OBSERVATION
Clinique obslétricale de Lyon
(Observation n° 1019. — Année 1949}
C.... primipare, 23 ans et demi, guimpière. Bons antécédents héréditaires et collatéraux.
Antécédents personnels. — Nourrie au sein maternel, réglée à 11 ans et demi; les règles sont normales. Pertes blanclies. Les dernières règles remontent du 26 au 30 janvier; date probable de l’accouchement : 4 novembre.
Au cours de la grossesse actuelle, on signale deux hémorragies abondantes aux sixième et septième mois, pour lesquelles la malade est venue à la consultation des femmes enceintes ; on lui a prescrit des Javements laudanisés.
Aux huitième et neuvième mois, la malade a présenté sur tout le corps une éruption d'origine intestinale ; elle a été très constipée pendant toute la grossesse et a pris rarement quelques. laxatifs légers.
La malade entre à la clinique le 10 novembre, la tête est engagée; les premières douleurs apparaissent le 22 à 8 heures du soir; le travail se continue dans la nuit. À 12 h. 30 le lendemain, la poche des eaux se rompt, le liquide amniotique est clair. À 13 heures, les douleurs expulsives apparaissent; le cœur fœtal est ausculté
— 16 —« toutes les cinq minutes; on note 104 pulsations, puis on constate une diminution progressive, qui dure jusqu'à 19h: 30 ; le cœur fœtal bat alors à 88.
Les douleurs expulsives diminuent ensuite d'intensité,
‘les battements fœtaux remontent à 108.
On pratique la manœuvre de KrisreLcer; à 14 h. 15 le périnée bombe et paraît très mince, la petite fontanelle est à 7 centimètres du sous-pubis. re
A 14 h. 30 la tête se dégage et fait son mouvement de restitution à gauche. Naissance dune fille vigoureuse (3 kg. 900), la perte de sang est de 300 grammes.
À 14 Dh. 40, apparaît une première douleur violente, suivie d'une perte abondante de sang; à 14 h. 45, deuxième contraction aussi violente; à 14 h. 48, troisième contraction très violente, suivie de l'émission de 500 grammes de sang et de l'expulsion spontanée d’un placenta de 790 grammes. Une injection intrautérine à la solution de TARNIER fait cesser complètement l'hémorragie. L'état général est bon.
La malade a donc présenté une hémorragie de la délivrance de la première période, ou hémorragie du repos physiologique.
La quantité de sang perdu est au total de 900 grammes.
Suites de couches. -— Dès le lendemain, la malade a présenté des phénomènes d'abord légers de ballonnement abdominal généralisé.
Le surlendemain, 25 novembre, on purge la malade à l'huile de ricin et on lui administre 4 grammes de charbon ; la malade vomit la purgation, qui reste sans effet, elle rejette aussi le charbon, le peu de lait qu'elle avait absorbé et de la bile. Dans la journée elle va à la selle et évacue quelques scyballes.
Le 26, le ballonnement abdominal devient plus intense,
Tam | LATE surtout dans la région supérieure de l'abdomen ;. lés vomissements continuent, on introduit dans le rectum une sonde à demeure et on fait coucher la malade sur le ventre ; celte position amène une abondante émission de gaz fétides. |
Le 27 au malin, la température, qui jusque-là s'était maintenue aux environs de 37°, monte à 39°; le pouls est à 115; de plus, la malade accuse une douleur appendiculaire droite; on fait une injection de morphine et une application de glace.
Un lavement d'huile amène une selle peu abondante de matières grisètres, d'odeur fétide. Le soir, la température est de 39°, le pouls est à 100; les douleurs appendiculaires ont diminué, les vomissements cessent.
Le 28 novembre, la température est de 37°, le pouls est à 99 ; l'abdomen est tendu, mais de tension diminuée; la malade continue à faire des gaz ; la région appendiculaire n'est plus douloureuse ; on enlève la sonde et la glace, qui incommodent la malade; le soir, la température est de 39.
Le 29 apparaît une nouvelle crise de ballonnement avec élévation de la température à 40° et vomissements; on remet la sonde à demeure et la glace; les urines sont normales, on pratique la recherche de l'albumine, qui est négative, le pouls bat à 110. La douleur à droite ne reparait pas; il n'y pas de résistance de la paroi, pas de défense abdominale.
La malade fait des gaz et a des coliques douloureuses s’accompagnant de borborygmes; pas de malilé, le diaphragme fonctionne normalement.
Miction spontanée.
Cet état se poursuit le 30 novembre et le 1‘ décembre, la malade reste à la diète et présente une température oscillant entre 38 et 40. Pas de streptocoques dans les lochies.
Hess |
Depuis l'accouchement, la malade n’a eu en neuf jours que deux selles insignifiantes , elle n'a cessé de faire des gaz; le ballonnement est considérable, la langue sèche et fuligineuse ; on ne trouve pas de douleurs localisées du côté de l'abdomen, d'autre part la voussure abdominale siège surtout au niveau de l'estomac qui est très dilaté et donne à la percussion une sonorité plus grande que le reste de l'abdomen; on ne perçoit néanmoins pas de clapotage. É
Les hypothèses d'abord émises d’appendicite et de péritonite sont abandonnées, et on porte le diagnostic d'autointoxication d’origine intestinale avec dilatation aiguë de l'estomac.
La malade est transportée à la deuxième infirmerie le 2 décembre. Elle est purgée et reçoit un lavement chaud, ce qui amène.successivement trois selles, la deuxième excessivement abondante. Les matières sont d'aspect sablonneux, gris verdâtre, extiêmement fétides; les vomissements ont cessé, la malade se sent mieux; sa température est descendue à 37.
Du 3 au 5, elle reste au-dessus de 38; la malade reçoit chaque jour un lavement et est placée en décubitus ventral; le ballonnement du ventre diminue peu à peu, et le 6 la température s'établit aux environs de 37°.
Le 9, les selles sont peu fétides, d'apparence à peu près normale, la malade ne souffre pas, est apyrétique depuis trois jours. L'abdomen reste météorisé avec des mouvements péristalliques visibles, la malade ressent quelqués coliques douloureuses, suivies d’un gargouillement après lequel la col'que cesse. La langue est humide et un peu blanchâtre, l'involution utérine s'est faite normalement; le 9 la hauteur de l’utérus n’est plus perceptible.
Quelques jours aprés la malade, guérie, quitte la clinique.