‹ Un cas de coscience comédie en trois actes et en proseChapitre 51 sur 57 · M. DE VARNA, M. WOLF, CHARLES · texte numérisé non relu

M. DE VARNA, M. WOLF, CHARLES

M. WOLF, h son neveu.

Venez, un peu de courage... un dernier effort... 11 faut faire remettre celte lettre à M. de Varna... rien de plus... I ne explication verbale est dangereuse et inutile ; et vous voyez que luiniéine ne la désire pas.

M. DE VARNA , s’avançant.

Qui vous l’a dit?

CHARLES

Ah! c’est lui!

M. DE VARNA

Je ne désire pas nne explication verbale ?. , Ah ! monsieur, si j’avais su que vous habitiez Steinlœch , il y a long-temps que je serais allé vous la demander; je ne laisserai pas échapper l’occasion de l’obtenir!

CHARLES, à lui-même.

O Dieu!., voir là... devant moi! le meurtrier de mon père , et ne pouvoir le venger!

M. WOLP.

L’explication que je puis vous donner sera courte. Regardez-moi en face, si vous l’osez... Vingt ans d’une vie où vous avez rendu le bonheur impossible , ont-ils flétri mes traits au point que vous ne puissiez me reconnaître ?..

Je vous reconnais... Et , cependant , quaud je vous ai vu, vous ne portiez pas ce costume. Qui l'eût dit , que le témoin de ce duel terrible deviendrait un jour l’un des ministres dit Dieu de paix?

M. WOLF

Ah ! rendez grâce à ce caractère dont j’étais déjà revêtu! Si , à cette époque , j’avais' encore eu le droit de manier une épée , vous auriez fait deux victimes au lieu d’nne , ou bien je vous aurais tué sur le cadavre de mon frère !

M. DE VARNA

Est-ce un prêtre qui me parle ?..

M. WOI.P.

Un prêtre et un juge. Devant le tribunal su-

IN CAS DE CONSCIENCE

Mais j'en dirais trop, vous ui'avez reconnu... il*<3>»je ne l’avais jamais vu! Je ne comprends pas les suffit. Vous savez pourquoi mon neveu ne peut révélations incomplètes de votre onde ; mais, s’il épouser votre fille. s'obstine à se taire, moi, je veux parler. A défaut

m. de \ AiiNA. de votre affection , je tiens à conserver votre es-

11 le pourrait si vous n'aviez pas parlé! Ali! vous étiez mieux inspiré , quand vous avez feint d’ignorer le nom de celui qui a tué son père. Alors, vous faisiez acte de prudence ; aujourd'hui, monsieur le miuislre, vous avez fait acte de cruauté !

M. WOLF

J'ai fait ce que j'ai dû faire.

M. UE VARNA

Ne vous créez pas des devoirs chimériques.

Vous avez cédé à ce ressentiment dont vous refusez de m’expliquer la cause , et que l'Age au moins devrait avoir calmé ! Ah ! quelle que soit l'origine de votre haine , est-ce ainsi que vous pratique/, le pardon des injures? Inflexible après vingt ans!.. Mais la justice des hommes a moins d'animosité que vous ! \ ingt ans ! C'est le terme qui est fixé pour la prescription des plus grands crimes, et la mort de Stopfell ne fut qu'un malheur! Parlez, monsieur, vous vouliez m’accuser et c'est moi qui vous accuse ; «le quel droit êtesvous venu vous jeter entre l’offense et la réparation ? M. WOLF,

11 y a des réparations plus funestes que l'injure.

Et vous ne savez pas que la colère du ciel éclatait dans l’expiation que vous aviez révée. Allez, je ne veux pas d'autres preuves qu’il n’a pas encore pardonné ; il voit vos remords et j’apprécie vos intentions, c'est assez. Je ne vous demande pas «le rendre justice aux miennes. Si j’avais à les justifier, ce serait devant Charles seulement. Je n'ai pas voulu «pie le bonheur fût pour lui le prix «lu sang «le son père; qu'il s’explique : nie reproche-t-il d'avoir «lit lu vérité?..

eu AHI.ES.

Ah ! mou seul malheur est de l’avoir apprise trop tard ! Abrégeons un entretien qui ne peut changer mon sort ni le vôtre. Je vais partir, monsieur; je ne puis vous remercier de vos bienfaits ; ils m’ont ûté la dernière douceur qui reste à un malheureux : le droit de maudire l'auteur de son infortune! Que le ciel vous pardonne la monde mon père; moi, je renonce au projet de la venger!.. Ab! que vous avais-je fait pour uie traiter avec une bonté si grande ; et lui, mon père, le plus doux, le meilleur des hommes, que vous avait-il fait pour le tuer?..

M. DE VARNA

Vous parlez comme quelqu'un qui ignorerait toutes les circonstances de ce duel ?

CHARLES

Je n'en connais que la catastrophe. Que m'importe le reste?..

M. UE VARNA

Mais , le reste établit de quel côté l'agression est venue.

CHARLES

Et comment ne serait-ce pas du vôtre ? A qui , mon père aurait-il pu chercher querelle ?

M. DE VARNA

lime. Celui qu’on vous a représenté comme un spadassin avait reçu un soufflet , oui , un soufflet de votre père ! Pouvait-il se dispenser de se battre avec lui?..

CHARLES, à son oncle.*

Un soufflet!.. Ah! monsieur!., pourquoi ne me l’avcz-vous pas dit?.. Mon père était donc l'ennemi de M. de Varna ? Quelle insulte avait motivé cel horrible outrage ?

M. WOLF

Charles, vous ne savez pas ce que vous me demandez ; si je me déterminais à parler, ce ne serait pas devant vous.** Monsieur, mon malheureux beau-frère voulait vous forcer à un duel, cl son honneur lui défendait de vous en avouer la cause ; mais, puisque vous tenez absolument à savoir le secret de sa conduite , cherchez dans votre vie, et voyez si vous n’y retrouvez pas quelque action «fui méritait le plus terrible châtiment !..

M. DE VARN A.

Grâce à Dieu, ma vie est pure. Je veux perdre la réputation d'honnête homme que mes concitoyens m’ont faite, si je sais ce que votre frère avait à me reprocher.

M. WOLF

Je croyais que vous aviez plus de mémoire...

je vais donc vous aider. Souvenez-vous de la fêle qui fut donnée, à Vienne, en 1815, aux officiers allemands, vainqueurs à Lelpsick.

M. DE VARNA

Qu’y a-t-il de commun entre cette fête et le crime que vous ui’imputez?..

M. WOLF

Vous me le demandez ! vous n’avez pourtant pas oublié la rencontre que vous y avez faite !

M. DE VARNA

Hé ! Monsieur, je n'y suis pas allé.

M. WOLF

Vous n'y êtes pas allé ?

M. DK VARNA.

Sur l’honneur, monsieur, je vous l’affirme. Le jour où elle se donna, j’étais dans mou lit; j'avais la fièvre et le délire.

M. WOLF

Vous osez soutenir?..

U. DE VARNA

Ce que je suis eu état de prouver.

M. WOLF

Le sort en est jeté. Une explication complète est nécessaire... Stopfell, tu me pardonneras de trahir le sermeut que je t'ai fait! vous ne pouvez rester ici, Charles ; retirez-vous.

CHARLES

Mc retirer ! Mais je prends plus d’intérêt que vous-même à la justification de M. de Varna ! mais c’est mon amour, c'est mou avenir, qui sont en cause !

M. WOLF

Vous croyez que je l’ai provoqué !.. Mais , Et quand ce serait votre existence même je ne quelle est donc cette vérité qu’on vous a dite? parlerais pas devant vous!..

Moi , provoquer votre père ? mais je ne le con- • w«ir . u. a* v*™« , curu*. naissais pas ; mais, une heure avant ce duel fatal, ^ •• u. a* y««m, m vml

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