‹ Un cas prolongé d'encéphalite léthargiqueChapitre 8 sur 11 · STE · texte numérisé non relu

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le décubitus dorsal, tantôt ronflant bruyamment, tantôt respirant doucement, notre malade apparaît comme un dormeur paisible, insensible et indifférent aux bruits et aux événements qui se produisent à portée de ses sens.

Jamais cet état n’a été interrompu par une phase d’insomnie, ou simplement de retour à l’état normal de veille, connne on l’observe assez souvent dans les suites ou pendant le cours de l’encéphalite léthargique; il est donc impossible de distinguer, d’après les modifications du sommeil, un passage entre la période aiguë de la maladie et l’état actuel.

On ne connaît actuellement, parmi les maladies infectieuses, que la trypanosomiase qui soit capable de faire du sommeil aussi fréquemment que la névraxite épidémique. J’ai eu l’occasion, en 1917, à Grenoble, dans un service dirigé par M. lé professeur Mouriquand, d’observer un sous-officier d’infanterie coloniale, atteint de trypanosomiase à la seconde période, le diagnostic fut affirmé par la présence de trypanosomes vivants dans le liquide céphälo-rachidien, et je dois dire combien j’ai été frappé de la ressemblance du symptôme hypersomnie dans ces deux cas particuliers: même habitus extérieur, même sommeil calme et profond, avec réveil difficile, réponses lentes et laborieuses à des questions simples, plusieurs fois répétées, lenteur des gestes, lenteur apparente de l’idéation et de la compréhension. Mais trypanosoma gambiense ne fait pas toujours du sommeil, de même que le virus de la névraxite épidémique ne fait pas toujours de la léthargie, montrant une fois de plus que, dans la réalisation des formes cliniques, la localisation des lésions intervient avant la spécificité de l’agent.pathogène.

L’ATTITUDE. — À part de rares mouvements des membres,-surtout du bras droit, et quelques mouvements des paupières, des lèvres et des mâchoires que nous verrons

= NOMEZ plus loin, le malade à toujours conservé la même attitude : la tête inclinée vers la droite, les traits immobiles, les bras le long du corps, les jambes étendues. Quand on le place dans un fauteuil ou quand on le fait marcher, le cou, la tête et les épaules gardent la même position, de plus, dans ce dernier cas, il tend à tomber vers la droite.

Cette fixité de position du haut du corps, qui reste la inême depuis de longs mois sans apparition de rétractions tendineuses, ainsi que la rigidité musculaire constatée dans les mouvements passifs, peuvent faire penser à une similitude avee le parkinsonisme post-encéphalitique ; nous y sommes d'autant plus enclin que le professeur Souques, dans son rapport, à la réunion annuelle de 1921 de la Société de neurologie, dit: « La rigidité musculaire est le signe le plus fréquent et le plus important du syndrome parkinsonien ».

LE MUTISME ET LES MOUVEMENTS DE LA BOUCHE. — [a parole, dans les débuts, ne différait pas de celles des encécéphalitiques quoiqu’elle fut particulièrement difficile à obtenir; cette difficulté allant croissant, un mutisme presque absolu, atteint en juillet 1921, n’a pas régressé depuis, à grand’peine on n’a obtenu en décembre que quelques mots marmottés.

Cependant, on remarque que le malade bâille parfois, que de temps à autre il découvre ses dents dans une sorte de grimace; malgré cela, il est impossible de lui ouvrir la bouche, une fois le bâillement terminé.

Le mutisme de notre malade nous paraît identique à celui déjà observé dans le parkinsonisme post-encéphalit:que; seulement, de même que la léthargie des séquelles dé la névraxite est intermittente, tandis que celle de natre malade est continue, de même son mutisme est sans phase de rémission et nous n’avons jamais observé ici un déclan-

e chement de la parole comme chez cette malade de MM. Babinski Jarkowski et Plichet.

Cette malade, parkinsonienne post-encéphalitique présentait des phases de mutisme durant lesquelles, incapable d’ouvrir la bouche, de déglutir sa salive, les muscles du visage immobiles, elle paraîssait indifférente aux sollicitations de l’entourage, quoique par gestes ou par écrit, elle fit preuve de compréhension et répondit. Brusquement après une émotion vive, une sorte de parole automatique se déclanchaït, elle réprimandait sa fille par exemple, la parole était alors correcte, sans trace de dysarthrie. Certaines manœuvres paraissaient aussi déclancher la parole (électrisation de la face, respiration profonde, sourire provoqué), la malade alors récitait une fable, disait le résultat d’un calcul mental, mais même à ce moment il pouvait lui être difficile de dire un « oui » ou un (non », pour exprimer une idée personnelle. Ayant éliminé les hypothèses de trouble mental et d’hystérie, les auteurs pensent pouvoir ranger çe cas dans la catégorie des « kinésies paradoxales » de Souques et proposent le terme de « mutime parkinsonien ».

LE REGARD ET LES MOUVEMENTS DES YEUX ET DES PAUPIÈRES. — La mobilité des: globes oculaires est allée diminuant et depuis de longs mois le regard est dirigé en haut et à droite, avec ce strabisme remarqué de bonne heure par déviation à droite de l’œil droit, il s’ensuit une déviation conjugée de la tête et des yeux plus accentuée pour l’œil droit sur laquelle nous aurons à revenir dans un essai de localisation des lésions.

Le malade ouvre assez souvent les veux et reste longtemps avant de les refermer. Cet acte, quand il n’est pas provoqué, correspond, peut-être, au passage du sommeil à l’état de veille. |

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Les paupières où fermées ou closes, sont mues difficilement après un ordre donné au malade, mais si on fait devant lui un geste qui, chez un sujet normal fasse cligner les yeux — frapper dans les mains à proximité de son visage — on obtient ici le même résultat.

Quand les yeux sont ouverts, le clignement naturel des paupières est extrêmement rare, et nous retrouvons là un petit signe décrit depuis longtemps dans la maladie classique de Parkinson.

La vue est conservée, mais la lecture est impossible, car il voit les lettres comme des dessins et ne peut les reconnaître.

Le PsyomISME. — Malgré son aspect indifférent, ce malade comprend et peut répondre par geste — en serrant {a main — il sait où il est, qui se trouve auprès de lui. Ces communications sont cependant trop difficiles pour qu’on puisse apprécier complètement la valeur actuelle de son intelligence, mais les exemples assez nombreux d’encéphalitiques guéris qui ont rappelé à leur entourage des faits survenus durant leur léthargie, nous amènent à penser que nous sommes ici en présence du même fait. Ceci a été observé dans les cas graves de maladie de Parkinson et nous enregistrons ainsi une nouvelle ressemblance. :

ESsAr DE LOCALISATION DES LÉSIONS DU NÉVRAXE. — Une déviation conjuguée de la tête et des yeux implique dans la majorité des cas une atteinte des hémisphères et quelquefois une lésion du mésocéphale; nous pouvons penser qu'ici ces deux régions sont touchées avec prédominance à gauche.

Cette prédominance à gauche expliquerait que, dans la paralysie du système lévogyre, la déviation plus marquée à droite de l’œil droit, est due à ce que les origines du mo-

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teur oculaire commun droit sont plus éprouvées que celles des nerfs moteurs de l’œil gauche. D’autre part, la cécité verbale, qu’elle soit due à la destruction d’un centre ou à la rupture des voies d'association, est en faveur d’une lésion à gauche.

Ajoutons que les éléments de cette observation qui sont semblables à ceux des syndromes parkinsoniens pourraient indiquer une atteinte du système pallidal, du locus niger et du noyau rouge, nous serions donc amenés à penser que les lésions, ou diffuses ou en foyers, dues à ja neuronophagie ou à une dégénérescence, siègent sur une partie des noyanx du mésocéphale, sur les noyaux gris centraux et sur certains éléments de l’écorce ou sur les faisceaux qui les unissent aux origines des nerfs; ces lésions étant plus marquées à gauche.

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