AVANT-PROPOS
Messieurs les Professeurs Popoff et J.-L. Nicod on bien voulu accepter le patronage de cette thèse; qu'ils veuilient croire à ma respectueuse gratitude.
Je tiens en outre à exprimer ma profonde reconnaissance à Monsieur le Professeur Popoff pour avoir présidé à l'élaboration de cette thèse.
Monsieur le Docteur Henri Waridel, chef des Travaux d’'Anatomie m'a prodigué amicalement ses conseils et ses services.
INTRODEETION
Bien que l’objet de ce travail soit la description d’un cas isolé de sternopagie, il nous paraît utile de rappeler les généralités fondamentales qui nous permettront de situer le cas dans l’ensemble des monstruosités connues.
Les monstres doubles sont constitués par deux sujets complets ou incomplets soudés l'un à l’autre. Tantôt les deux sujets sont identiques, tantôt l’un d'eux est plus ou moins réduit dans son développement et sa composition anatomique. Le cas extrême est celui de la dualité d’un organe dans un seul sujet.
Le problème de leur origine a donné naissance à plusieurs théories. Retenons les deux principales qui s’attachent à déterminer si les deux composants du monstre double sont nés chacun d’un ovule ou s'ils sont nés par scission tardive d'un œuf normal en deux centres embryogènes. Ces deux interprétations, dont la seconde est la plus en faveur, sont désignées respectivement sous les noms de théorie uniovulaire et de théorie biovulaire.
Les monstres doubles sont relativement rares ; les statistiques donnent un ordre de fréquence de un à deux pour cent mille naissances.
L'’étiologie de la monstruosité double reste aussi mystérieuse que son mécanisme naturel. La traditionnelle incrimination de la syphilis, de la tuberculose, des intoxications chroniques ne trouve aucun fait objectif sur lequel s'appuyer.
L'hérédité semble jusqu'ici ne pas entrer davantage en cause : les thoracopages et les pygopages qui ont procréé, ont mis au monde des enfants normaux. Bien plus, la fréquence des monstruosités doubles démontre assez bien que le caractère ne se transmet pas.
La classification des monstres doubles a donné naissance a de véritables joutes verbeuses qui, comme tant d'autres, n’ont fait que reléguer le véritable problème au second plan. Nous reviendrons, dans la partie historique, sur la succession des classifications. Actuellement, on divise les monstres doubles en:
— autositaires, dans lesquels les deux sujets ou composants sont
ÉLaUX ;
— parasitaires, dans lesquels l’un des sujets est bien développé, l’autre incomplètement et considéré comme parasite.
Les autositaires sont classés d’après les parties soudées ou commu-
nes aux deux composants et d'après le degré de soudure :
— les anadidymes sont soudés par la partie inférieure du corps;
— les catadidymes par l'extrémité céphalique ;
— les anacatadidymes par la région moyenne du corps sur une étendue variable; ils sont dits, suivant qu'ils ont un ou deux ombilics, monomphaliens ou eusomphaliens.
Les thoracopages, dont notre cas personnel est un exemple, sont des anacatadidymes monomphaliens, à union sus-ombilicale. Ils se composent donc de deux corps complets, réunis sur une certaine étendue du thorax et de l’épigastre.