICIUS
Quand une chose vous plaît, il ne faut pas regarder à la dépense...
M. DE VARNA
Mon pauvre ami... c’est pour tes péchés que tu es devenu le mari de ta femme... M - * Fabricius venge toutes celles que tu as trahies : ton mariage est un châtiment providentiel.
Al. FABRICIUS.
Ah ! tu as peut-être raison !.. mais voyons!.. Est-ce pour me parler de ma femme que tu m’as demandé un tête-à-tête?.. Merci de l’intention!., j'aimerais presque autant aller la retrouver...
M. DF. VARNA
Je l’attaque, et j’ai tort., elle m’a mis aujourd’hui sur la trace d’une découverte bien heureuse pour moi...
M. FADRJCIFS.
Quelle découverte ?
M. DE VARNA
Je te la dirai tout à l’heure... avant, il faut parler du mariage de ton neveu et de ma fille...
M. F a bric ns.
D’après ce que tu nous a promis, nous le regardons comme à peu près fait...
M. DE VARNA
Je n’ai pas promis de faire violence à l’inclination de ma fille...
M. FAHRIC1FS.
Qui parle de lui faire violence ?.. est-ce qu'elle hait Léopold?
M. DE VARNA
Non ! mais elle en aime un autre !.. vous aviez bien vu tous les deux. M. Miller...
M. FA BRIC IIS
Et tu approûves cet amour ?
M. DE VARNA
Je dois l’approuver.
M. FABniCIllS.
C’est donc ton secrétaire qui va devenir ton gendre ? Le choit est singulier ; mais je n’ai rien à dire... tu es le maître de ta fille.
M. DE VARNA
Je vais t’expliquer...
M. FARRICIIS.
Ta résolution m’afflige, je ne le cacherai pas. Que Ninette épouse Léopold ou M. Miller, ce n’est pas là ce qui me louche... mais M“* Fabr ici us comptait sur ce mariage. Sur qui sa colère va-t-elle retomber? Sur moi ! il ne fallait pas nous donner ta parole...
Al. DE VARNA.
Mais, ce matin encore, j’étais disposé à la tenir...
M. FABRICIUS
Qui a causé ce. revirement subit?
Al. DK VARNA.
Un souvenir de jeunesse.
AI. FARRICIIS.
Ah! ah!
AI. DE VARNA
Ce n’est pas ce que tu semblés croire...
Ecoute : Il y a vingt ans, j’étais au moment de quitter Vienne , j’avais réuni quelque* amis dans
la taverne du grand-amiral ; l’hôte n’avait pu nous donner une salle particulière. Un homme, jeune encore, mais dont le visage était déjà flétri par l’étude ou par le chagrin, entra et vint s’asseoir à la table la plus rapprochée de la nôtre... Cet homme, je ne l'avais jamais vu, j’en suis sûr, et je l’examinais pourtant avec je ne sais auel intérêt inexplicable pour moi-même, quand un de mes amis prononça mon nom... A ce nom, il se leva vivement... « Qui a prononcé le nom de Varna? quel est celui de vous qui le porte?»
C’est moi! lui répondis-je en me levant à mon tour. — Varna? capitaine , en 1815, dans un des régimens de la Landwer? — Lui-même ; qu’avezvous à lui dire? — J’ai à lui dire, continua-t-il en s'avançant vers moi , qu’il est un misérable et un lâche... Tu juges du bruit qui s'éleva à celte agression étrange...— Monsieur, il y a ici quelque méprise !.. je ne vous connais pas... — Et tu ne peux pas me connaître... mais ceci te prouvera que je suis venu te provoquer pour un duel à mort... Alors... oh ! je ne puis dire cela qu’à toi seul, et parce que j’y suis forcé pour t'expliquer ma conduite. — Alors, il me fit la plus cruelle de toutes les injures... une injure qui n’admet ni expliratioas, ni réparations, ni excuses... il me donna mi soufflet...
Al. FABRICIUS.
Un soufflet !
M. DE VARNA
Une heure après, nous nous battîmes...
Al. FARRICIIS.