‹ Un cas de tumeur du lobe frontal gaucheChapitre 21 sur 28 · IL. LES SYMPTÔMES MENTAUX · texte numérisé non relu

IL. LES SYMPTÔMES MENTAUX

Nous verrons d’abord les grands troubles mentaux d’ordre général, puis nous ferons l’analyse détaillée des différents symptômes.

1° Les troubles mentaux d'ordre général.

De même que les symptômes neurologiques les uns ont été permanents, les autres transitoires.

a) LES TROUBLES PERMANENTS. — Ce sont eux qui ont amené B. à consulter un médecin. Ils furent, comme c’est classique, les premiers en date. Ce sont eux également qui en s’accentuant marquèrent les rechutes. Ces troubles peuvent être ainsi divisés :

Troubles du comportement : Difficulté à s’adapter à une situation nouvelle. B. ne peut plus faire face aux changements apportés à son travail en juin 1937. Après

la première opération, on a noté que, s’il parlait normalement avec sa femme, en présence d'étrangers il se sentait gêné. Ces troubles qui peuvent passer inaperçus et sur lesquels tout particulièrement GOLDSTEIN a insisté, traduisent un trouble déjà profond. Le sujet apparemment normal n'utilise plus que des automatismes. Lorsque les circonstances exigent des comportements « neufs », le malade se montre inapte à les créer.

Cette perturbation du comportement trouve sa source dans « l’impossibilité d’actualiser ce qui fait l’essentiel au triple point de vue intellectuel, affectif et pragmatique, d’une situation qui doit être comprise d’ensemble et comme un tout et sur laquelle doit se détacher en valeur symbolique la « figure » fondamentale caractéristique » (LHERMITTE).

Troubles de l’affectivité. — B. n’a à aucun moment présenté la moria classique de JaAsTrowITz. Néanmoins il avait une quasi-indifférence à son état. Il était au début abattu, apathique. Après la première trépanation, il ne manifestait aucune inquiétude quant à sa santé. Il ressentait ses troubles sans énoncer de craintes d’une rechute, comme s’il ne se rendait pas compte de la gravité des affections cérébrales.

Coexistant avec cette indifférence vis-à-vis de sa santé, de la susceptibilité était venue modifier son caractère. B. était plus nerveux, irritable et sujet à des accès de colère.

Ces deux ordres de troubles affectifs sont bien connus comme les premiers symptômes d’une tumeur du lobe frontal.

b) LES TROUBLES TRANSITOIRES.

Le syndrome pseudo-démentiel, — Un ensemble de troubles mentaux apparemment graves amenèrent B. chez

le médecin. Dans les premières semaines, outre les troubles du comportement, du tonus affectif, de l’initiative, que nous avons étudiés plus haut, le déficit de l’attention, la désorientation, les réponses inexactes, l’oubli de son nom, constituaient un état pseudo-démentiel. Tous ces symptômes sont bien ceux, qu’on trouve dans les descriptions de GOLDSTEIN, CHOROSCHKO, FEUCHTWAN- GER, LHERMITTE. Ils relèvent d’un défaut d’évocation des éléments mnésiques, de leur mise en œuvre, de leur application pragmatique. Ils ne sont pas détruits. Un état d’abolition apparente, aussi totale, des fonctions mentales, a pu n'être que passager. La quasi-intégralité mentale de notre malade après l’opération, durant 7 mois, a été telle, qu’il a pu reprendre jusqu’à son travail durant quelques semaines. Les fonctions mentales n’avaient pas été détruites, mais leur mise en jeu troublée. Ultérieurement ces troubles ne survinrent plus, même dans les phases d’aggravation. A la période terminale, l’aphasie complète a masqué ce syndrome, s’il est réapparu.

La bradypsychie a évolué périodiquement et fut un des premiers symptômes des deux rechutes. Elle est l’expression des troubles plus profonds de déficit de l’attention, de la mobilisation des souvenirs.

La fatigabilité. Elle fut nette chez B., d’abord au début, puis à la période terminale. Elle apparaît dans le langage, l’épellation, les gestes demandés, etc. Il semble s’agir surtout d’un affaiblissement du tonus attent'onnel.

Les persévérations. Elles sont apparues dans le langage, l'écriture, les mouvements demandés. Nous les avons relevées dans l’explication des proverbes où elles sont très nettes, par exemple :

« Es fällt kein Meister vom Wenn man einen Lehrling hat muss Himmrel. » man ihm sagen, du fällst nicht direkt vom Himmel, du musst

dich anstrengen.

(« Il ne tombe pas de mai- Lorsqu'on a un apprenti on doit lui

tresdtunciel dire : « Tu ne tombes pas directement du ciel, tu dois faire des efforis. ») « Der. Apfel fällt nicht Wenn man jemand wa. weit vom Stamm. » Man will dem jungen Mann sa-

* gen, du musst die Lehre mehr aufnehmen, denn der Apfel fällt nicht weit vom Stamm, dass ihm gesagt wird dass er es wieder machen soll.

(« La pomme ne tombe pas Quand on pré. quelqu'un loin de l’arbre. » On veut dire au jeune homme, tu dois approfondir davantage ton apprentissage, car la pomme ne tombe pas loin de larbre, afin qu'il sache qu’il doit recommen- COMME MENEUNRE)

De même dans l’épellation, l’écriture, par exemple :

au lieu de & Unser Vater das du bist Unser Vater der du bist in dem in dem birden in den Himmrel.) DIE

& Uns ich weiss wass soll « Ich weiss nicht was soll es beich bedeuten. » deuten « Was ich so traurig bin. >» « Dass ich so traurig bin. »

et les gestes d'indication d'objets.

Il est difficile de dire si les persévérations sont des symptômes uniquement frontaux. KLEIST et SPATZ les ramènent à des phénomènes d’itération par manque de frein, relevant d’une atteinte du noyau caudé.

2° Analyse des différents symptômes.

Nous étudierons d’abord les symptômes et, à la fin de ce travail, nous nous poserons la question de savoir si les localisations anatomiques correspondent à la symptomatologie. Nous donnons ici la moyenne des résultats

obtenus aux différents examens (au nombre de 9 en tout) en procédant selon l’ordre de notre schéma.

La perception est intacte.

Enumération : elle n’a jamais été parfaite. C’est surtout cette fonction qui s’altérait quand l’état général s’aggravait.

Epellation : là aussi la fonction se troublait et le déficit allait de pair avec l’aggravation de l’état général.

Calcul : il n’est troublé que vers la fin.

Echolalie : les mots tests, les mots sans sens et les phrases sont reproduits, mais toujours avec un effort visible d’articulation. Lorsque le mot est altéré, il est néanmoins toujours reconnaissable.

Lecture : elle est correcte en général, mais dans les périodes qui précèdent la deuxième et la troisième intervention, l'articulation est difficile.

Reproduction du texte lu : parfois imprécise, mais généralement suffisante.

Les couleurs sont généralement bien nommées.

Dénomination des images : avant la deuxième opération, il y a eu de la lenteur et de l’incertitude, parfois de la persévération et de la déformation des mots.

Le jeu de cubes avec ou sans image est toujours bien exécuté.

La reproduction des rythmes simples a toujours été correcte, mais la reproduction des groupes et de l’accent a toujours été déficiente.

La stéréognosie était intacte.

Les différentes formes de la praxie étaient en général bien exécutées. Il n’y a que la praxie symétrique avec exclusion du contrôle des yeux qui ait été parfois incertaine.

La stéréopraxie était quelquefois incertaine.

L'écriture présentait du retard dans l’exécution et surtout des persévérations. Ces troubles de l'écriture se sont aussi nettement accentués avec l’aggravation de l’état général.

Le dessin a été correct à tous les examens, mais parfois on observait des arrêts et des reprises.

Les associations de JUNG-RIKLIN réactives étaient du type explicatif.

Proverbes : leur explication était toujours très déficiente, car le malade tenait rarement compte de leur sens métaphorique.

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