ACTE H , SCÈNE XI
cnARi.es.
Ah ! je me serais fait tuer avant de lui parler de mon amour. La voir, la voir, la voir... je ne j voulais rien de plus... Que dis-je! ce malin, je : partais pour Vienne... Mais son père!.. ah! ( comment vous dire?., il oublie la distance qui nous sépare!.. il m’accepte pour gendre, moi, pauvre jeune homme obscur, sans fortune, sans nom!..
M. WOLF
Et quel est le sien , mon (ils?
CHARLES
C'est le comte Joseph de Varna.
!\f. WOl.F.
Joseph de Varna !
CHARLES
Ce nom vous est connu ?
H. WOLF
SU m’est connu !.. Joseph de Varna, qui servit autrefois, comme capitaine, dans un des régiinens de la l^ndwer !..
chaiiles.
Lui-méme.
M. WOLF
Justice de Dieu ! c’est chez lui que nous sommes?.. vous voulez épouser sa fille?
en ARLES.
Blâmez-vous une alliance si fort au-dessus de tout ce que je pouvais espérer...
M. WOLF
Mais il ne sait donc pas qui vous êtes... il ne connaît donc pas votre véritable nom?
Je le lui ai dit , ce matiu même , en lui racontant la catastrophe qui m'a ravi mon père... et le projet que j’ai conçu de punir son assassin...
M. WOLF
Et il vous a écouté ?
CHARLES
Avec l'émotion la plus vive !.. Mais quel rapport?
M. WOLF
Mon fils !.. vous savez si je vous aime... et si votre bonheur est le dernier intérêt de ma vie!.. Je vais vous porter un coup bien cruel !.. mais il faut que je m'y résigne , et l'impatience , que je lis dans vos yeux, ne me permet pas de chercher des ménageincns... Vous ne pouvez -épouser M IU de Varna...
CHARLES
Que dites- vous?
M. WOLF
Qu’il faut renoncer à votre amour... dussiezvous en verser des larmes de sang !
CHARLES
Je ne puis comprendre...
M. WOLF
Charles ! m'avez-vous tenu lieu de fils? vous ai-je tenu lieu de père?..
Cn ARLES.
Ü riel !
M. WOLF
Kh bien! point de questions, et point de délais... Venez, venez!..
CHARLES
J'ai demandé la main de M 11 * de Varna; on me l’a accordée , je dois l'épouser... il v va de l'honneur pour l’un et pour l'autre! Mais que pouvez-vous blâmer dans ce mariage?.. Elle, je n’en parle point... quelle calomnie oserait l’atteindre?.. C’est donc son père que votre silence accuse?., jusqu’iri il a passé pour le plus juste des hommes... Voyons! parlez!., quel est son crime!
M. WOl.F.
Ne me forcez pas à vous le dire!
CHARLES
Je veux vous mettre en face l'un de l’autre... et quelle que soit l'accusation... je ne doute pas qu'il se justifie...
M. WOLF
Se justifier, lui!.. Avant qu'il y réussisse, la mort me rendra tout ce que j’ai aimé... tout ce qu'il m'a ravi!..
Cil ARLES.
C’est en dire trop, et pas assez!
M. WOLF
Sortons!., c’est par pitié pour vous que je refuse de m'expliquer davantage!..
Vous voulez donc me contraindre à vous deviner!..
M. WOLF
Mon fils!..
CHARLES
Si vous ne m'aviez pas dit tant de fois que vous ne saviez pas le nom du meurtrier de mon père...
M. WOLF
Je devais vous le dire, je croyais prévenir de nouveaux malheurs...
CHARLES
Ce n’était donc pas la vérité?.. Vous détournez les veux.*. vous ne détruisez pas l’horrible soupçon qui est entré .dans ma pensée... Oh!
mais parlez donc!., dites moi que M. de Varna n’est pas le seul homme que je sois forcé de maudire !..
M. WOLF
Point demalédirlion!.. il se repentait... et la preuve, c’est qu’il vous donnait sa fille...
CHARLES
Ah! c'était une réparation... tout est expliqué!.. (Il marche à «rancis pas.) Félicitez-vous maintenant de m'avoir trompé avec tant de persévérance , de m'avoir obstinément caché son nom... I.a vengeance et l'amour sont les deux grandes passions de l'homme... Voilà quelles sont allumées dans mon cœur, sans que, grâce à vous, il me soit jamais possible de les satisfaire...
M. WOl.F.
Vous les dompterez alors; homme et chrétien, «souvenez- vous que la. vie est un combat!..
l.a toile tombe.