X. — Conclusions
Dans les documents qui précèdent, on a pu constater le souci constant et intelligent du Magistrat pour tout ce qui concernait les accouchements. Cela n’empêcha pas nos édiles de recevoir, le 2 février 1789, la lettre suivante de l’intendant Esmangart :
M. le Directeur général me mande, Messieurs, que le sieur Coulombier, inspecteur des hôpitaux, en lui rendant compte de la visite qu’il a faite de ceux de mon département, lui a observé que pendant le séjour qu’il a fait à Lille, on lui a assuré qu’il meurt, dans cette ville, beaucoup de femmes en couche. Cette observation dont ce ministre a été frappé le porte à croire que l’art des accouchemens n’est pas fort avancé. Il désire que je lui fasse part de mon avis sur ce projet, sur le bien qu’il pourroit en résulter et sur la manière et les moyens de l’exécuter. Avant de m’en expliquer j’ai cru devoir vous communiquer ce rapport qui a été fait à M. le Directeur général et les vues qu’il annonce à ce sujet. Je vous prie de me faire passer les observations dont cet objet vous paroîtra susceptible, je verrai ensuite ce qu’il y aura lieu de proposer au ministre (1).
Le Magistrat ne pouvait laisser passer une semblable accusation ; il y répondit dignement mais fermement, par une lettre qui résume bien, l’histoire des accouchements à Lille et qui servira de conclusion à notre modeste et rapide étude :
Le 14 février 1789.
Il ne nous est parvenu jusqu’ici aucune plainte fondée sur le nombre de femmes en couche qui mourroient en cette ville et d’après les renseignemens plus particuliers que nous venons de prendre sur cet objet nous ne voions rien qui puisse justifier le rapport qui a été fait à cet égard à M. Colombier pendant son séjour à Lille. Nous n’avons épargné aucun des
(1) Affaires générales, carton 1282, dossier 20.
soins que cette partie essentielle de l’ordre public exigeoit de notre sollicitude.
Les leçons gratuites d’accouchemens que nous avons établi en 1772 sont maintenant données par le collège de chirurgie qui s’en acquitte à la satisfaction de tout le monde, il en fait, tant pour la ville que pour la campagne, des élèves des deux sexes qui sont à portée de donner à l’humanité tous les secours qu’on peut attendre de l’art. Nous avons accueilli en 1774 Madame Ducoudray, célèbre accoucheuse, qui a donné sous nos yeux, à la demande de M. de Caumartin, des leçons d’accouchemens dont elle rendoit la pratique sensible par différentes pièces méchaniques qu’elle nous a laissé en deux boettes, l’une a servi aux leçons publiques et l’autre est restée en dépôt pour y avoir recours au besoin. Nous encourageons d’un autre côté par des récompenses pécuniaires les accoucheuses, qui, pendant le courant de l’année ont accouché gratuitement le plus grand nombre de femmes pauvres, c’est dans cette classe où la grossesse est moins soignée et le moment de l’accouchement le plus négligé qu’on devrait voir périr plus de femmes en couches. Nous apprenons, cependant. Monseigneur, par le rapport d’une des accoucheuses récompensées que dans le quartier de la ville où il y a plus de pauvres, il n’en est morte aucune sur 90 qu’elle a accouchée pendant l’année dernière. Il est peu de cas où les grands secours de l’art soient nécessaires, les accoucheuses à qui les pauvres ont le plus ordinairement recours comme plus rapproché d’eux, sont expressément chargées d’appeler un accoucheur chirurgien qui aiant fait les preuves de capacité requises par les ordonnances, trouve encore au besoin dans le collège de chirurgie les lumières que des cas imprévus pourroient lui faire désirer. Vous jugerés d’après cela, Monseigneur, s’il reste encore quelque chose à faire sur cet objet essentiel.
Nous saisissons avec empressement cette occasion de vous demander la continuation de vos bontés et de vous réitérer les assurances du respect avec lequel nous sommes, Monseigneur, etc (1).
(1) Affaires générales, carton 1282, dossier 20.