CHAPITRE II HISTORIQUE È SÉRIE à
Les chirurgiens ont constaté parfois que l'opéré présentaitau cours de la semaine qui suit l'intervention des phénomènes de vomissements, de ballonnement abdominal, qui ont été longtemos confondus avec des symptômes de péritonite, et qu'un examen plus approfondi a montré être dus à une dilatation aiguë de l'estomac et de l’intestin. En.
Les opérations chirurgicales étant rares et restreintes, nous ne trouvons dans le début du xix° siècle que quelques observations assez peu typiques après traumatismes abdominaux. 3
Vers 1870-1873, K@BERLÉ, de Strasbourg, après de nombreuses laparotomies et ovariotomies, remarqua des accidents brusques de dilatation gastrique, et insista sur la nécessité de pratiquer sur ces malades le lavage de l'estomac.
En 1882, TniépauT, de Nancy, en fit dans sa thèse une étude fort intéressante et Nicaïse, en 1885, publia un cas très net constaté à l’autopsie. La question fut ensuite étudiée en Allemagne, surtout par KüNDRATH (1891), qui essaya d'en préciser la pathogénie, par ScuniTzer (1895), et Muzzer (1900); en Angleterre, par Box et WALLACE, en Amérique par Roginson (1900).
- Au Congrès français de chirurgie, en 1903, Paul Rex- NIER, chirurgien des hôpitaux de Paris, étudia cette affec-
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tion et en indiqua le traitement, tout en développant sa pathogénie, due pour lui à un réflexe
A la suite d’une communication du professeur CHAVAN- Naz et d'observations de LecuEu, RoUTIER, QUÉNU, WAL- THER, FERRIER, TUFFIER, Mory, DeLBET rapportèrent des cas personnels et discutèrent en novembre 1905, à la Société de chirurgie de Paris, la symptomatologie, le traitement et la pathogénie du syndrome.
Depuis. la dilatation aiguë de l'estomac fut étudiée en France par MoRICHEAU- BEAUCHAMP, RoussEAU, BEAU- RAIN, LEGÈNE, en Allemagne, par KAYSER et ALBRECHT.
En 1909, la Société de chirurgie s’en occupa à nouveau à la suite des observations de D£ELAGENIÈRE.
HaxpouiN, BLocn et RAMaADIER, VIOLET, BERNET, s'intéressèrent ensuite à cette question, qui fut étudiée à Lyon, par DesGourres, CADE et JALIFIER, BLANCG-PERDUCHET et LERICHE.
Le nombre des cas publiés de nos jours est considérable, à cause de l'extension prise par la chirurgie, mais tandis. que l’on considérait ce syndrome comme consécutif à une intervention d'abord abdominale, puis quelconque, nécessitant une anesthésie, on le décrivit à la suite de brüûlures (Lee), de pneumonie (Devé), de typhoïde (Wicson).
En ce qui concerne les phénomènes abdominaux postpartum, Bunix déjà, dans une lecon faite à la Charité, le 24 décembre 1892 et publiée dans le Progrès médical (avril 1893), « Des rapports de l'utérus et de l'intestin », rapporte quatre observations, dont une très nette, d’un syndrome, qu'il distingue de la péritonite en ce qu'il est plus précoce et cède presque instantanément à l’administration de purgations et de lavements; pour lui, en effet, tous les symptômes proviennent uniquement d’une autointoxication d'origine intestinale.
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Vinay, dans son traité des Maladies de la grossesse, croit que les matières fécales, sous l'influence d’une cause
inconnue, revêtent ‘un caractère virulent et produisent
l'intoxication de l'organisme en même temps qu'une paralys'e de l'intestin, 3 |
Mais le mérite de s'être les premiers intéressés à la question de la dilatation aiguë de l'estomac d'origine obstétricale paraît bien revenir à AUDEBERT et FOURNIER, car Bupin n'avait pas isolé ce symptôme capital, parmi les phénomènes abdominaux.
Ils publièrent en 1907 les deux premiers cas de dilata-
tion aiouë observés chez les éclamptiques et invoquent comme mécanisme pathogénique l’action du chloroforme, dont on avait fait usage chez les deux malades ; ils ne méconnaissent pas pourtant l'action de l'auto-intoxication.
La première malade guérit après une débâcle intestinale ; à l'autopsie de la deuxième ils trouvèrent une énorme dilatation gastrique (3 litres environ) et intestinale.
La même année MEREAU publia un cas analogue dans les Archives médicales du Poitou. Dans les antécédents, il relève une cardiopathie; la dilatation se produisit très vite après la naissance de l'enfant, et pendant la période de repos physiologique, il constata qu’ « une tumeur s'était formée dans l'abdomen, tumeur qui grossissait à vue d'œil ». Il y eut des vomissements de 4 ou 5 litres en quelques heures, la mort survint rapidement.
Le Lorier publia, aussi en 1907 une observation d'un cas semblable, avec perforation stomacale due à un ulcère rond préexistant.
En 1910, Aupegert et FouRNIER constatèrent un nouveau cas à la suite d’une césarienne chez une malade qui, disent-ils, n'avait pas eu une préparation intestinale suffisante.
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Boquer., d'Angers, en 1911, publia deux cas : l’un après présentation de l'épaule et version, suivie de délivrance artificielle, le second après une césarienne; il insista sur les bons effets de la position de SCHNITZLER.
GizLes signala l'apparition du syndrome à la suite d'une présentation de l'épaule.
AUDEBERT, après un accouchement en tous points normal, aussitôt après la délivrance, et après un accouchement par présentation du siège, Kristeller, anesthésie et délivrance artificielle, chez une femme ayant présenté une -indigestion dix-huit jours avant, et qui fut guérie aussitôt
par la simple position ventrale; Foucère, de Bordeaux, . après application de forceps; la guérison fut rapide; la
dilatation céda très vite au décubitus ventral.
En 1912, Sriegerr et Garipuy la virent apparaître après une césarienne pour fibrome prævia, AUDEBERT après une césarienne; la malade guérit rapidement, sans doute, dit-il, grâce aux soins préparatoires de l'intestin et de l'estomac.
Osour, dans sa thèse, rapporta un nouveau cas après basiotribsie, hémorragie de la délivrance et infection.
Les observations, on le voit, sont peu nombreuses, et la littérature médicale étrangère est pendant ces annéeslà encore moins riche que la nôtre à ce point de vue.
Nous pouvons signaler en Amérique les travaux de Rura, de Taompson, de Davis (1912-1913), qui décrivit un cas après fixation de l’utérus et incrimina dans l’autre, après césarienne, une anesthésie mal conduite, où la malade aurait avalé de l’air et du mucus. En Suède, BRET- TEVILLE-JENSEN publia une observation de dilatation gastrique, consécutive à une hémorragie de la délivrance.
Enfin, en avril 1913, DE Bovis, de Reims, signala en
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France deux nouveaux cas, lun chez une cancéreuse ca-
chectique opérée de césarienne in extremis, l’autre, chez une malade ayant présenté une hémorragie de placenta prævia ; et il insista sur l'action de la grossesse ellemême comme mécanisme pathogénique de la dilatation aiguë de l’estomac chez les accouchées.
En mars 1919, une accouchée a présenté à la clinique obstétricale un cas de dilatation aiguë de l'estomac, que l'observation, mal notée, ne nous a pas permis de publier. sn
À la suite d'un atcouchement suivi d'une délivrance artificielle sans anesthésie, une femme âgée de 37 ans, ‘dont c'était le treizième accouchement, présenta, dès le soir, des phénomènes douloureux du côté de la corne gauche de l'utérus, qui furent calmés par une piqüre de morphine, mais le lendemain la température s'éleva à 38, le pouls à 100; la malade présentait un gros ballonnement de l’abdomen surtout marqué dans la région gastrique et eut des vomissements. Elle fut soulagée par d’abondantes selles provoquées par un lavement d'huile, mais présenta de nouveau le lendemain les mêmes symptômes avec une température de 38 et un pouls à 115.
La douleur utérine continuait, on sentait de l'empâtement dans la région du cul-de-sac gauche, et.on craignit un hématome sous-péritonéal ou une rupture de l'utérus ; une intervention fut décidée sous réserve d'un examen intra-utérin sous anesthésie. Cet examen pratiqué ne montra aucune lésion interne segmentaire ni cervicale, la malade eut, d'autre part, des selles abondantes ; on décida J’abstention, et on administra à la malade 40 grammes d'une solution d'adrénaline au 1/1000; lelendemain la température était encore de 38°, le pouls était à 105, mais peu à peu tout rendra dans l'ordre. Les phénomènes
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abdominaux et gastriques persistèrent pendant une quinzaine de jours, en s’atténuant; il subsistait un peu d’empâtement du côté gauche ; la malade sortit guérie un mois après l'accouchement.
Le diagnostic de dilatation aiguë de l'estomac ne fut en ce cas porté que très tardivement, la forme, étant fruste, guérit seule et on n'eut même pas à appliquer le traitement.
Ja deuxième malade dont nous publions l'observation clinique fut soignée en novembre à Ta clinique où elle avait accouché. Son état inspira quelques inquiétudes, mais dès que le diagnostic fut posé les phénomènes disparurent très vite, sous l'influence de la position ventrale et de l'évacuation intestinale.