INTRODUCTION
Parmi les péritonites aiguës primitives, c’està-dire ne succédant pas à une atteinte viscérale, les péritonites pneumococciques sont de beaucoup les plus fréquentes. Leur description a été précisée ces dernières années et il est habituel qu’une fois l’origine primitive d’une péritonite reconnue, on pense immédiatement à sa nature pneumococcique.
C’est peut-être là une des raisons pour lesquelles les péritonites streptococciques semblent si exceptionnelles. « Ce sont fort heureusement des péritonites rares, dit M. Mondor, mais peut-être ne sontelles pas diagnostiquées souvent et ne sommes-nous pas renseignés avec exactitude sur leur nombre vrai. »
Ayant eu la chance d'observer dans le service du D' Tinel, à l'hôpital Beaujon, un cas particulièrement typique, nous avons pensé qu'il serait intéressant de préciser à ce propos les signes cliniques de cette affection dont le diagnostic posé très tôt peut transformer l’évolution.
Dans notre observation inédite, en effet, aussi-
tôt le tableau clinique de la péritonite constitué, il existait un ensemble de signes tout à fait caractéristiques et, grâce aux descriptions si précises de M. Mondor, on put sans retard affirmer le caractère streptococcique de la péritonite et employer les nouveaux traitements antistreptococciques mis ces derniers temps à notre disposition qui se sont montrés efficaces.
Contrairement à la péritonite pneumococcique, dont les formes cliniques sont assez diverses, la péritonite streptococcique a presque toujours un aspect univoque.
Son point de départ est le plus souvent rhinopharyngé et dans la plupart des cas il existe une angine prémonitoire avec signes de courbature fébrile.
C'est après une phase de rémission de plusieurs jours — véritable intervalle libre — qu'éclate le drame péritonéal qui atteint très rapidement .une intensité remarquable. Le déroulement total ne dépasse guère deux ou trois jours en général et il est peu de cas qui ne se soient terminés par la mort qu'on soit intervenu chirurgicalement ou non.
Dans la littérature que nous avons consultée à ce sujet nous n'avons trouvé aucun cas dans lequel on ait pu mettre précocement en œuvre la sérothé-
rapie et la chimiothérapie qui ont été employées dans notre observation. C’est pourquoi peut-être le pronostic est resté si sombre jusqu’à l'heure actuelle. a
Nous voyons donc l'importance qu'il y a à connaître la péritonite streptococciquez. D'ailleurs le diagnostic précoce ne présente pas de difficultés trop grandes grâce à la tétrade symptomatique bien mise en évidence par M. Mondor, à savoir :
— L'angine prémonitoire.
— La haute gravité des signes généraux dès qu'éclate la péritonite.
— La diarrhée au cours de celle-ci.
— L'épisode menstruel qui souvent précède de peu l’apparition de ces signes.
Si tous ces symptômes ne sont pas au complet, il est rare que manquent plusieurs d’entre eux.
Il semble que le traitement mis en œuvre très tôt puisse transformer un pronostic considéré comme fatal jusqu'à présent.
Nous exposerons tout d’abord en détail notre observation qui pourrait, à vrai dire, être intitulée : « septicémie à streptocoques avec localisations péritonéale et pleuro-pulmonaire » parce que à l’épisode péritonéal a succédé une atteinte pleuro-pul-
monaire qui a beaucoup prolongé l’évolution de la maladie. -
Nous verrons ensuite les aspects cliniques de la péritonite streptococcique, les diagnostics qui peuvent se discuter suivant les cas, le traitement qu'il y a lieu d'appliquer et l'efficacité des diverses thérapeutiques. ET