ÉTUDE CRITIQUE
Dans tous les cas décrits, y compris le nôtre, la mort a été l’aboutissement irrémédiable des kystes congénitaux du larynx. Devant cette constance de l'issue fatale, malgré notre inexpérience dont nous nous exCusons, nous pensons qu'il ne nous est pas interdit d'envisager la conduite à tenir.
Il paraît difficile de contester qu’il y ait intérêt à
- porter un diagnostic exact mais surtout précoce. Seule la laryngoscopie peut permettre de situer la lésion, de
la reconnaître, d’en préciser siège et caractères.
Certes, quelle que soit la technique employée, l’examen nécessitera une expérience consommée et une grande douceur.
Pratiquée chez tous les très jeunes sujets présentant une dyspnée non expliquée par une affection pulmonaire, il est probable que la laryngoscopie permettrait de reconnaître plus souvent des faits voisins de celui que nous rapportons et des observations de Mme BELLOCQ et PERNOT.
Outre l’âge exceptionnellement jeune des sujets, il faut insister sur le très mauvais état de ces petits ma-
lades. Dans le cas où elle fut pratiquée, la laryngoscopie ne le fut pas à la légère.
Dans l’observation que nous avons rapportée, l’état de l’enfant était si critique que M. H. P. CHATELLIER ne pratiqua l’examen laryngoscopique qu'après une certaine hésitation, craignant de voir l’examen provoquer un paroxysme dyspnéique mortel.
Insistons sur le fait que la conformation particulière du larynx infantile présentant une épiglotte oblique en haut et en arrière, plus voisine de l’horizontale que de la verticale, « couchée » en un mot, et très fortement incurvée transversalement, ainsi que les petites dimensions du pharynx et l’insoumission du sujet rendent impossible la technique habituelle de laryngoscopie indirecte.
La laryngoscopie directe, préconisée déjà chez l’enfant par ABRAND en 1911 et par BuM84 en 1925,semble : bien n'être réellement entrée dans la pratique que depuis peu d’années. L’influence américaine dans la diffusion de cette méthode est incontestable.
Quelle que soit l’instrumentation employée, à condition que celle-ci soit adaptée à la taille du nouveauné ou du très jeune enfant, on obtient une vision nette et directe de la lésion. |
Cependant le champ embrassé à la fois par le tube est minime et les rapports de la lésion, de ce fait, plus difficiles à préciser.
On a accusé la laryngoscopie directe d’être traumatisante (cela dépend surtout du spécialiste utilisant la méthode), de déclencher des spasmes ou des paroxysmes dyspnéiques.
Dans les cas particuliers qui nous intéressent ici, elle
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fut employée avec succès dans le cas d’Anna PünpeR, ne provoquant pas de paroxysme, n’aggravant pas l’état antérieur.
À une séance récente de la Société de Laryngologie des Hôpitaux de Paris (février 1942), à l’occasion d’une communication de M. LEroux-ROBERT, une discussion s’engagea sur l'utilité et les dangers que peut présenter la laryngoscopie directe dans le très jéune âge.
Nombre de nos maîtres y prirent part, dont MM. Le- ROUX-ROBERT, BoOUCHET, R. Bourceotïs, H. P. Cxa- TELLIER.
Ces auteurs semblaient conclure que, pour vu qu’elle soit pratiquée rapidement, avec une technique irréprochable et avec douceur, la laryngoscopie n’était aucunement dangereuse. M. BOUCHET rapporta même que, dans certains cas de dyspnée intense, il lui avait vu améliorer la respiration pendant la durée de l’examen.
Cependant il faut insister sur le fait que, chez le très jeune enfant, dont l’épiglotte est plus couchée, l’examen est plus difficile.
TucKER recommande de ne pas charger l’épiglotte sur l’extrémité du laryngoscope qui doit au contraire être insinuée dans le sillon glosso-épiglottique et déprimer vers l’avant la base de la langue, redressant ainsi l’épiglotte. Rapportant ce conseil, MM. Le MÉE, BLocx et M. BOUCHET remarquent la parenté de cette manœuvre avec la technique d’ESCAT au moyen de son abaisse-langue.
La laryngoscopie indirecte au moyen de l’abaisselangue d’EscarT a été, en effet, pratiquée avec succès par notre maître M. H. P. CHATELLIER dans l’obser-
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vatioh que nous avons rapportée où M. CHATELLIER, devant l’asphyxie imminente, préféra rejeter la laryngoscopie directe.
Lorsque M. MArRQUÉZY le pria d’examiner l’enfant, l’état de celle-ci était si critique qu’il craignit que le moindre paroxysme n’entraînât subitement une issue fatale : aussi préféra-t-il utiliser cette technique qui, à ses yeüx, avait un triple avantage : elle était très douce, progressive et peu traumatisante; en cas de phénomène anormal il suffisait de relâcher la pression sur l’abaisse-langue pour supprimer la cause de ce trouble, ce qui lui paraissait plus immédiat encore que de retirer le laryngoscope; enfin la vision indirecte, plus étendue que la vision directe, permettait d’un seul coup d’œil d’embrasser la lésion que l’on soupçonnait au larynx et ses rapports.
Notons d’ailleurs que si la laryngoscopie était plus précoce, c’est-à-dire si le spécialiste était appelé plus souvent et à temps, elle serait pratiquée sur des sujets plus résistants, à l’état général conservé, et, de ce fait, les dangers de cet examen seraient infiniment réduits.
Il semble donc que la technique à utiliser reste au choix de chacun chez un sujet dont la dyspnée n’est pas trop intense, les paroxysmes ni trop fréquents ni trop violents.
Chez le sujet en état d’instabilité, il semble que, par sa douceur, la laryngoscopie indirecte forcée soit la méthode de choix.
En tous cas, un fait est certain, quelle que soit la méthode que l’on doive préférer, il faut voir le larynx.
Il faudrait pour cela que dans tous les cas de dyspnée inexpliquée on fît appel au laryngologiste. Bref, en ce
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point encore, il faudrait que l’on consentît à abandonner une attitude neutre d’expectative qu’on ne saurait mieux comparer qu’à une politique d’autruche.
La laryngoscopie dans le jeune âge doit, aux yeux du praticien, devenir une méthode d’exploration courante mais dont la pratique doit rester réservée au spécialiste en raison de l’entraînement que demande ce genre d’exploration.