PIÈCES JUSTIFICATIVES
Obs. I, Trousseau, Clin ., 4 e édit ., II, page 536.
Le 24 juillet de la même année (1861), j’étais consulté par un Sicilien âgé de 48 ans, homme grand et vigoureux, dont le père était sourd-muet et un peu goutteux, et dont l’aïeul maternel avait été tourmenté par une goutte des plus violentes. Habituellement dyspeptique, dartreux depuis longtemps, .sujet à des migraines, il avait eu, lui aussi, en 1858, une forte attaque de goutte au gros orteil, qu’il combattit par des applications de sangsues, parle colchique, et qui disparut brusquement. L’année suivante,, la dyspepsie fut plus accusée, et bientôt survinrent des accès Ranger pectoris, commençant par le bras gauche et remontant rapidement vers le cœur. La douleur et la constriction thoracique étaient si horribles qu’il croyait sa fin prochaine. Les accès revenaient surtout pendant la nuit, -se renouvelaient le jour à l’occasion du plus petit exercice et duraient rarement au-delà de trois minutes. Son intelligence était intacte. Sous l’influence d’une médication assez indifférente, son état s’améliora, et il était bien quand il vint à Paris, pouvant marcher vite, monter lestement les escaliers sans rien éprouver. Je l’engageai à respecter sa goutte si jamais elle apparaissait de nouveau, et je lui conseillai, comme aux goutteux, une grande régularité, de la sobriété dans le régime, de l’exercice, réservant un traitement approprié à l’époque où. lés accès se reproduiraient.
Le cœur et les gros vaisseaux me paraissaient dans l’état le plus normal. (Dans la clinique sur l’aphasie, Trousseau
cite une observation très-intéressante, mais trop longue pour être transcrite ici : elle a rapport à un goutteux, migraineux, et qui, plus tard, fut pris d’bêmorrbagie cérébrale et d’aphasie.)
Obs. II. (Henri Labarraque : essai sur la céphalalgie et la migraine. Thèse Paris, 1837.)
Laurent et Percy entre autres émettent cette opinion de la transformation des maladies les unes dans les autres : parmi les observations qu’ils rapportent on trouve celle d’un professeur de Besançon, lequel depuis longtemps sujet à la migraine, voulut absolument chercher à se guérir d’une infirmité qui nuisait à sa fortune et à sa réputation. Il prit donc les eaux de Bussang et bien d’autres et fit un usage si long et si copieux de remèdes chauds, qu’ils le délivrèrent enfin de son mal; mais quelques jours avant l’époque où. pour la troisième fois la migraine devait manquer, le professeur fut attaqué d’une goutte suraiguë, qu’il ne put se dissimuler être le résultat de la suppression de sa migraine. En effet, après quelques jours des plus terribles souffrances, la migraine reparut, et le malade la regarda comme un événement' heureux, puisqu’elle fit disparaître une affection beaucoup plus cruelle et plus dangereuse que celle avec laquelle il se décida à vivre à l’avenir.
(Labarraque auquel j’emprunte cette observation ne croit pas à la métastase.)
Obs. III. (Soudry : Quelques remarques sur la migraine , Th. Paris, 1864.)
Une femme entre à l’hôpital Saint-Louis avec un eczéma dartreux des membres inférieurs, affection dont elle a subi déjà de nombreuses atteintes. Cette malade sujette également à des céphalalgies atroces, raconte que les accidents cérébraux et gastriques cessent complètement pendant le
— iOO —
temps des manifestations cutanées ; actuellement l’eczéma est presque gulri; aussi les maux de tête reparaissent-ils.
(Pour Soudry, cette femme n’était pas affectée de migraine, mais d’accidents migrainiformes. La migraine selon lui est vierge de toute souillure diathésique.)
Obs. IV. (Mècle : Obs. d’Arthritides recueillies à l’hôpital Saint-Louis, pendant Vannée 1865, dans le service de :]/. Bazin. Th. Paris, 1866, obs. III.)
Pityriasis macuiata. — Entrée 21 janvier, salle Sainte- Foy, n° 46, Marguerite Duchemin, 60 ans, femme de ménage. Eruption sur le tronc de petites plaques de pityriasis rubra macuiata, furfures blanchâtres, démangeaisons assez .vives, début il y a huit jours.
Antécédents. —Pas d’éruptions antérieures ; douleurs rhumatismales avec fièvre il y a cinq ans, ayant nécessité son séjour à l’hôpital pendant sept semaines ; maux de tête , maux de gorge, bronchites fréquentes ; digestions bonnes, selles faciles; pas d’hémorrhoïdes ; poîysarcie énorme ; elle a un enfant bien portant; la malade rapporte qu’elle a joui de la meilleure santé jusqu’à 55 ans, époque delà ménopause : depuis ce moment sont survenus divers troubles de la santé.
Obs. V. {idem, obs. X.)
Prurigo arthritique. — Entrée le 24 janvier, salle Ste- Fôy, n° 40. Marie B..., 42 ans, boutonnière. L’éruption que présente , la malade est circonscrite — siège à la face postérieure des bras, des cuisses et du dos. Eien aux seins ni aux poignets. Elle est caractérisée par des papules assez volumineuses d’un blanc roug-eâtre, entremêlées de légères excoriations. Les démangeaisons sont très-vives. Cette éruption date de dix ans, avec des alternatives d’exacerbation et d’amélioration ; l’exacerbation actuelle date d’une huitaine de jours.
- iOi —
Antécédents. — Père bién portant, mort dn choléra. Mère atteinte d’asthme, d'oppression quand elle monte ; douleurs rhumatismales fréquentes; la malade n’a jamais eu de graves maladies ; oppression, toux et expectoration assez fréquentes; gourmes dans la tête et derrière les oreilles dans son enfance ; maux de tête fréquents, bourdonnements d’oreilles ; digestions assez bonnes, constipation ; flux hémorrhoïdaire assez abondant, qui a cessé il y a quinze jours et auquel a succédé de la diarrhée ; douleurs dans les articulations aux changements de temps, variant de siège..
Obs. VI. (Gigot-Suard : U Herpétisme, etc.,
Paris, 1870, page 326.)
Madame V. a 70 ans, son tempérament est sanguin et sa constitution forte.
Père dartreux, mort paralytique à 72 ans.
Madame V... n’avait que 12 ans lorsque sa mère est morte; quatre frères; l’aîné mort d’accident; le second d’apoplexie; le troisième goutteux et dartreux; le quatrième atteint d’un léger tremblement musculaire. Madame V... n’a jamais été bien portante. Dans l’enfance elle fut très-disposée aux rhumes de cerveau, qui firent place plus tard à de violentes migraines. La menstruation s’établit vers Page de 13 ans, mariée à 22, elle eut deux enfants.
Il y a très-long 1 temps (la malade ne peut préciser) des dartres sèches se développèrent sur les deux cuisses. Ces éruptions disparaissaient et reparaissaient tous les ans. A l’âge critique Madame V... eut des hémorrhagies utérines très abondantes contre lesquelles les bains de mer ont été employés avec succès. Les migraines disparurent et furent remplacées par des rhumatismes articulaires et musculaires. A la suite d’une forte attaque, il y eut rétraction du muscle sterno-cléido-mastoïdien gauche: Ces mac. 13
nifestations rhumatismales ont cédé à l’usage des eaux de Cauterets, fréquentées pendant six ans consécutifs.
Après la disparition du rhumatisme Madame V... fut prise de fièvre intermittente qui ne céda pas au sulfate de quinine et au quinquina. Gigot-Suard attribue cette fièvre à l’herpétisme. Elle eut plus tard de 1 eczéma, et l’année suivante (1869) de la fièvre intermittente et de nouveau de l’eczéma.
Obs. VII (J. Benoit Malherbè : Des affections viscérales dans la goutte et le rhumatisme chronique, Th. Paris, 1866). — Rhumatisme chronique progressif ; hérédité ; migraine ; urticaire.
M., âgée de 58 ans, salle Saint-Alexandre, n°4, hospice de la Salpêtrière, service de M. le docteur Charcot.
Antécédents de famille. —Père mort h 27 ans, d’une maladie du cœur, dit la malade; elle ne sait pas s’il a eu des rhumatismes; il ne toussait pas. Mère, morte à 67 ans, après avoir eu six attaques de paralysie, la dernière foudroyante ; elle aurait eu une attaque de rhumatisme aigu dès l’âge de 45 ans, et, depuis, elle avait les mains un peu déformées; elle était sujette aux migraines. Un oncle'maternel, mort de la poitrine à 82 ans, et qui avait des douleurs dans les jointures. Une tante maternelle, morte à 69 ans d’une attaque de paralysie; elle avait été sujette aux douleurs articulaires, sans cependant être alitée. Réglée à 12 ans, menstruation régulière; deux fausses couches, et une fille morte, à 6 ans, du croup ; ménopause à 47 ans.
Pas de gourmes, pas de glandes, pas de symptômes de scrofule pendant son. enfance ; de l’urticaire vers 40 ans.
Dès l’âge de 7 ans, elle était sujette à des douleurs de tête très-violentes, siégeant vers le sinciput ; ces douleurs revenaient une ou deux fois par mois ; la malade était obligée de se coucher ; les douleurs ne duraient pas plus de
24 heures ; il n’y avait ni nausées ni vomissements. Ces migraines ont cessé à l’âge de 24 ans, après la première couche. Jusqu’à la ménopause (47 ans), la santé a été excellente. Après cette époque, les migraines ont reparu une ou deux fois par mois, sans vomissements, et siégeant sur le sinciput.
Jusqu’en 1857, elle a toujours habité des logements salubres, elle a toujours été dans de bonnes conditions hygiéniques. A cette époque, elle s’est établie concierge dans une maison fraîchement bâtie ; son lit touchant un mur en plâtre très-humide. Elle est restée trois ans dans cette maison, et en est sortie sans avoir encore ressenti de douleurs. En 1861, un an après avoir quitté la loge malsaine, elle a commencé à ressentir des douleurs dans l’épaule gauche, celle qui était contre le mur. Ce premier accès de douleur a doré huit jours.
En même temps, elle a remarqué un peu de gonflement des articulations métacarpo-phalangiennes des doigts index et médius de la main gauche ; ce gonflement presque indolent.
Depuis trois ou quatre ans, elle était très-sujette à des battements de cœur; un peu d’essoufflement quand elle montait l’escalier. Jamais les jambes n’ont été enflées; pas de grandes douleurs jusques il y a deux ans. La santé était bonne, sauf les migraines et quelques élancements dans les articulations métacarpo-phalangiennes de la main gauche.
En juillet 1864, douleurs violentes, d’abord dans le côté droit de la poitrine, puis dans le g-enou droit, dans l’articulation tibio-tarsienne gauche, dans l’épaule, le coude et les articulations métacarpo-phalangiennes droites; enfin, le genou droit est devenu gonflé et douloureux. Six mois avant son entrée à la Salpêtrière, la malade ne marchait plus.
Plus de migraine depuis le début des douleurs.
A son entrée à l’infirmerie (14 novembre), on constate l’état suivant : douleurs dans les deux épaules, les coudes’ les poignets, les articulations métacarpo-phalangiennes des index et médius, dans les genoux et les articulations tibio-tarsiennes ; torticolis, tuméfaction des articulations métacarpo-phalangiennes ; pas de déformation des doigts ; tuméfaction des genoux en demi-flexion permanente; mouvements très-limités.
La malade peut manger seule, mais ne peut travailler. Léger souffle au cœur au premier temps.
(Sous l’influence du bi-carbonate de soude à haute dose (20, 30, 40, 45 gr. par jour) les douleurs diminuent un peu; le 12 décembre, quelques plaques d’urticaire sur les fesses et les coudes ; 15 décembre, l’urticaire s’est généralisé à tout le corps.) *
Obs. VIII (id.). — Rhumatisme articulaire chronique progressif; hérédité; migraine; lichen.
H., âgée de70 ans, salle Saint-Alexandre, n° 19, hospice de la Salpêtrière, service de M. le docteur Charcot.
Antécédents de famille. — Père, atteint de rhumatisme chronique; la malade dit qu’il avait les mains énormes et déformées comme elle ; mort à 52 ans, était sujet à des étouffements.
H. fut réglée à 15 ans; menstrues régulières; a eu onze enfants, dont quatre seulement sont vivants ; un est mort phthisique, une fille est morte en couches, plusieurs sont morts en bas âge. Ménopause à 53 ans, sans trouble de la santé.
Migraines violentes après l’âge de 18 ans environ, jusque vers 50 ans. Elles duraient environ deux jours et revenaient habituellement à l’époque des règles, s’accompagnaient toujours de vomissements violents la malade était obligée de se coucher.
Elle a eu, à plusieurs reprises, des angines. Juscpfà la ménopause, la malade avait vécu dans de bonnes conditions hygiéniques; alors son mari, étant allé en Amérique, et l’ayant laissée seule avec ses enfants, elle est obligée de prendre une place de concierge dans une loge très-humide, qu’elle habite pendant treize ans. Au bout de six mois, les premières douleurs se sont manifestées dans les articulations métacarpo-phalangiennes de l’index et du médius de la main gauche. Les douleurs revenaient par accès, mais ces accès ne s’accompagnaient que d’accidents généraux modérés, et qui ne forçaient pas la malade à garder le lit.
Il y a cinq ans, en 1850, elle quitte sa loge et. va demeurer dans un logement, au quatrième étage, qui n’était pas humide, mais, du reste, malsain et mal aéré. A cette époque, les douleurs existaient dans les mains, et les déformations étaient assez considérables pour forcer la malade h renoncer à sa place de concierge. Des douleurs existaient aussi dans les genoux. Elle avait souvent du lichen, des catarrhes et des accès d’étouffement. Le 9 juillet 1863, elle entre à la Salpêtrière ; elle marche assez péniblement, se porte d’ailleurs assez bien.
Le 25 mar3, elle entre à l’infirmerie, où l’on constate les déformations suivantes : avant-bras demi-fléchi sur le bras, les doigts déjetés en masse vers le bord cubital de la main, demi-flexion des doigts sur la main, extension forcée de la deuxième phalange du médius, flexion de la phalangette.
Obs. IX (Baumes *• Précis théorique et -pratique sur les diathèses, Lyon, 1859, page 30.)
P., menuisier à la Guillotière, dont le père, au dire du malade, était sujet à de fréquentes éruptions à la peau, n’avait pas eu dans son enfance de sécrétion morbide au
cuir chevelu; mais, vers l’âge de 12 à 13 ans, il avait vu, sans cause appréciable, paraître sur son front des boutons rouges, accompagnés de cuissons, de démangeaisons qui étaient d’abord restés un mois sans se modifier, et qui avaient ensuite entièrement disparu ; trois ou quatre mois après, ils avaient reparu de nouveau et duré à peu près le même temps ; depuis cette époque, soit spontanément, soit sous l’influence d’une cause accidentelle quelconque, le même phénomène s’était présenté.
P. avait remarqué que des maux de tête assez violents, auxquels il était aussi sujet, cessaient quelquefois subitement lorsqu’il saignait par le nez ou que l’éruption se montrait. Il avait voulu quelquefois arrêter trop tôt le saignement de nez, avec de l’eau froide ou de l’eau vinaigrée, et presque immédiatement il voyait reparaître le mal de tête ou les boutons. Depuis trois ans surtout, saignant beaucoup moins fréquemment par le nez, il avait vu revenir les boutons et le mal dé tête. P. avait 24 ans quand il vint me consulter; il présentait en ce moment sur le front des boutons que je reconnus être une éruption papuleuse éparse, avec une assez vive rougeur, accompagnée de cuisson, autour de la base des papules.
Je lui prescrivis une saignée du pied, une tisane diurétique et un régime doux. Ces moyens thérapeutiques déterminèrent quelque amélioration, rendirent plus longs les intervalles qui s’écoulaient entre les réapparitions dea mêmes symptômes ; mais, deux ans après, malgré la réitération des mêmes moyens thérapeutiques, les mêmes choses à peu près se passaient, lorsque l’individu quitta le pays.
Obs. X (id ., page 144).
TJn individu de Lyon était sujet, depuis l’âge de 15 ans, à une migraine violente qui revenait à peu prés régulière
ment tons les quinze jours. A l’âge de 24 ans, le malade, restant placé exactement dans les mêmes conditions d’hygiène où il était auparavant, il lui survint spontanément une transpiration abondante, quelquefois fétide, des pieds, à laquelle il n’avait jamais été sujet auparavant; la migraine cessa et n’a pas reparu depuis lors. Cet individu a aujourd’hui 29 ans. J’ai constaté que son père, mort depuis quelques années, avait été également sujet à la migraine, son grand-père paternel a un rhumatisme goutteux, et que sa mère, encore vivante, est affectée de dartres.
Obs. XI {id., page 248).
Un négociant de Lyon était affecté d’une migraine périodique revenant à peu près tous les quinze jours. J’appris par lui que son père, qui avait eu vingt-cinq ans la goutte, était mort, à 60 ans, d’une attaque d’apoplexie, à la suite d’une manifestation goutteuse brusquement supprimée par un violent chagrin; or, le fils de ce négociant, âgé de 32 ans, avait eu, dans son enfance, un rhumatisme articulaire et était actuellement goutteux. En prenant des informations, j’appris que, du côté de la mère de ce négociant, il y avait des dartreux, et qu’elle-même avait eu, pendant longtemps, le visage couperosé. Quant à la femme de ce dernier, elle souffre parfois d’une sciatique rhumatismale, et elle affirme que plusieurs membres de sa famille avaient été affectés de rhumatisme.
Obs. XII (id., page 278).
Un client, sujet à une assez forte migraine depuis l’âge de la puberté, commença à se plaindre, à 22 ans, de maux d’estomac, de mauvaises digestions. La migraine disparut. L’année suivante, une bronchite avec expectoration et oppression se montra, et la gastralgie cessa. Le printemps qui suivit, des dartres squammeuses, par plaques circulaires, apparurent sur différents points, en même temps
.que la bronchite cessait. Les dartres durèrent l’espace de trois années.
A cette époque, le malade revint me consulter pour une douleur forte avec léger gonflement, qui s’était manifestée dans le genou droit, et qui avait été précédée d’une douleur et d’un gonflement semblable dans le genou gaucbe.
Obs. XIII (Bazin : Leçons théoriques et cliniques sur . les affections cutanées de nature arthritique et darlreuse. — Paris, 1863, obs. IL) — Erythème papulo-tuberculeux arthritique.
X. L., âgée de 41 ans, est entrée le 17 juin 1859. La malade n’a pas connu ses parents et ne peut donner aucun renseignement sur eux. Elle n’a pas eu de maladies graves, mais des indispositions assez nombreuses. Ainsi, elle a été atteinte de gourmes dans son enfance; alors il existait déjà des maux de tête violents et fréquents.
Vers l’âge de 11 ans, menstruation; .àpartir'de cette épo“ que, coryzas ’ répétés, maux de tête moins forts qu’autrefois, mais plus durables, dyspepsie avec aigreur et pyrosis, étourdissements pour lesquels la malade s’est fait saigner tous les ans, jusqu’à l’âge de 33 ans. En outre, le sujet est atteint de crevasses aux mains pendant les hivers, et de bronchites plus Ou moins intenses à chaque printemps.
Apparition de varices à l’âge de 30 ans : rupture et ulcères variqueux à différentes reprises.
Il y a huit jours, la malade à été.prise d’une bronchite à la suite d’un refroidissement; augmentation d’intensité dans les symptômes de la bronchite et développement vers le quatrième jour d’un érythème sur les mains, la conjonctive, les paupières et le lobule du nez.
État actuel. — Sur le dos des deux mains, plaques circulaires, violacées et de grandeur variable ; les plus considérables ont la largeur d’une pièce de deux francs, les autres
ont celle d’un centime, d’une pièce de dix sous ou d’un franc. Parmi ces plaques, les unes sont lisses et livides, un peu saillantes et comme papuleuses ou tuberculeuses ; d’autres sont couvertes de papules et de tubercules arrondis ; d’autres, enfin, sont lisses à leur centre et papuleuses à leur circonférence.
Le tissu cellulaire sous-cutané du dos de la main est le siège d’un œdème considérable et rénitent.
Les conjonctives sont fortement injectées et présentent une couleur violacée ; à droite, il existe même une hémorrhagie dans l’épaisseur de la muqueuse.
Les paupières, et surtout la paupière supérieure, le lobule du nez sont occupés par une rougeur érythémateuse d’un rouge foncé livide.
D’ailleurs, sur les parties malades, absence de prurit et présence de chaleur ou de cuisson.
Obs. XIV ( id ., obs. III). — Érythème noueux et eczéma arthritique.
Drouart (Joséphine), âgée de 20 ans, couturière, est entrée le 8 juin 1859.
Antécédents. — Le père de la malade est mort à 36 ans ; pas de renseignements sur sa santé.
La mère de la malade est âgée de 50 ans ; elle est souvent affectée de douleurs rhumatismales dans les jambes, les bras ou les reins ; ces douleurs exigent le repos au lit pendant plusieurs jours. Varices volumineuses aux jambes, maux de tête qui consistent en une pesanteur continuelle, blépharite chronique et fistule lacrymale. Cette femme a eu trois sœurs, dont l’une est affectée de douleurs rhumatismales ; elle a eu six enfants qui existent tous. L’enfant le plus âgé a 26 ans; il est maigre, d’une faible constitution, sujet à s’enrhumer; il a eu des convulsions dans son enfance. Une fille, âgée de 24 ans, a eu également des con-
misions ; elle se plaint souvent de douleurs à l’estomac, aux reins et dans le bas-ventre ; pendant quelque temps, dartres à la figure. Un garçon, âgé de 22 ans, est fréquemment atteint d’angines pendant les hivers : épistaxis, coryzas fréquents.
Quant à la malade, elle était sujette aux maux de tête dans son enfance et s’enrhumait facilement ; la facilité à contracter des bronchites sous l’influence des changements de température ou des refroidissements persiste encore. À 14 ans, menstruation : règles peu abondantes. Après la puberté, la malade a toussé longtemps ; elle avait de fréquentes angines et de la dyspepsie. Depuis quatre ou cinq ans elle a eu, à plusieurs reprises, des plaques d’eczéma fixées sur la figure et sur les mains (ces plaques ressemblaient à celles que la malade porte en ce moment).
Pendant cinq à six jours, malaise, lassitude générale, douleurs dans les jambes et dans les reins, mouvement fébrile vers le soir et perte d’appétit. Alors des plaques rouges, accompagnées d’élancements, se sont développées sur les jambes : en même temps, apparition d’un groupe vésiculeux d’eczéma au-dessus de la pommette gauche, et au bout de quelques jours, éruption de vésicules sur le dos des mains.
Etat actuel. — Sur la face antérieure des jambes existent plusieurs taches ovalaires d’un rouge vif et même violacé, de la largeur d’une pièce d'un ou de deux francs. Quelques-unes de ces taches sè réunissent pour former de larges plaques indurées. Ces plaques et ces taches sont un peu saillantes et constituées par un noyau d’induration qui intéresse l’épaisseur du derme et pénètre dans le tissu cellulaire; elles sont le siège de picotements, d’élancements et d'une vive douleur à la pression.
Au-dessus de la pommette gauche se trouve une plaque large comme une pièce de cinq francs, couverte de vési-
cules et de petites squames grises et un peu humides ; sur le front existe une plaque analogue, mais plus petite. Sur le dos des deux mains, on voit aussi quelques petits groupes d’eczéma sec. Enfin, sur les bras, nous observons des taches rouges et un peu saillantes ; mais elles sont plus petites et moins nombreuses que celles des jambes. D’ailleurs, la malade est fortement constituée ; elle est douée d’un tempérament sanguin.
Obs. XV (id ., obs. IV). Arthritides multiples : urticaire
avec hémorrhagie, lichen urticans, érythème marginé.
Ulcères variqueux.
Daubremer (Jacques), âgé de 50 ans, jardinier, est entré le 15 avril 1859.
Antécédents. — Père mort à 77 ans du choléra ; il avait des varices aux jambes et des douleurs dans les reins et dans les membres. Il toussait souvent pendant les hivers, et il eut une pneumonie ; à plusieurs reprises, il fut affecté de dartres peu étendues et arrondies sur le visage et sur les mains. D’ailleurs, il avait le teint coloré et il était doué d’une forte constitution.
La mère du malade est morte du choléra à 75 ans ; elle était sujette à des maux de tête violents qui revenaient presque tous les huit jours et l’obligeaient à garder le lit ; elle avait aussi des douleurs d’estomac et souvent des digestions pénibles. Elle eut quatre enfants :.l’un (âgé de 41 ans) se livrait à la boisson, et mourut en quatre jours avec délire et perte de connaissance subite ; une autre (fille âgée de 43 ans) est morte d’un ulcère à la matrice.
Le troisième est le malade dont il est question. Absence de signes de scrofule.
Dans sa jeunesse, coryzas fréquents, angines légères, répétées et survenant dans l’hiver. A l’âge de 15 ans, douleur rhumatismale dans la nuque et les parois thoraci-
ques pendant cinq mois; depuis cette époque, les douleurs n’ont pas reparu. Vers 40 ans, établissement d un flux sanguin par le rectum, paraissant tous les mois et même deux fois par mois ; aucune tumeur bémorrboïdale visible à l’extérieur.
Dès sa jeunesse, varices sur les deux jambes.
A 38 ans, congestion célébrale avec perte de connaissance, saignée; à 40 ans, nouvelle congestion, saignée.
Depuis quatorze ans, les varices se sont ulcérées.
Constitution forte, tempérament sanguin.
Le malade se nourrit assez bien et avoue qu’il abuse parfois des alcooliques.
État actuel. — On voit à la face interne des jambes deux vastes ulcères, larges comme la paume de la main. Ces ulcères présentent des bords épais et calleux, une surface violapée et fongueuse ; ils sont entourés par des veines volumineuses et flexueuses qui se continuent à la face interne des cuisses. La sapbène interne, au niveau de la cuisse, a le volume du petit doigt. Il existe peu de douleur quand le malade garde le repos.
Les pieds et les jambes sont œdématiés.
En ce moment, flux sanguin par le rectum, éblouissement et dureté de l’ouïe. Déjà la dureté de l’ouïe s’est manifestée trois ou quatre fois depuis cinq ans; elle persistait chaque fois pendant deux à trois mois. Bon appétit, digestion facile.
(Les ulcères se cicatrisent peu à peu ; le 22, on aperçut des saillies rouges, grosses comme une lentille ou un petit. pois, disséminées sur les cuisses et les bras, quelques-unes sur l’abdomen; cuisson, prurit. Les plaques augmentent en nombre, deviennent plus confluentes ; le 26, il se joint aux anciennes papules de nouvelles plaques, arrondies déprimées et blanches au centre, rouges sur leurs bords qui sont saillants ; il y en a aussi qui forment des moitiés
de cercle, qui sont plus pâles et même tout à fait blanches. Le malade prétend qu’elles sont plus rouges le soir et la nuit. Le 29, les plaques d’urticaire sont devenues confluentes sur la face et autour du genou ; plusieurs présentent des taches hémorrhagiques. Sur le scrotum, trois larges plaques rouges couvertes de grosses vésicules purulentes. Hier soir, l’éruption était rouge et violacée.)
Obs. XVI ( id ., V). — Hydroa vésiculeux.
Duchemin (Victor), âgé de 26 ans, tourneur sur cuivre, est entré le 13 mai 1859.
Antécédents. — Le père du malade est mort du pylore , à l’âge de 29 ans ; vomissements incoercibles.
La mère du malade est âgée de 41 ans. Varices volumineuses et démangeaisons aux jambes ; maux de tête fréquents. Elle a deux sœurs : toutes deux ont eu des migraines, et l’une d’elles était asthmatique et avait des pituites. Son père est mort à l’âge de 70 ans : il avait des maux de tête, des étourdissements, et souvent il perdait la mémoire.
Un frère du malade, âgé de 16 ans, est sujet aux épistaxis et aux céphalalgies ; il lui survient, tous les cinq ou six mois, depuis deux ans, une éruption vésiculeuse sur le menton et quelquefois sur les mains : cette éruption ressemble à celle que présente la malade.
Quant au malade, il fut atteint de convulsions dans son enfance; puis, il a été affecté de la fièvre intermittente, à des époques rapprochées, jusqu’à l’âge de 12 ans. Il est sujet aux coryzas, aux bronchites, aux angines et aux étourdissements ; fluxion de poitrine à l’âge de 15 ans ; à plusieurs reprises, éruptions furonculaires ; douleurs musculaires aux lombes et dans les membres, pour lesquelles le malade a pris un grand nombre de bains de vapeur. Teint coloré, cheveux châtains et tempérament sanguin.
Le 11 mai, le malade s’aperçut, à son réveil, qu’il avait sur les avant-bras des taches rouges et accompagnées de démangeaisons; il alla prendre un bain. Le lendemain, fièvre et douleur à la gorge ; des vésicules s’étaient développées sur les taches qui existaient la veille , et d’autres taches s’étaient montrées.
État actuel. — Sur la face interne des avant-bras, mais surtout sur le dos de l’avant-bras gauche, on observe des taches rouges, violacées, arrondies, dont les dimensions varient depuis celle d’une petite lentille jusqu’à celle d’une pièce de 20 centimes. Ces taches présentent des bords légèrement saillants et nettement accusés ; elles sont légèrement déprimées au centre et entourées d’une petite aréole rosée qui se confond insensiblement avec la couleur normale de la peau. Quelques-unes offrent, à leur partie médiane, une petite vésicule remplie d’un liquide transparent; d’autres sont remarquables par l’existence d’une petite croûtelle noirâtrê ou jaunâtre, et entourée d’un liséré blanchâtre ; enfin, les bords de plusieurs d’entre elles sont couverts d’un grand nombre de vésicules miliaires, tandis qu’il existe une vésicule centrale plus volumineuse.
L’éruption est discrète. — Les plaques sont isolées en général, mais quelques-unes se touchent par leur circonférence.
L’isthme du gosier est uniformément rouge ; la base de la luette est enveloppée par une couronne de vésicules blanchâtres qui reposent sur des taches violacées. Il existe à peine quelques démangeaisons sur les bras.
Obs. XVII (îd ., VII). —Hidroa vésîculeux.
Dijon (Sophie), femme de ménage, est entrée le 22 juillet 1859, âgée de 52 ans.
Antécédents, — Le père était atteint d*un catarrhe depuis
un grand nombre d’années ; il est mort subitement à l’âge de 75 ans.
La mère de la malade est morte subitement, à l'âge de 74 ans. Elle avait de l’embonpoint et était d’une grande taille; elle a souffert longtemps de douleurs dans les genoux et dans les mains.
La malade a été affectée de gourmes dans son enfance ; petite vérole à quatre ans; menstruation à 10 ans; dysménorrhée. A partir de la puberté, dyspepsies fréquentes, céphalalgies jusqu’à 40 ans ; douleurs goutteuses dans les mains dès la jeunesse (médius de la main droite, présentant des tophus au niveau des articulations phalangiennes).
Coryzas et bronchites fréquentes pendant l’hiver, crampes dans les membres.
A 40 ans, suppression des règles à la suite d’une frayeur; l’hiver dernier, ophthalmie avec érythème palpébral à droite.
Il y a trois ans, apparition de taches rouges, accompagnées de démangeaisons sur l’avant-bras gauche ; le lendemain, développement de petites vésicules sur les taches ; quelques jours après, des vésicules analogues se sont montrées sur la main, puis sur l’avant-bras, du côté droit. Poussées successives depuis cette époque ; la malade s’est contentée de boire de la tisane de houblon.
Bonne constitution, tempérament sanguin ; nourriture assez convenable.
État actuel. — Sur les avant-bras on aperçoit de petites taches violacées de la ’ largeur d’une pièce de vingt centimes ; quelques-unes, à droite, présentent des bords légèrement saillants et, à leur centre, une croûte jaunâtre ou une petite vésicule transparente ; d’autres sont recouvertes de grosses vésicules remplies de pus et du volume d’un petit pois. Enfin, on observe des disques rouges sans vésicules et des taches violacées qui ont remplacé les croûtes.
Ces éléments éruptifs sont isolés et assez nombreux ; ils occupent, sur les deux avant-bras, deux surfaces qui ont la largeur de la paume de la main.
A la face antérieure et sur les côtés des genoux, on remarque des groupes de taches, dont les unes se présentent sous la forme de l’érythème marginé (disques saillants sur les bords), et dont les autres supportent, à leur centre, une vésicule ou une petite croûte jaunâtre. Quelques taches analogues existent aussi sur la partie antérieure de la poitrine, au niveau de l’extrémité supérieure du sternum. D’ailleurs, l’appétit est conservé ; constipation, dyspepsies moins fréquentes et moins intenses depuis l’existence de l’éruption. Il faut noter la présence de picotements sur les parties affectées ; les démangeaisons sont presque nulles.
Obs. XVIII (id ., IX). —Pemphigus chronique, de nature arthritique. — Acnépilaris arthritique. — Mort.
Lejeune, Pierre, âgé de 60 ans, charretier, est entré le 8 juillet.
Le père a été malade pendant trois ans ; il est mort à 46 ans, et il était paralytique.
La mère du malade est morte à 80 ans ; elle était sujette aux migraines et était affectée d’un catarrhe chronique.
Le malade eut des gourmes dans son enfance ; depuis l’âge de 15 ans, fréquents maux de tête, avec des étourdissements; fièvre intermittente pendant plusieurs années. A 38 ans, blennorrhagie et chancre ; dans le Cours de l’année suivante, développement d’une dartre (?) sur la figure; entrée à l’hôpital Saint-Louis et guérison en quarante-deux jours. A l’âge de 40 à 45 ans, pneumonie ; vers cette époque, apparition de douleurs assez.vives dans les bras, les jambes et les lombes : un grand nombre de bains de vapeur ont été pris pour combattre ces douleurs, qui ont disparu au bout de deux ans.
Le malade est, depuis sa jeunesse, sujet aux démangeaisons, aux coryzas, aux angines et aux bronchites pendant les hivers ; il a eu des éruptions furonculaires à plusieurs reprises.
Au mois d’avril dernier, le sujet entre à l’hôpital pour se faire traiter ; il avait une angine avec fièvre, et l’on pratique une saignée. Le lendemain, des huiles se montrent sur les avant-hras, et les jours suivants, d’autres huiles se développent sur les cuisses. On garda le malade pendant un mois, mais des poussées se manifestaient de temps en temps.
Constitution forte ; système musculaire développé ; tempérament sanguin ; bonne nourriture, mais excès de boissons alcooliques.
État actuel. — Sur la partie antérieure des bras et des avant-bras, on observe de petites bulles dont le volume varie depuis celui d’une lentille à celui d’un petit pois. Quelques-unes de ces bulles, les plus grosses, sont isolées et entourées d’une aréole d’un rouge foncé ; la plupart sont groupées au nombre de cinq, dix à vingt, sur des plaques arrondies, érysipélateuses.
Parmi ces bulles, les unes sont globuleuses et transparentes, les autres présentent une tache jaunâtre à leur centre qui est déprimé ; on en voit encore qui sont remplies de pus ou qui sont remplacées par une croûte molle et jaunâtre. Outre les bulles et les plaques érysipélateuses, on observe des taches violacées, des disques rouges et légèrement saillants.
L’éruption bulleuse est disséminée irrégulièrement sur les régions nommées plus haut ; elle existe aussi à la face interne des cuisses, mais elle est moins confluente.
Leè régions affectées sont le siège de démangeaisons trèsvives qui troublent le repos du malade.
(Le malade reste à l’hôpital jusqu’au 4 octobre ; il a eu, c. 15
pendant ce temps, des poussées successives de pemphigms et quelques furoncles dans le dos; à cette époque il n a pas eu de poussées depuis longtemps : il reste un peu de prurit et des taches violacées en voie de disparition.)
5 décembre. Le malade vient à l’hôpital pour nous consulter sur une angine qu’il a contractée depuis quelques jours. Il existe une rougeur érythémateuse sur le voile, et les piliers du palais, sur le pharynx et les amygdales : cuisson et douleur dans la déglutition. Le pemphigus n'a pas reparu, mais il a toujours un peu de prurit.
Le malade assure n’avoir jamais été si bien portant depuis dix ans : les étourdissements et les céphalalgies ont presque disparu. Mais il attire notre attention sur une nouvelle affection qui s’est développée sur le front, les tempes et la nuque. En effet, on voit h la racine des cheveux une série de petits tubercules rouges et indurés, groupés par quatre ou cinq, recouverts à leur sommet d’une petite croûte jaune et déprimée ; parmi ces petites saillies, quelques-unes sont traversées par un poil à leur centre. Les éléments tuberculeux sont disséminés sur le Iront, suivant une ligne qui unit les deux tempes; ils existent aussi, mais en plus petit nombre, sur la partie antérieure du cuir chevelu ; sur les tempes et la nuque on observe des plaques arrondies et constituées par de grosses papules analogues à celles qu’on trouve sur le front. Dans toutes ces régions, le malade accuse des picotements et un peu de démangeaison ; depuis sa sortie il a eu des furoncles, et on en observe deux qui sont volumineux et situés sur les épaules.
(Le malade rentre, en janvier, avec une éruption généralisée de pemphigus et meurt.)
Obs. XIX (td ., obs. XI). — Psoriasis nummulaire, dë nature arthritique.
Marquet (Thérèse), âgée de 33 ans, cuisinière, est entrée le 16 septembre 1859.
Antécédents , — Père mort subitement en quarante-huit heures, à l’âge de 74 ans ; il avait des rhumatismes mobiles.
Mère de la malade, morte hydropique à 54 ans, c'està-dire à l’âge critique ; métrorrhagies fréquentes dans les dernières années; douleurs rhumatismales dès la jeunesse. Elle a eu treize enfants : un jeune homme, âgé de 24 ans, est mort de la poitrine, un autre, âgé de 33 ans, sé livrait à la boisson et mourut en quelques jours (?). Quant aux enfants qui vivent encore, une fille, âgée de 54 ans, est tourmentée par les douleurs ; une autre, âgée de 37 ans, est attaquée de la poitrine.
La malade a eu des gourmes jusqu’à l’âge de 12 ans ; beaucoup de furoncles ; à 15 ans, menstruation régulière et peu abondante ; fièvre typhoïde à 23 ans ; quatre enfants, dont deux sont morts en bas-âge, tandis que deux petites filles survivent et sont d’une faible santé. Depuis le mariage de la malade (vingt-trois ans), maux de tête fréquents et névralgies de la face qui duraient quatre, six ou huit jours, et nécessitaient souvent l’application de sangsues ; deux pneumonies ; angines et bronchites fréquentes pendant l’hiver. Il y a sept ans, après des chagrins, des points blancs et couverts de petites écailles se sont montrés sur la face antérieure de l’avant-bras gauche ; ces points se sont réunis en une seule plaque ( psoriasis ). Cette plaque a duré pendant une année ; elle a été remplacée par une autre, située sur les grandes lèvres et le pénil : Démangeaisons très-vives, picotements et élancements. Peu à peu des taches analogues ont paru à l’hypogastre, aux avant-bras et aux jambes; depuis trois semaines, l’affection s’est développée au cuir chevelu et aux mains. Il y a six semaines environ, douleur dans l’épaule gauche, qui a duré quinze jours.
Etat actuel. — On observe une plaque qui recouvre la
plus grande partie de l’hypogastre et s’avance sur les grandes lèvres. Cette plaque présente des bords irréguliers et des squames d’aspect variable ; là, les squames sont sèches, grisâtres ou blanches, épaisses, arrondies, et ressemblent aux squames psoriasiques ; ailleurs, elles sont lamelleuses, jaunes, humides, comme on l’observe dans l’eczéma. Les surfaces affectées sont le siège d’une sécrétion humide en certains points, et sont remarquables par leur sécheresse sur d’autres points. De temps en temps, sécrétion abondante de sérosité plastique et tachant le linge en gris, puis absence de sécrétion et sécheresse. La peau présente une coloration d’un rouge foncé et quelques gerçures.
Sur la face antérieure des deux avant-bras, on voit de petites plaques circulaires, rouges et recouvertes, soit par une squame blanche, soit par une croûte lamelleuse et jaunâtre. Sur le dos des mains, il existe trois ou quatre petites taches rouges avec des squames grisâtres.
On observe sur la partie antérieure du cuir chevelu et un peu sur le front, des croûtes jaunâtres et légèrement humides, ainsi que des squames blanches, épaisses et argentées. Jamais l’affection n’a existé ni aux coudes , ni aux genoux.
Dans toutes les parties qui sont le siège de T éruption, principalement à l’hypogastre et aux parties génitales, démangeaisons très-vives et picotements. D’ailleurs, l’appétit est bon; cependant la malade digère difficilement et éprouve des tiraillements d'estomac. Transpiration abondante à la tête et aux mains. Palpitations depuis l'âge de 23 ans : le cœur présente une légère hypertrophie.
Obs. XX (id.) obs. XIII. — Eczéma arthritique.
Trouard, Eléonore, âgée de 49 ans, domestique, est entrée le 18 février 1859.
Antécédents . —Père mort, à l’âge de 68 ans, du choléra ; il toussait et crachait beaucoup chaque hiver ; douleurs mobiles apparaissant au moment des variations de température et se faisant sentir dans les membres et les lombe3 ; ces douleurs déterminaient quelquefois une claudication temporaire ; éruptions furonculaires assez fréquentes ; dartre rouge, arrondie et peu étendue à la partie interne de la jambe gauche pendant les quatre dernières années de la vie.
La mère a succombé au choléra, à la même époque que son mari ; elle était âgée de 52 ans ; elle a eu des hémorrhoïdes fluentes (de 35 à 40 ans) et des varices. Etant jeune, elle eut un accès de manie aiguë à la suite d’une frayeur.
Quant à la malade, elle eut des gourmes dans son enfance ; une de ses sœurs a eu des gourmes et des ophthalmies chroniques. Menstruation à l’âge de treize ans ; aucune indisposition jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans ; à cette époque, grossesse et vive démangeaison à la vulve; cessation et retour du prurit après et pendant chaque grossesse, elle a eu sept enfants ; tumeurs hémorrhoïdaires fluentes et constipation dans l’intervalle des grossesses.
Vers l’âge de vingt-cinq ans, des céphalalgies se sont montrées et ont duré jusqu’à ces derniers temps; ces maux de tête s’annonçaient par une sorte d’engourdissement dans l’un des bras, puis dans la face, et se caractérisaient par une douleur tensive, lourde, occupant la région frontale et disparaissant dan3 le sommeil. Ces céphalalgies n’existaient ni pendant la grossesse, ni pendant l’existence du flux hémorrhoïdaire.
Après la dernière couche, il y a dix ans, apparition de varices, et souvent éruptions furonculaires ; la malade est sujette à contracter des angines.
Vers l’âge de 40 ans, développement d’une plaque d’eczéma sur la commissure du pouce, et de l’index de la main gauche ; crevasses dans la paume des mains, cuissons, picotements et démangeaisons. Ces affections ont persisté, peu ou beaucoup, pendant sept années. Un an après l’apparition de l’eczéma sur la main, développement d’une plaque eczémateuse sur le cou-de-pied gauche, puis dans le creux poplité du même côté ; ces deux dernières éruptions n’ont jamais guéri, malgré l’emploi des pommades au soufre, au goudron, des bains sulfureux.
Depuis cinq semaines, nouvelle plaque d’eczéma à la nuque et nouvelle apparition de crevasses aux mains.
Il y a trois mois que la céphalalgie ne s’est point’montrée ; les hémorrhoïdes ont également disparu.
Mais, pendant l’été, à deux reprises différentes, existence d’une douleur intense dans tout le côté droit de la poitrine et ayant duré une quinzaine de jours chaque fois.
Etat actuel. — Sur la nuque, on Voit une large plaque, à contours sinueux, rouge, violacée, couverte de squames minces et grisâtres ou jaunâtres ; cette plaque se continue avec une autre qui coupe la partie postérieure du cuir chevelu et qui est le siège d’un suintement séreux ; cette dernière n’existe que depuis quinze jours.
Dans le creux poplité gauche, surface rouge, irrégulière, un peu humide et couverte de croûtes- foliacées et jaunâtres ; l’affection se prolonge sur le tiers de la face postérieure de la jambe.
Varices cutanées aux cuisses; varices soüs-cutanées aux jambes, plus marquées à gauche.
Dans la commissure du pouce et de l'index gauches, plaque arrondie, rouge, inégale, sèche et couverte de
petites squames adhérentes et grises ; crevasses au niveau des articulations phalanciennes.
Sur le dos des deuxièmes phalanges de la main droite, petites plaques d’eczéma sec, couvert de squames- Démangeaisons et picotements sur les parties affectées. Bon appétit, digestions faciles, constipation habituelle.
Obs. XXI. (id ., XV). — Eczéma. Arthritique. Squirrhe.
Hora, Louis, âgé de 59 ans, teinturier, est entré le 25 février 1859.
Antécédents. — Le père sé livrait à la boisson ; il toussait et était oppressé pendant l’hiver; il avait beaucoup de varices ; il est mort à l’âge de 59 ans, d’une maladie de poitrine (d’un catarrhe probablement).
La mère du malade est morte d’une attaque d’apoplexie à l’âge de 78 ans. Elle avait eu pendant longtemps des maux de tête ; à partir de 40 ans, douleurs rhumatismales dans les lombes et les membres, disparaissant et revenant tous les deux ou trois mois; elle avait des varices très-développées et un ulcère aux jambes. Elle était oppressée et toussait pendant l’hiver; elle avait fréquemment des douleurs d’estomac. Pendant la durée des céphalalgies, épistaxis. Elle a eu deux frères ; l’un est mort d’apoplexie, l’autre de congestion cérébrale.
Le malade eut cinq frères : l’un d’eux était épileptique et mourut à 22 ans ; un autre est mort d’une maladie de poitrine à la suite d’un refroidissement ; les trois autres ont succombé dans leur enfance. Quant au malade lui-même, il eut la petite vérole à 3 ans ; jusqu’à 20 ans, céphalalgies intenses et fréquentes ; coryzas et bronchites pendant l’hiver. Vers l’âge de 30 ans, hémoptisies répétées, mais pair abondantes ; à cette époque développement de varices aux jambes. Ên tout temps, éruptions furonculaires.
Depuis l’âge de 24 ans, fréquentes douleurs rhuma-
tismales : lumbago, torticolis, douleurs dans les genoux, et surtout dans le genou gauche ; la douleur du genou gauche disparaît, puis revient et dure deux ou trois mois.
Il y a trois mois, le malade a travaillé pendant six mois, dans une fabrique de blanc de céruse : légères coliques de plomb.
Il y a quinze mois, les jambes deviennent enflées. Le malade entre dans le service de M. Gibert : cataplasmes et repos. Au bout de quelques jours l’enflure avait disparu, mais un eczéma se montrait sur les jambes ; le malade sort avec cette nouvelle affection.
Depuis deux mois, coryza continuel, douleur et sécheresse de la gorge, bronchite catarrhale, apparition d’une tumeur située dans l’épaisseur ou tout au moins dans la gaîne du sterno-mastoïdien. Aucun signe de syphilis.
Etat actuel. — Sur le dos du pied gauche, autour de l’articulation tibio-tarsienne du même côté et sur le quart inférieur de la jambe, il existe des plaques irrégulières d’eczéma. La peau est rugueuse, rouge, couverte de squames sèches, blanchâtres ou jaunâtres ; elle est d’un rouge plus foncé et un peu humide sur quelques points. On trouve des varices volumineuses sur toute l’étendue de la jambe, surtout à sa partie interne. Sur la jambe droite sont disséminées des plaques d’eczéma sec, qui ont le même aspect que les précédentes ; dos du pied, malléole externe, malléole interne, articulation tibio-tarsienne sont affectés. Une plaque plus large que les autres recouvré la face supérieure des quatre premiers orteils. Varices à la partie interne de la jambe.
Élancements, picotements et prurit sur les parties malades, coryza gênant le malade pendant le sommeil ; rougeur érythémateuse de l’isthme du gosier et déglutition douloureuse.
Derrière la brandie montante du maxillaire, on voit une tumeur du volume d’un petit œuf, datant de deux mois (au dire du malade). Cette tumeur est située à l’extrémité supérieure du musde sterno-mastoïdien et dans la gaine de ce musde ; elle est parfaitement lisse, remarquable par sa consistance qui ressemble à celle du squirrbe ; elle est le siège d’élancements; la pression n’y détermine pas de douleur.
A droite, on trouve sous la mâchoire plusieurs ganglions (dont l’un a le volume d’une petite noix) qui ont la même dureté que la tumeur précédente.
Obs. XXII (id ., obs. XVII).—Eczéma arthritique.
Masson, Alexandre, âgé de 31 ans, boulanger, est entré le 1 avril 1859.
Antécédents. — Le père du malade est fort et jouit habituellement d’une bonne santé ; pas de maladies graves ; mais depuis l’âge de 23 ans, dartres aux coudes et aux genoux, dartres qui n’augmentent ni ne diminuent, âge, 70 ans.
La mère du malade est âgée de 69 ans ; depuis l’âge de 35 à 40 ans, elle se plaint souvent d’éprouver des douleurs dans les jambes, dans les bras et dans les reins ; à 45 ou 46 ans, lumbago intense qui retient la malade au lit pendant trois semaines ; elle tousse souvent pendant l’hiver; elle est sujette aux maux de tête, elle a des varices, et quelquefois de la dyspepsie ; elle est obligée de mauger peu à la fois, mais souvent. Elle a un frère qui était tourmenté par des rhumatismes et mourut subitement à l’âge de 70 ans
Elle a eu neuf enfants, trois sont morts ; une petite fille, âgée de 9 ans, de convulsions, une autre de la fièvre typhoïde, et la troisième d’un accident ; sur les six enfants
qui restent, une fille âgée de 35 ans, a eu des dartres comme celles du père et a été aliénée pendant deux ans.
Quant au malade, il n’a pas eu de gourmes ni d’autres signes de scrofules ; mais, depuis son enfance il est sujet, à s’enrhumer, à contracter des coryzas et des angines; autrefois maux de tête plus fréquents qu’aujourd irai. Souvent il est atteint de dyspepsie, qui se montre toujours après des excès et dure pendant deux ou trois jours.
Depuis deux ans, le malade ressent des douleurs dans les reins, bien que son habitation ne soit point humide. Il souffre surtout d’une douleur placée dans l’épaule droite, qui vient quelquefois se fixer dans les .parois de la poitrine ; il fut obligé une fois de se faire appliquer des ventouses scarifiées.
L’an dernier, blennorrhagie qui a duré cinq mois; pas de chancre.
Quelques varices aux jambes.
Il y a un mois, se -montre une petite plaque rougé sur chaque joue ; sur ces plaques, apparition de -petits boutons blancs et de suintement ; picotements et élancements. Le malade se contente de faire des lotion s ; d’eau de guimauve ët continue de travailler à la boulangerie; on sait que lès boulangers sont exposés à une forte chaleur. L’affection ne guérit pas ; le malade entre a l’hôpital.
Etat actuel. — Sur chaque joue, on voit une plaque d’eczéma arrondie, large comme une pièce de cinq francs et couverte de croûtes jaunes, épaisses et un peu rugueuses. Pour expliquer cette abondante sécrétion qui existe, il faut réfléchir que le malade n’a pas cessé depuis un mois d’avoir la figure exposée à la chaleur d’un four.
Sur l’épaule gauche, petite plaque rouge, arrondie et légèrement squameuse. Un peu de pityriasis existant
depuis longtemps dans le cuir chevelu et les sourcils
0"bs. XXIII (id., ohs. XXYII). — Psoriasis herpétique (diffusa).—Mentagre cadique.
Manpetit, Casimir, âgé de 32 ans, menuisier, est entré le 23 avril 1858. -
Antécédents. — Sa mère est morte à 50 ans, d’une attaque d’apoplexie ; son père est mort aussi d’une manière subite (?), il avait eu dans sa jeunesse des dartres semblables à celles dont notre malade est affecté. Le malade a deux frères, dont le plus jeune présente du psoriasis sur le front et les parties génitales.
Quant au malade, il n’a offert aucun signe de scrofule. Il est sujet depuis deux ans, à des migraines très-intenses qui durent à peu près quatre heures et reviennent tous les quinze jours. Il n'éprouve pas de douleur à l’estomac, mais il rend souvent par la bouche un liquide qui ressemble au blanc d’œuf. Depuis dix-huit mois, il ressent fréquemment des élancements dans la cuisse et la jambe du côté droit : il se plaint, à son réveil, d’avoir la tête lourde ; sommeil pénible et agité.
La région lombaire est occupée par une large plaque de couleur rouge, violacée, avec des squames épaisses et argentées. La partie supérieure des cuisses présente aussi de larges, plaques, ainsi que les jambes, les membres thoraciques et le tronc.
(Des frictions à l’huile de cade produisent une inflammation des follicules pileux sur les jambes et les cuisses : mentagre cadique.)
Obs, XXIV (id ., obs. XTX). — Psoriasis herpétique.
Blépharite chronique,
Simon, Jean, âgé de trente-trois ans, pidleur, est entré le 11 février 1852.
Antécédents. — Absence de renseignements sur le père; mère morte à 67 ans, du choléra; elle avait de fréquentes migraines, était sujette aux démangeaisons, aux éruptions boutonneuses. Elle eut huit enfants : une fille âgée de 21 ans fut alitée pendant six mois et finit par succomber : elle eut à plusieurs reprises des vomissements abondants de sang, et elle rendit un jour une grande quantité de sang dans les selles.
Quant au malade, il eut dans son enfance la figure couverte de croûtes pendant quelque temps; jamais de glandes. Vers l’âge de quatre ans, des opbtbalmies, et surtout des blépharites se montrèrent : elles ont passé à l’état chronique. Il eut plusieurs fois des furoncles et même des anthrax; on voit de larges cicatrices d’anthrax à l’épigastre et à la nuque. Depuis l’âge de 30 ans, le malade est tourmenté par des douleurs fixées à la région frontale et'revenant à des intervalles irréguliers, par des douleurs situées dans les parois thoraciques.
Le psoriasis s’est développé depuis dix mois ; il s’ést montré d’abord aux coudes, puis au cuir chevelu, aux cuisses, enfin, à la lèvre supérieure.
Etat actuel. — Sur la partie postérieure du bras gauche, on voit une plaque rouge, arrondie, un peu saillante et couverte de squames blanches et nacrées; sur la partie postérieure de l’avant-bras du même côté, au-dessous de l’olécrane, trois petites plaques de psoriasis guttata; trois plaques analogues sur l’avant-bras droit.
Sur la partie externe de la cuisse gauche existe une plaque arrondie, large comme une pièce de cinq francs, saillante sur ses bords, déprimée au centre et couverte de squames épaisses et brillantes.
Sur le sinciput on trouve une plaque saillante, un peu irrégulière, supportant des lames blanches et imbriquées elle a paru peu de temps après celle des coudes. Sur la
ligne médiane de la lèvre supérieure, on aperçoit une plaque d’un rouge foncé, proéminente, se prolongeant un peu dans les fosses nasales et sur le "bord postérieur des ailes du nez ; elle est couverte d’écailles épidermiques blanches et sèches, et de petites croûtes jaunâtres et noirâtres.
Sur le front et la nuque éruption furonculaire. Les bords des paupières sont rouges et un peu renversés ; les cils manquent complètement; la conjonctive palpébrale est d’un rouge foncé; celle qui recouvre le globe oculaire n’est point injectée. La sécrétion des larmes augmente par l’exposition à l’air; prurit fréquent et intense du bord des paupières.
Il existe aussi des démangeaisons, le soir surtout, sur les régions affectées de psoriasis. Un peu de coryza habituellement; d’ailleurs, bon appétit et digestions faciles.
Obs. XXY ( id ., obs. XXI). — Psoriasis herpétique.
Bourselot, 45 ans, entré le 20 janvier 1859.
Antécédents. — Dans son enfance, il avait fréquemment à la face de petites éruptions suivies de desquammation furfuracée ; le prurit était très-léger et n’augmentait pas la nuit. Il ne sait pas s’il a eu des gourmes ; jamais d’épistaxis.
Prédisposition très-grande aux coryzas ; prurit fréquent aux ailes du nez ; céphalalgie sus-orbitaire, surtout du côté droit, douleur pongitive se repoduisant très-souvent. Eruptions furonculeuses, pendant sa jeunesse. Il n’a jamais eu de ganglions engorgés. Pas d’accidents rhumatismaux.
À l’âge de 9 ans, il perdit sa mère qui mourut d’une affection pulmonaire (malade un mois); son père vit encore, et il a souffert longtemps de douleurs à la région lombaire ; il n’aurait jamais eu d’autre affection, à la connaissance du malade.
Bourselot est à Paris depuis f âge de 18 ans, et c’est vers sa vingt-cinquième annee qu apparut la première éruption. De - larges plaques jpapuleuses se montrèrent sur le cuir chevelu et occasionnaient un prurit incommode, mais uniforme ; le grattage en faisait tomber de larges sqüames blanches. Caché en partie par la chevelure, l’exanthème fut supporté par le malade pendant cinq ans sans P alarmer. A cette époque (il y a quinze ans), après des excès de boissons continués pendant trois jours, il survint, la nuit, une éruption caractérisée par de larges plaques d’un rouge vif, arrondies ou ovalaires, limitées par des papules. Aux papules succédèrent de grandes squames nacrées, qui s’enlevaient facilement. Ces plaques de psoriasis pâlirent, disparurent, mais iî s’en produisit d’autres; depuis, il en a toujours eu. L’état général est'constamment resté "Bon. La digestion s’opérait normalement, et le malade continuait à boire journellement une grande quantité de vin. Pendant le travail de la digestion et sous l’influence de la marche, le prurit augmentait.
Trois ans après l’apparition du psoriasis sur le corps, il a eu un chancre, et plus tard deux chaudepisses. Le chancre n’a été cicatrisé qu’au bout du sixième mois. Il a eu des plaques muqueuses à l’anus ; mais les autres accidents secondaires auraient manqué. Il n’a pas remarqué que la syphilis ait influé sur révolution du psoriasis. Il n’a jamais consulté de médecin. Traitement antérieur nul.
Ce malade est père de famille; il a deux enfants'; F aînée a 12 ans ; sa santé èst bonne ; elle a eu des éruptions v&iculenses suivies d’une sxfoîiatioa furfuracêe pendant 'èa première enfance: élîë est menstrués. Pas de névralgies, do démangeaisons, ni do flux catarrhal. Elle pas d’accidénti syphilitiques constitutionnel; Le plus jaune a 10 eî nVorait èu aucun accident syphilitique, ni tefceùi, ni asrofsleux.
Depuis un au les plaques sont devenues plus abondantes.
Etat actuel. — Il existe sur toutes les régions de la peau des plaques de psoriasis. Les plus remarquables siègent sur le tborax, où les cercles se réunissant par leurs bords forment une surface continue. Elles sont aussi très-confluentes sur les parties latérales de l’abdomen, dans le dos, ainsi qu’à la tête (il n’y a pas eu néanmoins perte sensible des cheveux).
Ailleurs, elles sont beaucoup plus discrètes. Ces plaques sont arrondies ou ovalaires, d’un rouge vif, et des papules existent à la circonférence. En certains points, la surface se trouve recouverte de larges squames brillantes, nacrées, et s’enlevant assez facilement. Le malade a une otorrhée à droite qui date d’un mois ; l’écoulement est assez abondant. Il éprouve des bourdonnements d’oreilles : depuis cette époque, la céphalalgie sus-orbitaire, qui n’avait jamais cessé, est devenue plus fréquente et plus intense.
Obs. XXVI. {idem, obs. XXIII.) Eczéma herpétique.
Kérouant, Louis, âgé de 34 ans/teinturier, est entré dans le service le 4 février 1859.
Antécédents. — Le'père est mort à l’âge de 62 ans, après trois mois de maladie ; il avait beaucoup maigri et avait le teint jaune : le mot de fièvre gastrique fut prononcé par le médecin (?).
La mère du malade fut atteinte d’un cancer du sein et succomba à cette affection vers l’âge de 58 ans. Ellè était sujette aux épistaxis, aux migraines, aux gastralgies ; elle était de grande taille et avait le teint coloré ; elle eut une sœur qui avait aussi des migraines, des épistaxis, de la gastralgie, et qui mourut d’une fièvre cérébrale (?) dont la durée a été de six semaines.
Quant au malade, il était sujet aux épistaxis dans sa
j6un6SS6 ; il avait souvent des douleurs dans la tete et la poitrine (névralgies).
Depuis une dizaine d’années, il existe souvent du prurit sur les membres : le malade est obligé de prendre jusqu’à trois bains (de temps en temps) par semaine pour calmer les démangeaisons. A des intervalles plus ou moins éloignés, apparaissent sur le tronc et les membres de petites taches rouges et couvertes de : vésicules ; ces taches n’ont persisté qu’au jarret gauche.
Il y a deux ans, deux larges plaques rouges et humides se montrèrent sur les deux cuisses : le malade entra dans le service de M. Devergie et fut guéri en cinq semaines par les bains alcalins. Au bout de trois mois, des plaques rouges d’abord, puis couvertes de croûtes, se développent sur les bras ; enfin, l’affection s’est manifestée sur la jambe droite depuis six semaines.
Etat actuel. — Homme de grande taille au teint coloré, il a fait abus de boissons alcooliques.
Sous le jarret gauche, on voit une plaque allongée, d’un rouge foncé, sèche, fendillée et couverte de croûtes minces et noirâtres; de temps en temps, il existe une sécrétion .séreuse : les démangeaisons sont très-vives.
Sur la face dorsale dè l’avant-bras gauche, on observe une large plaque rouge, couverte de minces croûtes, jaunâtres et humides ; sur quelques points, se trouvent des érosions du derme produites par le grattage.
Sur les limites de la plaque, la rougeur se confond insensiblement avec la coloration normale de la peau, et l’on voit une desquamation furfuracée.
Sur le bras droit (sur la moitié du bras), se remarque une surface rouge, couverte de lamelles minces et jaunâtres. Le prurit est très-intense dans ce point.
Sur la partie postérieure de la jambe droite, existe une plaque d’un rouge foncé, couverte à son centre de croûtes
jaunes, humides et foliacées ; çà et là, quelques croûtes brunâtres et érosions du derme. On voit des papules de prurigo sur tout le membre inférieur droit.
Enfin, on remarque des plaques d’eczéma disséminées irrégulièrement sur la paroi abdominale et accompagnées de démangeaisons très-vives.
D’ailleurs l’appétit est conservé, les digestions se font bien.
Obs. XXVII (idem, obs. XXIV.) — Eczéma herpétique chez un enfant de trois ans.
Henri-Léon-Victor, âgé de 3 ans, entré le 10 février 1860.
Antécédents. — La mère est âgée de 33 ans; elle n’a jamais présenté aucun signe de scrofule.
Dans sa jeunesse épistaxis-; à l’âge de 15 ans menstruation qui est abondante et régulière.
A cette époque, il a existé une fièvre typhoïde grave; consécutivement, apparition de migraines fréquentes, avec douleur lancinante. Il y a eu deux grossesses ; l’un des enfants est mort à l’âge de trois mois. D’ailleurs cette femme présente un teint pâle, se trouve douée d’une constitution sèche et d’un tempérament nerveux.
Le père de l’enfant est âgé de 28 ans. Il jouit en général d’une bonne santé ; il est seulement affecté de migraines qui reviennent à des intervalles irréguliers et éloignés. D’un autre côté, il est tourmenté souvent par des éruptions de petits boutons qui recouvrent tout le corps en déterminant des démangeaisons atroces ; il est quelquefois obligé de quitter le lit et de passer la nuit sur le carreau.
Quant à l’enfant, il est bien constitué ; il avait de l’embonpoint quand il a quitté sa nourrice. Au bout de deux mois après le sevrage, éruption vésiculeuse et croûtes dans le cuir chevelu : une pommade (?) fit promptement disparaître l’affection. Bientôt, après trois mois, l’eczéma, qui existe en ce moment, se développa d’abord sur la figure
puis sur la partie supérieure des cuisses et dans le pli de l’aine.
Obs. XXVIII, ( Personnelle ).
Madame K... concierge, rue Monge, n’est plus réglée depuis deux ans. Depuis l’âge de dix-huit ans, elle est trèssujette à des migraines. A cet âge, ayant pris une purg’ation pendant l’époque menstruelle, elle tomba malade, devint excessivement faible, sa peau devint jaunâtre ; elle était très essoufflée lorsqu’elle montait un escalier, et était obligée de s’asseoir en se promenant dans le jardin, etc. (chlorose).
Elle est très-constipée ; a quelquefois de mauvaises digestions, pour lesquelles elle a pris du hi-carbonate de soude, et de l’eau de Pullna. Elle a eu à deux fois différentes une affection cutanée qui lui donnait de très-vives démangeaisons par tout le corps : on la traita avec la liqueur de Fowler. Elle eut aussi du pityriasis capitis trèsaccentué qui fut traité par Mahon. Ses cheveux sont noirs et assez épais, peu de blancs. Le lendemain des migraines, elle en trouve plus dans son peigne que les autres jours.
La migraine ne coïncide pas, n’a jamais coïncidé avec les règles : à ce moment-là elle est mieux que j amais :
Les migraines viennent irrégulièrement, soit après une contrariété soit sans cause apparente. La veille souvent elle se sent plus en train qu’à l’ordinaire, et a davantage d’appétit.
La douleur siège dans le front, l’orbite, la tempe, l’occiput. La douleur occipital la fait particulièrement souffrir. Elle n’a aucun phénomène du côté de la vue, pas de pleurs. Les vaisseaux de la tête battent avec plus de force ; battements douloureux. A pris autrefois du sulfate de quinine qui l’a soulagée momentanément ; le bromure de potassium lui a aussi diminué ses accès ainsi que le salicylate
de goude. Les accès la prennent le matin, le plus souvent après un malaise vague ; ils durent toute la journée.
Elle vomit quelquefois mais rarement, des glaires, comme de l’eau ; une seule fois elle vomit des matières amères. La nuit elle souffre davantage ; pendant sa migraine elle a envie de dormir ; mais, si elle-se couche, elle souffre bien plus ; elle se lève même quelquefois pendant la nuit afin de moins souffrir.
La migraine passe le lendemain au milieu de la journée.
Lorsque la migraine est forte, elle ne peut ni manger ni boire ; elle boit et mange lorsqu’elle est plus légère.
A la campagne ses migraines la prennent moins souvent ; c’était le contraire lorsqu’elle était plus jeune ; alors elle se portait beaucoup mieux à Paris qu’à Bourg-la Reine.
Sa fille âgée de 18 ans a une migraine à chaque menstruation, lorsque l’écoulement menstruel a déjà commencé. Ce jour-là elle ne peut pas boire. Chaque migraine est accompagnée de diarrhée. Elle n’a pas la diarrhée dans l’intervalle. Elle n’a jamais la migraine en dehors des règles.
Obs. XXIX. ( Personnelle ).
B..., concierge,32, rue des Ecoles, 40 ans, sœur de onze enfants. Sa mère, avait la migraine très-fréquemment, au moins une fois par semaine.
Sur les onze enfants, il n’en reste que cinq: trois garçons et deux filles. Une fille morte avait la migraine ; une autre l’a, et deux garçons l’ont, une sœur morte de cancer de l’utérus.
Quant à elle, elle est très-rachitique, elle n’a marché qu’à 5 ans ; a eu sept grossesses. A la première on a fait une céphalotripsie ; les autres accouchements ont eu lieu par le forceps ou prématurément. Il ne survécut pas un
seul enfant. Dubois, Pajot, Depaul, Mattéi et autres prirent part à ses accouchements.
Réglée à 12 ans : le flux sanguin dure deux jours : Le premier la quantité de sang est très-minime, le second très-abondante. Depuis sa puberté elle a une migraine à chaque période cataméniale, la veille et le lendemain des règles. La migraine dure un jour, une nuit et une partie du lendemain.
Elle souffre tantôt dans l’œil, tantôt dans le front, ou l’occiput ; c’est à cette place que la douleur la fait le plus souffrir. Elle ne voit pas d’étincelles pendant ses accès, mais voit mal, ne peut pas lire du côté malade.
Elle prévoit sa migraine deux ou trois jours à l’avance par une certaine douleur de tête et une diminution de la vue du côté qui doit être atteint, à droite le plus souvent.
Lors des accès elle est pâle, le front est ridé ; parfois les paupières et les muscles de la face du côté malade remuent involontairement.
L’œil ne pleure pas; elle le ferme à la lumière ; cela diminue un peu sa douleur •. bourdonnements d’oreilles ; ne mouche pas plus que d’habitude. Elle sent battre la temporale qui est dure sous la peau.
Elle vomit quelquefois de la bile.
Le jour où elle a sa migraine, elle est plus impressionnée, plus agacée ; elle rêvasse et a des cauchemars pendant la nuit ; n’a rien remarqué du côté de l’urine.
Depuis quelques années les migraines n’accompagnent plus les règles ; mais viennent irrégulièrement et plus fré quemment. Pendant ses grossesses, bien qu’ayant encore la migraine, elle l’avait moins souvent.
Ses migraines viennent maintenant à propos d’une contrariété ou sans cause appréciable.
Assez bonne digestion. Constipation. Depuis une de ses couches, elle prend tous les jours des pilules d’opium ; elle
prétend qu’elle ne pourrait pas dormir sans cela. Elle est arrivée à prendre sept grammes d’opium brut en trois jours.
Elle s’endort plus difficilement encore lorsqu’elle a la migraine, mais malgré le sommeil la douleur ne passe pas. Pas de maladie nerveuse dans sa famille, pas de goutte, pas de rhumatisme, pas d’asthme. Ses parents sont morts vieux. Avant d’être mariée elle a eu de fréquentes attaques d’hystérie, passées depuis longtemps. Dans le pays on disait qu’elle tombait du haut-mal. Son mari qui est très-vigoureux se flatte d’être pour beaucoup dans sa guérison. Elle est restée très-nerveuse.
La malade se plaint aujourd’hui (15 mai 1878) d’une douleur dans un bras : elle aurait eu froid pendant la nuit.
Elle a eu, il y a quelques années, une maladie de peau qui la démangeait beaucoup. Son mari prétend lui avoir guéri avec un mélange d’acide sulfurique et d’eau. Dernièrement elle a eu une autre affection cutanée, qui s’est dissipée d’elle-même très-vite.
Obs. XXX ( Personnelle ).
M., étudiant en médecine, 25 ans, assez bonne constitution. A l’âge de 6 ans, scarlatine suivie d’anasarque.
Père atteint de dilatation bronchique et d’emphysème.
Sa mère, très-impressionnable, nerveuse, a la migraine toutes les trois semaines. Un frère a la migraine tous les mois.
De 14 à 19 ans. M. eut la migraine à peu près toutes les trois semaines. Cependant en hiver elles étaient plus fréquentes qu’en été. Il en était de même par les temps brumeux. En été elles ne se manifestaient guère que tous les mois et quelquefois moins souvent.
Au lever il survenait un malaise indéfinissable, accompagné de fréquents bâillements, et de pandiculations. A ce
malaise se joignait une grande envie de dormir, bien que le sommeil de la nuit ait été très-suffisant. Puis la douleur ' de tête se produisait insensiblement, et croissait rapidement sitôt qu’elle était fixée, à gauche le plus souvent. C’était une douleur semblable à celle que produiraient des coups de marteau dans cette partie de la tête ; une sensation de battement, de trop-plein dans la région temporale. La douleur de tête allait toujours croissant, et s’exagérait par le bruit et surtout par la lumière.
La marche produisait le même effet. Le malade ressentait le besoin de se tenir dans l’obscurité.
Frissons le long de la colonne vertébrale; fourmillements dans les pieds et les mains. La parole était embarrassée, il passait des mots en parlant.
Le même trouble existait, du côté de l’écriture : M. était alors au lycée : pour aller à l’infirmerie lorsqu’il était pris de ses accès, et qu’il n’y pouvait plus tenir, il lui fallait faire un bon, qui devait être signé du maître d’étude. Or il lui était souvent impossible d’écrire : Bon pour aller à Vin - firmerie ; ou bien il sautait le mot aller ou un autre mot ; ou il lui arrivait de répéter deux fois le mot pour. Il s’est vu souvent obligé de faire faire son bon par un camarade.
À ces troubles se joignaient des zigzags noirs qui passaient devant ses yeux. Il avait aussi de la diplopie, et s’il voulait saisir le bouton d’une porte ou tout autre objet, il mettait souvent sa main à côté.
Inappétènce, anorexie complète ; constipation ; pas d’envie d’uriner.
Les nausées commençaient alors â se produire, puis les vomissements; quelquefois après les vomissements il parvenait à s’endormir; mais le plus souvent cela lui était très-difficile. Le lendemain, au réveil la migraine était â peu près dissipée. Urines épaisses, assez abondantes ; appétit.
J’ai déjà dit que ces migraines ont duré de 14 à 19 ans ; depuis lors elles ont changé d’aspect : les accès ne sont plus les mêmes ; ils consistent maintenant en simples maux de tête avec plus ou moins de malaise.
J*ajouterai que M. a un très-grand nombre de cheveux blancs ; pas plus d’un côté que de l’autre.
Il porte aussi sur le devant de la poitrine quelques plaques de pityriasis.
Obs. XXXI (H. Lebert, Traité pratique des maladies cancéreuses. — Paris » 1851. — Tumeurs du cerveau, page 776.)
Chez cinq autres individus, les accès plus intenses, qui survenaient au milieu d’une céphalalgie habituelle, s’accompagnaient de vertiges, de nausées et de vomissements plus on moins abondants, qui, en l’absence des autres symptômes, auraient pu faire confondre ces accès avec ceux de la migraine. Cette dernière forme existait chez uti de nos malades chez lequel ces apparentes migraines s’accompagnaient d’engourdissement et de fourmillements passagers du côté droit. Il ne faudrait cependant pas trop se hâter de prendre une migraine qui s’accompagnerait de ces signes précurseurs de la paralysie, pour l’expression d’une lésion cérébrale essentielle et grave. J’ai eu moimême, dans ma vie, trois accès de ce genre, l’un au commencement de 1845, le second en 1847, et le troisième à la fin de 1849, accès qui débutaient par de l’incohérence dans les idées, de la difficulté de trouver les mots, et dé l’engourdissement dans la langue et les derniers doigts du côté droit, malaise qui se compliquait au bout d’une heure ou deux d’une douleur sus-orbitaire droite très-vive et s’accompagnait bientôt d’abondants vomissements suivis immédiatement de la cessation du trouble dans les idées et de l’engourdissement, et qui ne laissaient pas plus de trace
le lendemain que les migraines ordinaires auxquelles je suis sujet.
Obs. XXXII (Legroux, de l'Aphasie, Tli. Agrégation, 1875).
Les deux observations qui suivent lui ont été communiquées par M. Charcot. — Aphasie dans un cas de migraine. — Hémiopie. — Engourdissement de la main droite.
Madame M., de Tours, femme nerveuse, hypocondriaque, âgée de 30 ans, a, le 7 mai 1872, un accès de migraine, pendant lequel elle vit des soleils de feu, puis elle eut une hémiopie avec obscurité à droite. Tout à coup elle éprouva une constriction dans la main droite et le poignet. De plus, un peu de fourmillement se produisit dans la bouche. Enfin, survint un accès d'aphasie très-nette. Le tout se termina par un mal de tête violent et des nausées.
Il y a un an, nouvel accès pendant lequel la main droite est engourdie et insensible. L’engourdissement est suivi d’aphasie.
Troisième accès semblable en 1873.
Ces phénomènes, aphasie, hémiopie et engourdissement ne se reproduisent pas dans tous les accès de migraine.
Obs. XXXIII (id.). — Aphasie. — Engourdissement dans le membre supérieur droit pendant les accès de migraine.
M. X,, d’Elbeuf, âgé de 30 ans, éprouve des migraines périodiques, précédées de fourmillements dans le membre supérieur droit, dans la joue gauche et de phantômes vibratoires dans l’œil gauche. Pendant deux ou trois heures, le malade ne peut pas parler correctement, non pas qu’il ne puisse parler tout à fait, mais il prononce un mot pour un autre sans pouvoir s’en empêcher.
Bientôt surviennent des nausées ; les fourmillements cessent, le malade est obligé de se coueber, et la crise dure environ vingt-quatre heures. Dans certaines crises, les fourmillements siègent dans le bras gauche. Lè malade n’a pas su se rappeler si, dans ces cas, il était également aphasique.
Obs. XXXIV (Monneret et Fleury, Compendium de médecine. Paris, 1845, t. IV, p. 75).
Un de nous a eu l’occasion d’observer un fait semblable chez une jeune fille. La migraine débutait par un engourdissement qui, du petit doigt de la main, passait à la langue et déterminait une difficulté extrême dans l’articulation des mots.
Obs. XXXV (Tissot, de la Migraine. Œuvres complètes, t. XI. Paris, 1813).
Un officier au service de l’Autriche a, depuis l’âge de 9 ans, la migraine tous les deux mois, quelquefois plus souvent; il a été, pendant plus d’une année, sans l’avoir. Elle commence par les yeux : il voit tout à coup trouble, comme une personne qui a regardé le soleil pendant dix minutes. Ensuite un bras et une jambe du même côté, et un jour d’un côté, un jour de l’autre, s’endorment; frissons comme s’il avait des fourmis. La même chose se passe à la bouche, à la langue, et, pendant ce temps, il éprouve de la peine à parler. Cela dure un quart d’heure. Ensuite les douleurs de tête commencent, seulement aux tempes ; elles restent très-fortes sept à huit heures. S’il vomit, il éprouve du soulagement. Les migraines le prennent en toute saison et à toute heure. La saignée le soulage peu. L’air d’Olmutz, qui est malsain, rend les accès plus fréquents.
Obs. XXXYI (Tissot, d’après Ch. Lepois (Carolüs Piso),
Une jeune fille de 12 ans fut attaquée d’une violente migraine, qui la faisait souffrir dans l’œil, la tempe et l’oreille gaucbe. Elle éprouvait en même temps un sentiment de fourmillement qui commençait par le petit doigt de la main du même côté, gagnant successivement les autres doigt3, l’avant-bras, le bras, le cou, lui occasionnant une violente rétraction spasmodique de la tête et un spasme de mâchoire accompagné d’une faiblesse générale de tout le corps sans perte de connaissance. Cet accès, véritablement effrayant, se termina par un vomissement d’eau bilieuse. Les accès suivants ne furent jamais si violents; la douleur était principalement forte aux tempes, et laissait un peu d’engourdissement dans le bras et la jambe du même côté pendant une couple de jours.
Obs. XXXYIf (Tissot, d’après Van der Linden ; de Hemicraniâ menstruâ, in-4°. Leid., 1760).
Une marquise de Brandebourg, âgée de 31 ans, d’une taille moyenne, assez délicate, bien réglée, ne faisant pas d’excès, d’une bonne santé, à part quelques attaques d’hypocondrie et quelques fluxions. — C’est à cette disposition hypocondriaque qu’il faut attribuer ce flux prodigieux d’urine qu’elle éprouvait cinq ou six fois par an, pendant lequel elle urinait au moins dix fois au delà de ce qu’elle avait bu. — Ayant quitté le vin parce qu’il lui donnait mal à la tête, éprouvait tous les mois, ordinairement la veille, quelquefois à la fin de ses règles, une forte migraine, qui attaquait tantôt un côté, tantôt un autre. Elle commençait toujours: par un sentiment de froid, des nausées et un peu de douleur à l’estomac. Elle avait cherché à dissiper cet accident en se promenant, mais l’exercice avait constamment augmenté les migraines. Le lit diminuait la douleur
de tête et d estomac, mais les nausées et une salivation claire duraient autant que les douleurs, qui finissaient ordinairement après vingt-quatre lieures. Alors elle se levai^ bien portante et mang*eait comme à l’ordinaire. Mais pendant l’accès, les douleurs étaient si vives qu’elle ne pouvait ni parler, ni avaler, ni faire un mouvement.
Obs. XXXVIII. — (L. A. Bonnal. Revue mensuelle de médecine et de chirurgie ; 10 avril 1878). — Migraine ophthalmique datant de 25 ans, caractérisée par des accès douloureux avec symptômes épileptoïdes, traitée et guérie par le bain d’air cbaud.)
Morello, Jean, âgé de 40 ans, né à Saluces, province dé Coni (Piémont), est sujet depuis l’âge de 13 ans et demi à des accès douloureux avec symptômes épileptoïdes, sans chute ni perte de connaissance, qui jusqu’au premier novembre 1875 se sont régulièrement manifestés tous les mois, trois fois au moins et quatre fois au plus.
Sa mère est morte à l’âge de 72 ans, à la suite d’une maladie aiguë. Elle avait toujours joui d’une bonne santé, mais elle éprouvait assez souvent des douleurs à la tête, qui ne l’empêchaient pas de vaquer à ses occupations.
Son père, mort aussi à l’âge de 72 ans, a été atteint à neuf ou dix reprises différentes d’un violent mal de côté qui le forçait à garder le lit pendant, huit ou dix jours et pour lequel on le saignait très-abondamment. Ce mal siégeait toujours à la partie antéro-latérale des trois dernières côtes, du côté gauche de la poitrine ; il n’était accompagné ni suivi d’aucune expectoration, et un intervalle d’au moins un an séparait toute nouvelle manifestation de la précédente. Enfin l’unique sœur de Morello est morte des suites d’une opération césarienne. Tous ses oncles et toutes ses tantes, tant du côté paternel que maternel, sont arrivés à un âge fort avancé, et il n’a jamais
appris qu’aucun membre de sa famille eût été atteint de troubles nerveux.
Morello présente toutes les apparences d’une robuste constitution. Sa taille est un peu au-dessus de la moyenne, et il est parfaitement constitué. Sa figure est très avenante ; son intelligence est vive, son caractère assez insouciant. Il a reçu une assez bonne instruction, et, pendant quinze ans, il a été employé dans les bureaux de la douane italienne.
Ce fut à l’âge de 13 ans et demi, comme il a été dit déjà, que se manifesta le premier accès, et sans cause déterminante appréciable. La santé de Morello avait été jusquelà excellente, pas d’onanisme, et ce n’est que plus tard qu’il a commencé à voir des femmes.
Trois mois- après ce premier accès- il en survint un second, qui fut suivi cinq mois après d’un troisième. A partir de ce dernier, les accès se montrèrent pendant 25 ans quatre fois au plus et trois fois au moins par mois, laissant entre eux un intervalle minimum de sept jours, cliaque accès était annoncé, dès la veille, par une douleur constrictive à la nuque, d’autant plus intense qu’il était plus violent. Il débutait ordinairement par un sentiment d’oppression précordiale et par un trouble de la vision avec strabisme et obscurcissement de la vue. Le malade voyait des nuages dans lesquels apparaissaient des arcs lumineux et vacillants, sortes de lignes de feu en zig-zags présentant un scintillement continuel, phénomènes en tout semblables à ceux signalés par Piorry et qui lui ont fait admettre une forme particulière de migraine, qu’il a nommée irisalgique.
Si la crise le prenait chez lui, Morello fuyait immédiatement la lumière et allait s’enfermer dans une chambre obscure. Si au contraire il se trouvait hors de sa demeure, averti par ces prodrômes, il cherchait aussitôt à regagne*
— lio —
son domicile et parvenait à se diriger en mettant une de ses mains snr l’œil droit, sans toutefois réussir à faire cesser complètement le strabisme. Après un intervalle variant de,cinq à quinze minutes, il éprouvait au petit doigt de la main droite, quelquefois à l’annulaire, une espèce de fourmillement qui gagnait le poignet, puis le coude et qui, à deux ou trois reprises différentes, passait du coude au petit doigt et réciproquement. Tous les mouvements <Ju bras étaient conservés, et il se bornait à le frictionner vigoureusement avec la main gaucbe non atteinte. Après quelques minutes, ce spasme passait du coude, qui restait engourdi, au nez, à l’œil droit et à la langue, et le malade ressentait au visage comme des secousses électriques. La moitié droite de la langue se tuméfiait, et la pointe se t dirigeait du même côté. La parole devenait alors difficile, embarrassée et quelquefois impossible ; il lui arrivait même de dire un mot pour l’autre, mais il en avait la parfaite conscience. Il n’y a jamais eu ni cri, ni vertige, ni perte de connaissance, ni cliute. Marello s’est toujours rendu compte de ce qui se passait autour de lui, il a toujours eu conscience des phénomènes qu’il éprouvait.
Pendant cette période, qu’on peut appeler période de concentration, le visage était pâle, et Morello éprouvait sur tout le corps des frissons avec une vive sensation de froid, qu’il cherchait à faire disparaître en se frictionnant vigoureusement avec les mains. Cette première période durait une demi-heure au moins et assez souvent plus. Alors commençait une seconde phase, caractérisée par une douleur croissante, qui débutait à la région temporale droite et gagnait le sommet du crâne, dont elle envahissait toute l’étendue. Les symptômes généraux et locaux de la première période diminuaient constamment, au fur et à mesure que la douleur temporale s’établissait. Le malade, qui jusque-là avait fui la lumière avec le plus grand soin,
demandait alors qu’on ouvrît largement les fenêtres. Souvent alors survenaient des nausées ; mais, deux fois seulement en 25 ans, il lui est arrivé de vomir et de rendre, après une heure de violents efforts, un demi-verre d’un liquide amer, visqueux et jaunâtre. Ces deux fois, les spasmes des hras et du visage disparurent et reparurent à plusieurs reprises.
La douleur crânienne parvenait en quinze minutes au summum d’intensité, restait stationnaire pendant quarante-cinq minutes environ et faisait éprouver à Morello une sensation de pulsation violente du cerveau contre la cavité osseuse, comme si les os allaient être brisés. Le tabac à priser paraissait lui procurer quelque soulagement, et il en prenait avec délices, mais jamais en dehors de l’accès. Par contre, il ne pouvait alors supporter l’odeur de la fumée de tabac, quoiqu’il fumât journellement trois ou quatre cigares, La durée totale de l’accès variait entre quatre et huit heures, puis la rémission complète avait lieu. La nuit suivante, Morello. dormait profondément, et se réveillait le lendemain très-dispos. Seulement, il remarquait que de sa tête s’échappait une poussière blanche, très-tenue et très-abondante, comme si la veille il s’était fait poudrer.
Quoique les accès se répétassent trois ou quatre fois par mois au plus, le malade ne pouvait guère compter que sur cinq à six jours de santé entre chacun d’eux. Si, à partir du cinquième jour, il allait au bal et ne s’en retirait pas de bonne heure, ou s’il se livrait à des excès vénériens, le surlendemain voyait indubitablement apparaître un nouvel accès. En revanche, les excès de table étaient sans influence. — Du reste, comme tous les troubles nerveux, ces accès variaient de forme, de durée et de force. Parfois, plusieurs symptômes manquaient; mais l’oppression précordiale, ^obscurcissement de la vue et la douleur crânienne ne
faisaient jamais défaut. Ces symptômes se dissipaient complètement après vingt ou trente minutes, et la durée totale de l’accès n’était que de deux ou trois heures. Parfois aussi l’aura parcourait le bras gauche au lieu du droit ; mais à la face, à l’œil et à la langue, c’était toujours du côté droit que s’observaient les symptômes caractéristiques de l’affection.
Morello dont le père possédait une certaine aisance, a vu un très-grand nombre de médecins, parmi lesquels MM. Sperino et Pacehiotti, de Turin. Il ne peut désigner les nombreux remèdes qu’il a pris, mais aucun d’eux n’a jamais eu d’autre influence que celle de rapprocher les crises. Une fois cependant, après l’application à l’anus de douze sangsues, un intervalle de quinze jours s’écoula entre le précédent accès et celui qui suivit ; mais, en revanche, ce dernier fut d’une violence extrême. Il avait du reste remarqué que plus les accès étaient fréquents, moindre était leur intensité.
Le 2 novembre 1875, Morello se présente au Hammam de Nice et demande à y entrer en qualité d’apprenti masseur. Il a avoué depuis qu’il avait été poussé de lui-même à cette démarche par le désir d’essayer de se guérir par ce nouveau mode de traitement. Je consentis à le prendre ; mais, pour m’assurer s’il avait l’intention bien arrêtée de faire son apprentissage, je le fis immédiatement entrer dans la salle chauffée à 50 degrés centigrades, avec faculté de passer dans celle chauffée seulement à 40 degrés centigrades, et l’y laissai trois heures sans sortir. Séance de même durée dans l’après-midi et les jours suivants, chacune d’elles se terminant par une piscine froide.
Dans la soirée des deux premiers'jours, il a éprouvé de la pesanteur de tête et un peu d’obscurcissement de la vue; mais ces phénomènes n’avaient rien de commun avec ceux qui se manifestaient lors des accès. Du reste, à partir du
troisième jour, l’accoutumance était complète ; il put séjourner et travailler dans l’étuve sans éprouver le moindre malaise.
Quatre jours avant son entrée au Hammam, Morello avait eu un accès très-violent ; vingt jours après, à dix heures du matin, pendant qu’il faisait un massage, il éprouva un peu de trouble de la vision et une légère douleur sur le crâne. Mais il n’en continua pas moins son travail ; une demi-heure après, ces prodromes avaient disparu. Ils reparurent deux mois plus tard, pour la dernière fois jusqu’au jour du départ de Morello pour Coni (15 juin 1876).
Le traitement a été interrompu jusqu’au 15 novembre suivant. Pendant cette période, Morello a eu deux accès légers, l’un au mois de juillet, l’autre au mois de septembre. Le traitement, recommencé le 15 novembre 1876, a étécontinué jusqu’au mois de mars 1877 avec certaine modification importante à noter. Morello n’était plus employé au Hammam ; au lieu de passer la journée dans l’étuve, il n’y restait qu’une heure tous les deux ou trois jours. En décembre deux accès ; le premier a duré deux heures, mais Morello n’a pas été obligé de rentrer chez lui ; le second a été très-léger. II ne s’en est pas présenté d’autre jusqu’au 20 mars 1877, époque à laquelle je l’ai vu pour la dernière fois.
Obs. XXXIX. (Pelletan t coup d’œil sur la migraine et ses divers traitements. Paris, 1832.)
J’ai observé une seule fois un cas analogue : Une femme de 29 ans était sujette depuis l’apparition des règles, à des migraines survenant ordinairement avant l’époque mensuelle. L’accès durait ordinairement deux jours. Les douleurs étaient fixées vers l’angle interne des yeux et la racine du nez, térébrantes et donnant la sensation d’un cercle de
fer. Lorsqu’elles étaient dans la plus grande intensité, elles déterminaient des mouvements convulsifs dans les paupières, les tempes, les joues pendant toute la durée de l’accès. Cette femme présentait tous les autres symptômes de la migraine. Le surlendemain elle jouissait de la santé la plus parfaite. L’angle interne des paupières était comme rentré et enfoncé, et la racine du nez paraissait déprimée.
Obs. XL. (Guyon : Troubles digestifs chez les urinaires ;
Rev. mensuelle de méd. et de c/m*., janv. 1878, page 55.)
A côté de la dyspepsie simple ou compliquée, se place une forme aussi rare que curieuse des troubles digestifs : je veux parler de la migraine. Plusd’an de vous a peut-être éprouvé un sentiment d’étonnement à ce mot de migraine. Si cependant vous voulez bien vous rappeler que la plupart des migraineux, instruits par l’expérience, n’bésitent pas à rapporter leur céphalalgie-à une digestion mauvaise, bien loin de vous étonner de l’existence de ce symptôme au cours des affections urinaires, vous serez surpris de ne pas le voir plus souvent.
Quelle que soit d’ailleurs l’interprétation qu’on donne à la migraine, qu’on la considère comme un phénomène purement nerveux, ou qu’on la rattache, comme je vous l’indique, à des phénomènes d’ordre digestif, il n’est pas permis de mettre en doute son apparition sous l’influence des troubles urinaires.
La première fois qu’il me fut donné d’observer ce type morbide, il s’agissait d’un malade de la ville près duquel je fus appelé pour une rétention d’urine consécutive à un rétrécissement. Bien que difficile, la dilatation fut entreprise et menée à bonne fin. Quel ne fut pas l’étonnement du malade de voir disparaître, en même temps que la difficulté très-ancienne- des mictions, des migraines violentes auxquelles il était sujet depuis plusieurs années. Or, ces
migraines étaient bien sous la dépendance des lésions urinaires comme le montra la suite de l’observation. Le rétrécissement se reproduisit; les migraines reparurent en même temps que les troubles de la miction, et offrirent le même caractère de fréquence et d intensité que par le passé. Cette fois l’urétbrotomie fut pratiquée et grâce à elle le malade obtint d’une façon définitive, la libre émission des urines et la disparition complète de toute migraine.
Le malade est au nombre de ceux que je puis suivre. Depuis 1874, la guérison du rétrécissement et des migraines ne s’est pas démentie.
Guyon ajoute en note : La plupart des malades qui ne se remettent pas franchement des accès de fièvre, vous accuseront le mal de tête , comme le symptôme dominant. Beaucoup de ceux qui n’ont que de petits accidents urineux insignifiants, à la suite d’un cathétérisme ou d’une opération, accuseront aussi la céphalalgie. Les malades s’en plaignent en général, surtout au réveil.
Obs. XLI. (Tissot, d’après Wepfer, obs. 47. Page 122).
Une religieuse cessa d’avoir ses règles à 48 ans, à partir de cette époque elle eut la migraine.
Obs. XLîI. (Tissot. Page 122.)
J’ai vu un homme âgé de 40 et quelques années qui ayant été sujet aux migraines depuis longtemps et les ayant perdues sans aucune cause apparente tomba dans une diarrhée qui l’affaiblissait considérablement : son estomac était dérangé, sa santé mauvaise, et tout ce qu’on lui avait ordonné ne lui faisait aucun bien. Un long usage de Thériaque des pauvres, ordonné par un habile médecin rappela les migraines, mais moins régulières et moins fortes : La diarrhée cessa, et les digestions se rétablirent
un peu, mais l’estomac n’a jamais repris toutes ses forces, et le malade est resté sujet à des indigestions de temps en temps.
Obs. XLIII. (Id.)
J’ai été consulté par une dame de Lyon âgée d’environ 50 ans, qui ayant eu plusieurs années des migraines régulières, les avait perdues et était sujette depuis ce moment à un véritable asthme convulsif, dont les accès étaient très-forts.
Obs. XLIV. (id.)
Un chirurgien était triste et avait de l’humeur quelques jours avant sa migraine. A midi il avait peu d’appétit. Au coucher du soleil il ressentait un froid excessif et l’accès le prenait. Il était obligé de se mettre au lit, de se faire couvrir, et de se tenir assis, sa tête ne pouvant rien toucher. La lumière, le bruit, le battement de sa montre lui étaient insupportables. A six ou huit heures il s'endormait, et le lendemain se réveillait bien portant....
Obs. XLV. (id.)
Un homme sédentaire et studieux fut pris très jeune de la migraine. Elle durait au moins douze heures, et le laissait extrêmement faible pendant un jour. D’éloignées qu’étaient ses crises, elles devinrent fréquentes. Pendant quelques années, elles revenaient tous les mois, tous les quinze jours, tous les huit jours et plus souvent. Elles étaient toujours terminées par- des vomissements. A soixante ans, il n’était pas bien deux jours de suite. Rarement il y avait un plus long intervalle entre deux attaques . Les douleurs étaient moins fortes ; les vomissements moins réguliers, le rétablissement moins complet, et son estomac se dérangea, sa santé s’affaiblit ; la migraine redevint rare, et a mesure qu’elle- s’éloignait les muscles
de sa figure entrèrent dans un état convulsif presque continuel ; et si elle restait plusieurs semaines sans paraître, il avait de très fortes attaques d’étouffements. Elle finit presque entièrement les trois ou quatre dernières années de sa vie, mais il fut tout à fait languissant.
Obs. XLVI (id.).
Chez une autre dame elle attaquait presque toujours le même côté, si elle venait de l'autre, elle était moins violente ; et il arrivait souvent qu’elle revenait le lendemain du côté ordinaire. Cette même malade n’était soulagée qu’après des vomissements....
Obs. XLYII (id.).
J’ai vu une dame qui avait été sujette pendant plusieurs années à cette maladie, et chez qui elle s’était toujours terminée par des sueurs excessivement abondantes des avant-bras et des mains : Ensuite elle prit, à un certain âge, des sueurs régulières tous les matins, qui l’en délivrèrent absolument.
J’ai été consulté par une dame qui pendant les accès ne voyait que la moitié des objets ; et dans les accès violents il n’est pas rare que la violence de la contraction produise un épanchement de sang qui rend la peau du front, des paupières, des joues même, bleu livide et noire.
Obs. XLVIII (id.) (d’après Ch. Lepois, C. Piso)
Pison à peine à l’âge de puberté, fut attaqué d’une migraine qui revenait à chaque changement de temps, durait plusieurs heures et ne se dissipait qu’après avoir vomi de l’eau épaisse et de la bile. Alors il s’assoupissait, et elle se calmait. Après un voyage en Italie, et surtout après son retour chez lui, les douleurs s’affaiblirent ; cependant les vomissements bilieux et le penchant au
sommeil revenaient assez périodiquement ; et ce qui fut beaucoup plus fâcheux, la migraine se changea en spasmes cruels des lombes et de tous les muscles du bas-ventre, qui l’attaquaient aux changements de temps, à moins que des sueurs régulières et abondantes ne l’en préservassent. Obs. XLIX (Allorv, de la migraine. Thèse, Paris, 1859).
Un de mes amis ne peut oublier impunément un seul jour d’aller à’la selle ; s’il y manque, il a la migraine le lendemain, avec troubles de la vue et vomissements. Il voit tout dans un nuage et, s’il lit, il manque plusieurs lettres à chaque mot. Le malaise survient, puis la douleur et les vomissements. La migraine dure 24 heures. En prenant, dès les premiers symptômes, du laudanum, il s’endort et calme l’accès, qui revient de nouveau le lendemain si, ce jour-là, il ne va pas à la selle.
Obs. L. (Piorry : de la migraine , in Procédé opératoire à suivre dans Vexploration des organes, etc. Paris, 1831).
J’ai vu un individu habitant un appartement obscur, fréquemment affecté de migraine, qui cessa de l’avoir en occupant un logement éclairé.
Obs. LI. (Hervez de Chégoin ( Union médicale , 3 octobre 1874, 3 e série, t. XVIII)
Je connais un homme sujet à la migraine presque constamment, qui s’en guérit tous les ans pour un certain temps par un voyage de deux mois.
Obs. LU (Marc de Molènes : De la migraine, Th.
Paris, 1853.)
Un des élèves les plus distingués de M. le prof. Piorry, M. A... éprouve souvent des accès de migraine oculaire; les souffrances sont très-aiguës et limitées à l’angle interne de l’œil, à l’espace compris entre la tendon de l’orbiculaire et la cornée.
obs. lui {id.y
M. A..., docteur en médecine, a la migraine très-régulièrement tous les trente ou quarante jours; l’accès dure avec les prodrômes une douzaine d’heures, pendant lesquelles la sécrétion urinaire est très-notablement modifiée ; l’urine est aqueuse, claire et limpide comme l eau de roche la plus pure. La fin de l’accès s’annonce par une émission abondante d’urines troubles, bourbeuses et presque noires. Atteint d’une migraine héréditaire dès son bas âge, le docteur A... resta bien des années sans porter son attention sur le caractère périodique des accès, il ne saurait dire aujourd’hui s’ils présentèrent ce type au début; ce qu’il y a de certain, c’est qu’il peut s’exposer impunément à l’action de toutes les causes déterminantes de la migraine, dans les quinze jours qui suivent le dernier accès : le travail prolongé de l’esprit, les fatigues, les écarts de régime, sont impuissants à provoquer une nouvelle attaque avant le jour fatal. Quand ce jour approche, il suffit au contraire de la plus légère cause pour faire éclater l’accès, et les derniers jours qui le précèdent sont marqués par des prodrômes constants : lassitu.de extrême, malaise indéfinissable, répugnance à tout ce qui demande une attention soutenue. Pendant l’accès, M. A... ne peut supporter la société, même les personnes qui lui sont chères ; il marche constamment au milieu des quartiers populeux, recherchant l’air, le soleil et le tumulte ; le bruit des tambours, l’horrible vacarme d’un charlatan de place publique, lui apportent du soulagement. La fin de l’accès coïncide, ainsi que nous l’avons déjà dit, avec une émission très-abondante d’urines noires et bourbeuses. Les jours suivants, M. A... jouit
une santé parfaite ; l'énergie fonctionnelle de tous les organes semble doublée,- jusqu’à ce que le temps du nouvel accès soit proche. Si, pour les besoins de sa pratique ou
d’autres intérêts, il veut retarder de quelques jours l’invasion de la migraine, M. A... redouble d’attention et s’entoure de tous les soins hygiéniques convenables ; il peut la provoquer avant le terme ordinaire par des moyens opposés. Mais ce n’est pas impunément qu’il trouble la périodicité ; l’accès retardé de 5 ou 6 jours seulement, sévit avec une intensité beaucoup plus grande et dure plus qu’il n’aurait fait, tandis que l’accès provoqué d’avance est plus
court et moins violent..........
Ce qui rend cette observation plus intéressante, c’est que M. À... nous affirme que sa migraine d’aujourd’hui n’est pas du tout celle qu’il avait autrefois ; la marche, les allures, en ont été modifiées ; il n’y a plus de vomissements depuis qu’il se livre, pendant l’accès, au mouvement, aux exercices gymnastiques ; enfin, depuis qu’il a recours à des moyens curatifs tout différents de ceux qu’il employait autrefois.
En 1842, à la suite d’une piqûre anatomique, M. A... fit une longue maladie, pendant laquelle il n’eut aucun accès de migraine. De nombreux abcès dans le membre supérieur restèrent longtemps en suppuration : la migraine ne reparut que 6 mois après la guérison complète.
Obs. LiV (id.).
M. K..., Polonais réfugié, de mes amis, tourmenté chaque mois d’un fiux hémorrhoïdal très-régulier, est sujet à des attaques de migraine, qui ne manquent jamais de paraître la veille ou quelques heures avant que l’écoulement s’établisse ; la migraine disparaît sur-le-champ. Mais, s’il arrive un retard quelconque, les douleurs hémicrâniques occupant la région occipitale deviennent intolérables et durent quelquefois 36 ou 40 heures, jusqu’à ce que le flux ait commencé.
Obs. LV (Tamin : Elude et traitement de Uhèmipèricrànulgic [migraine). Th. P., 1860.)
Chez mon père, l’enchifrènement du nez et la nuit plus ou moins tranquille, sont les principaux avant-coureurs de l’accès.... Je remarquai les prodromes ordinaires delà migraine dont je suis atteint : yeux larmoyants, sentiment de pesanteur au-dessus de l’orbite et dans la fosse temporale, et une raideur excessive dans les mouvements du cou. — Presqu’au même moment ma vue se troubla, un nuage occupait le champ supérieur de la vision et variait rapidement en forme et en position ; il me semblait que mon œil droit sautillait dans son orbite, et les paupières étaient agitées de mouvements convulsifs. — Le nuage disparu, j’eus plusieurs éblouissements successifs, analogues à ceux que produit le soleil vu en face. Quand je fermais les yeux, une impression pénible, indéfinissable, me forçait à les ouvrir presque immédiatement après. -— Je me souviens qù’alors un de mes amis a remarqué l’extrême dilatation de mes pupilles, surtout de celle de l’œil droit. — Cette hallucination dura quelques minutes, puis les artères temporales battirent avec force, un élancement se fit jour, et les douleurs apparurent, dissipant ou plutôt masquant une partie des prodromes que j’ai cherché à décrire. — (Tamin cite des cas de guérison par les bains de mer, l’hydrothérapie et l’électricité ; v. sa thèse).
Obs. LVI ( Personnelle ).
M. T., 52 ans. Son père a eu à 50 ans une fluxion de poitrine, puis une maladie pour laquelle on lui faisait prendre de l’arsenic ; une affection de la peau, qui fut rebelle à plusieurs médications et pour laquelle il fit une saison à Vichy. Puis 11 devint dyspeptique, il fit une saison aux Eaux-Bonnes. Il devint asthmatique; on lui faisait fumer des cigarettes de datura ; on disait aussi qu’il avait une maladie de cœur. A
oO ans il se portait à merveille. Quelques années plus tard, la dyspepsie revint, et il vomissait quelquefois en se promenant, sans cause appréciable.
À 63 ans, il mourut d’hémorrhagie cérébrale, c’était la troisième attaque qu’il avait.
Sa mère, âgée de 64 ans, est très-essoufflée lorsqu’elle monte un escalier. Elle a eu la migraine depuis sa jeunesse jusqu’à l’âge de 60 ans. Cette migraine ne coïncidait pas avec les règles. Elle vomissait toujours, et se trouvait très-soulagée après les vomissements. La migraine commençait généralement pendant la nuit. Elle attribue beaucoup d’accès à une plus grande fatigue ou à une contrariété de la veille. Quoique la migraine n’accompagnât pas les règles, elle était moins fréquente pendant la grossesse et la lactation.
Son frère, âgé de 29 ans. Impétigo dans l’enfance, dartre sur tout le corps. Il a pissé au lit jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans. Furoncles à plusieurs reprises ; varices peu développées ; eczéma à un pied ; ses mains pèlent par petites plaques (vésicules isolées). Rhumes fréquents; point de côté sans fièvre; douleurs erratiques, quelquefois dans un bras, une épaule, dans le dos. Souvent des aphthes dans la bouche. À, depuis son enfance, des ganglions au cou. Un bubon suppuré dans l’aine droite, après des excoriations scrotales ; très-constipé; n’a jamais eu la migraine; cependant il a éprouvé quelquefois une simple lourdeur de tête.
Quelquefois il rêve haut la nuit ; autrefois il a eu un peu de somnambulisme. Sueurs des mains, dents cariées, cheveux abondants.
M. T., étant petit, a eu des convulsions; des sifflements sur la poitrine : cela le prenait la nuit, sa mère le réveillait, lui donnait de l’éther sur un morceau de sucre et il s’endormait.
À 16 ans il eut une dartre rouge sur le nez; plus tard, il en eut une sur le front. A dix-neuf ans, après des excès de boisson et une longue marche, il a été malade pendant huit c. 20
jours ; il avait un grand mal de tête et était obligé de garder le lit. C’est à cette époque qu’il fait remonter ses migraines. Ses migraines viennent assez fréquemment, tous les quinze jours environ, mais pas régulièrement. La douleur le tient d un cote ou de l’autre, dans la tempe, dans l’œil, ou le dessus de la tête. Souvent il ressent des élancements comme s’il recevait des coups de marteau ; ces élancements le font particulièrement souffrir. Il ressent en même temps un malaise général ; mais il n’a jamais vomi. Quelquefois il ressent ces élancements sans avoir la douleur frontale et le malaise. Il est ordinairement pâle pendant la migraine ; il n’a jamais remarqué de chaleur à l’oreille à la fin de l’accès. Lorsqu’il a une faible migraine, une simple lourdeur de tête, il sent qu’il a le sang à la tête. Quelquefois il a la douleur des deux côtés à la fois, mais elle est plus forte d’un côté. Il est très-constipé d’ordinaire ; s'il reste un jour sans aller à la selle, il a beaucoup de chances pour avoir la migraine le lendemain. Chaque fois qu’il a la migraine il a un peu de diarrhée ; il va cinq ou six fois à la selle ; cela le soulage, et s’il y va beaucoup, sa migraine passe plus tôt.
Lorsqu’il a la migraine, il lui vient très-souvent des érections et des envies de coïter. Le coït ne lui a jamais fait passer entièrement un accès, mais l’a constamment diminué, ou fait passer momentanément. Lorsqu’il n’a encore qu’un peu de malaise, de lourdeur de tête, le coït lui procure un grand soulagement et empêche l’accès. L’usage du coït éloigne les accès; la continence les rapproche.
Quelquefois, pendant la migraine, il éprouve un peu de gêne dans le nez ; s’il mouche ^beaucoup, la migraine disparaît.
II a quelques légers troubles du côté de la vue : il voit les objets à travers un léger brouillard.
Il est très-chauve; lorsqu’il a la migraine on les battements dont j’ai parlé, les cheveux rares qui se trouvent au-dessus de
son front se dressent, il est impossible de les faire tenir couchés à l’aide de pommade, et les personnes de son entourage reconnaissent à ce signe qu’il a la migraine.
Il se maria pendant l’été 1875. Quelques jours après son mariage, étant allé au bord de la mer faire un voyage de noce, il fut pris une nuit d’étouffement, de gêne considérable de la respiration ; cela dura quelques heures ; il resta fatigué une bonne partie de la journée qui suivit. Cette attaque ne se renouvela pas, mais, depuis, il eut quelquefois de l’étouffement, par exemple en 1877, avant d’avoir des furoncles. Dans ces moments-là, s'il marche un peu vite, il a de la peine à respirer, et l’étouffement le gêne pour parler.
Depuis un certain temps, le docteur H., son médecin, lui fait prendre des pilules purgatives pour lui faire passer sa migraine; depuis ce temps, la migraine est plus rare; s’il sent un commencement de migraine le matin, il n’a qu’à prendre une pilule pour faire, dans un bon nombre de cas, avorter l’accès.
Un jour, je lui fis lire l’histoire du major de Trousseau qui, ayant fait disparaître sa migraine à l’aide de puissants purgatifs, fut atteint de goutte. Il ne fut pas persuadé.
Mais, dans la nuit du 22 au 23 avril dernier, à minuit, il éprouva une douleur intolérable dans le gros orteil. Le gros orteil était rouge et enflé. Le docteur H., appelé dès le matin, déclara qu’il avait un accès de goutte. Le soir, il eut un peu mal à la tête. Le 24, le gros orteil ne lui faisait presque plus mal; il n’avait pas souffert pendant la nuit; la palpation et les mouvements provoqués de l’articulation métatarso-phalangienne produisaient peu de douleur.
Depuis quelque temps, les migraines étaient plus rares ; il s’était beaucoup fatigué et n’en avait pas eu lorsqu’il s’attendait à en avoir.
Quelques jours après son accès de goutte, ayant encore le gros orteil enflé, il partit pour l’armée territoriale; il fut
obligé de beaucoup marcher, la goutte ne revint pas, mais une nuit, il eut une attaque d’asthme semblable à celle qu’il avait eue pendant son voyage de noce.
Depuis, la migraine est revenue. M. T. a remarqué qu’il était dyspeptique depuis que sa migraine est moins forte.
M. T. a été une fois 11 mois sans avoir la migraine; c’était pendant la guerre, il était au fort d’Issy et au camp de Châlons.
Obs. LYII {Personnelle).
Madame D., 68 ans, sa mère avait la migraine. Sa mère est morte à 82 ans.Epithélioma des glandes sudoripares de la face.
Son père mort à 82 ans, eczéma, surtout aux jambes. Le frère de son père avait la goutte.
Sa sœur (de père seulement), morte à 80 ans. Dans sa jeunesse, quelques attaques d’hystérie; peu d’années avant de mourir, elle en avait encore parfois. Etant jeune, croûtes dans le nez; eczéma, gros rhumes, rhumatisme noueux. Dans les dernières années de sa vie, elle avait souvent des démangeaisons insupportables sur tout le corps surtout la nuit ; quelquefois elle se faisait gratter des heures entières ; lorsqu’elle n’avait pas sa gratelle, comme elle disait, elle était prise de toux et d’étouffements. Elle avait quelquefois de très-grands maux d’estomac. Coliques hépatiques, dyspepsie douloureuse.
Son frère, migraine jusqu’à 50 ans. Dans les dernières années où il avait la migraine, elle durait trois jours : le premier jour il souffrait de douleur de tête et de malaise ; le deuxième, la douleur était si forte qu’il était obligé de rester au lit; le troisième était semblable au premier. Furoncles, érysipèle, eczéma. Souvent, surtout l’été, il lui venait des vésicules isolées d’eczéma sur les doigts. Pharyngite qui l'obligeait à cracher de temps en temps avec râclement pharyngien ; quelques varices ; hernie inguinale. Lorsque les migraines se supprimèrent, il eut des sueurs nocturnes très-abondantes.
Dans les dernières années de sa vie, il était très-dyspeptique: lorsqu’il tardait trop à manger, il éprouvait de violentes douleurs d'estomac. Il mourut d’angine de poitrine à l’âge de 72 ans. Ses cheveux avaient blanchi de fort bonne heure.
Madame D., âgée de 68 ans, a eu à plusieurs reprises des dartres sur la figure. Réglée à 13 ans, la ménopause vint à 36 ans. Yoici ce qu’elle m’écrivit dernièrement au sujet de ses migraines :
« La migraine a commencé à l’âge de 13 ans, je l’ai conservée jusqu’à 36 ; elle me prenait presque toujours en me levant le matin, et allait en augmentant jusqu’au soir. J’étais obligée de me coucher vers deux ou trois heures de l’aprèsmidi; je vomissais beaucoup. Si par hasard je ne pouvais me coucher, si j’étais seule, par exemple, je respirais du vinaigre afin de ne pas me trouver mal.
C’était le lendemain que mes règles me prenaient, soit dans la nuit, soit le matin. J’avais encore la tête très-lourde toute la matinée, la migraine disparaissait vers midi et je ne m’en sentais plus. J’avais alors une colique sourde et une douleur dans le bas des reins, qui me durait à peu près une journée. Mes règles duraient de quatre à cinq jours, le reste du temps je n’avais aucun malaise.
A la quinzaine je n’avais que la migraine qui me durait à peu près le même temps, mais je n’avais pas d’autre malaise. Je n’étais pas constipée et je n’avais pas non plus de diarrhée ; je n'ai jamais pris garde à mes urines.
J’ai toujours eu la migraine du même côté, le côté droit ; jamais une seule fois à gauche. Le temps que j’ai été enceinte de C. je n’ai pas eu une seule fois la migraine, mais j’ai beaucoup vomi. Pour ma petite fille, pas de migraine, pas de vomissements ; je n’ai éprouvé aucun malaise. Je n’ai pas non plus eu de migraine pendant que je nourrissais.
Pour les troubles de la vue, je me rappelle que je disais : j’ai
une si grande migraine que je n’en vois pas clair ; pour les oreilles, je ne me rappelle pas.
Par exemple quand j’étais couchée, je ne savais pas si je dormais ; je n’étais probablement qu’assoupie ; cela me bouillait dans la tête, comme un pot qui bouille auprès du feu ; cela était au plus fort de la migraine, dans la soirée ; le reste de la nuit je dormais assez tranquille.
La colique dont j’ai parlé, et la douleur d.e reins ne me prenaient qu’après la migraine.
Quand j’ai été vieille femme, je n’ai jamais eu la migraine ; depuis je n’ai point été malade, seulement j’ai eu des chaleurs vingt fois par jour ; je ne dis peut-être pas assez. Gela ne durait qu’un instant ; je devenais très rouge, et l’on aurait ramassé la sueur sur les jointures de mes bras. Le cœur me battait très fort, quand cette chaleur me prenait ; cela durait cinq minutes et recommençait un instant après, cela m’a duré au moins dix ans, peut-être quinze. »
Obs. LVIII (personnelle).
Madame X., 27 ans, petite nièce de madame O., qui fait le sujet de l’observation précédente. Sa grand’mère était la sœur de madame D., qui avait du rhumatisme noueux, des coliques hépatiques, de l’eczéma, de gros rhumes, et des attaques d’hystérie (voir l’observation précédente).
La mère de madame X. était faible étant jeune, elle se trouvait mal quelquefois. N’a pas eu d’impétigo du cuir chevelu, a eu pendant longtemps dans le nez, des croûtes qui revenaient sans cesse, A eu une seule fois la migraine bien caractérisée, avec douleur de tête, malaise* vomissement; cette migraine dura deux jours; quelquefois des démangeaisons. Très grasse. La mère de madame X. a un frère et une sœur ; le frère, assez gras, mange très peu; dyspepsies, démangeaisons, conjonctivites, douleurs dans les jointures ; à la suite d’une légère blessure, deux doigts, rétractés. La sœur a été réglée à 10 ans. incontinence nocturne d uriné jusqu’à 16 bu 17 ans; 2 filles, angines, rhumes.
Le père de madame X. a une sœur qui a été choréique ; mère bien portante âgée de 82 ans.
Madame X. a une sœur âgée de 26 ans, qui a eu à 11 mois une diarrhée qui dura sept ou huit mois. Un peu de scoliose, rhumes fréquents, engelures, conjonctivite phycténulaire ; orgeolet.
Madame X. a 27 ans ; engelures : à 15 ans une engelure s’est ulcérée et cette ulcération a duré très longtemps, elle était très profonde; peut-être l’os lui-même a-t-il été atteint. Saison à la Bourboule; guérison complète. De 15 à 17 ans beaucoup d’acné; mariée en 1878; gerçures au sein et abcès. Coliques hépatiques; une fois de l’urticaire.
Yoici ce qu’elle m’écrit à propos de sa migraine :
«J’ai toujours la migraine plus forte que jamais.
J’ai eu la migraine la première fois le 26 août 1858, jour où j’ai eu 7 ans, et jour de la distribution des pris, ce qui fait que je ne l’ai jamais oublié. Depuis cette époque je l’ai toujours eue, plus ou moins souvent; vers 11 ans je l’ai eue, étant en pension, jusqu’à deux fois par semaine ; je suis revenue à la maison, et d’après les conseils d’un médecin, j’ai pris du sulfate de quinine et de la magnésie, ce qui m’a fait du bien. Je ne me suis pas aperçue que les migraines aient été plus fréquentes, au moment où j’ai été formée ; mais ensuite j’ai remarqué que je l'avais souvent le jour de mes règles avant que l’écoulement ait commencé ; mais il y a des exceptions. Dans ce moment je l’ai le premier jour des règles et“ souvent à la quinzaine, c’est donc deux fois par mois. Pendant plusieurs années je l’avais à chaque fois que je faisais maigre, depuis que je suis mariée je ne m’en aperçois plus. Je ne l’ai pas eue le temps où j’étais enceinte ou que j’ai nourri. — Une fatigue extraordinaire en est souvent la cause ; des fleurs ayant une odeur forte, et que je toucherais longtemps, me la donnent aussi, quelquefois une promenade au grand vent. Mais toutes ces causes sont très variables, car quelquefois elles ne me font rien.
La douleur est ordinairement sur un côté du front, sur un œil ; je vois comme à travers un brouillard ; je ne mouche pas, ne pleure pas, je n’ai pas de fourmillements; souvent des frissons; je suis très-pâle, j’ai froid; je vomis presque toujours, et ordinairement je suis soulagée, la migraine passe; quelquefois la douleur change de côté. Voilà deux fois qu’elle est sur le dessus de la tête, je trouve que c’est plus douloureux; j’ai eu aussi la douleur derrière la tête, mais c’est très-rare. Ordinairement je ne mange pas ; le sommeil me fait du bien. Les accès durent toujours 24 heures, mais ne sont pas toujours de même force; je suis le plus souvent constipée; je n’ai pas fait d’observation du côté de l’urine ; je ne ressens aucune excitation des organes génitaux. J’éprouve souvent un malaise général la veille du jour où j’ai la migraine: je suis pâle, les yeux fatigués, et lorsque l’accès est fort, le malaise continue le lendemain ; l’accès commence presque toujours le soir, dure la nuit, la journée, et je n’éprouve du soulagement que vers cinq à six heures, à moins que je ne vomisse plus tôt, ce qui est rare. » J’ajouterai que souvent le lendemain de ses migraines, le cuir chevelu est sensible au toucher.
Obs. LIX ( Personnelle ).
Madame A..., 68 ans, son grand’père avait la goutte, était assez gros, mais pas énorme ; cinq enfants, mort à 78 ans. Sa femme morte vieille, était paralysée depuis deux ou trois ans.
Des cinq enfants, deux sont morts soldats.
Les trois-autres sont:
Une fille, grasse et grosse; s’enrhumait facilement, se plaignait souvent qu’elle étouffait. Morte à 66 ou 67 ans. Cinq jours avant sa mort, perte de connaissance, hémiplégie. — Un fils; migraines très-fortes avec vomissements, s’enrhumait facilement; grosses toux l’hiver. Pesant plus de 100 kilogrammes, chauve, cheveux gris de bonne heure. Mort assez vieux, hémiplégique. Quatre enfants qui eurent tous des convulsions. L’un mort à
27 ou 28 ans, d’une affection de poitrine, eut deux tilles, dont l’une a eu une attaque d’asthme qui a duré quelques mois ; les accès étaient assez fréquents. Une tille, devenue un peu scoliotique à la puberté : trois entants, ont eu beaucoup de convulsions ; tous ont eu de l’impétigo, un mort d’accident ; un d’un mai de Pott, cicatrice au doigt adhérente à l’os; l’autre est trèsvigoureux, a quelquefois de légères migraines.
Et le père de madame A..., pas de migraines, a eu une maladie que l’on a taxée de chaud refroidi venu par la fatigue ; varices aux jambes. Mort à 65 ans, était très-gros, fort. La mère de madame A..., est morte à la suite d’une couche; quinze jours malade. Elle avaitje corps thyroïde un peu développé, mais pas très-gros.
Le grand’oncle de madame A... (èc/éma) était le frère de madame D... (voir une précéd. obs.) et le père du mari de madame A... Madame A..., a deux sœurs; l’une a 70 ans, légèrement scoliotique. Tumeur du corps thyroïde, hémorrhoïdes, dyspepsie, rhumes assez fréquents. Depuis environ un an, vertiges, qui reviennent de temps à autre et ne durent qu’un instant ; les personnes qui sont avec elle ne s’en aperçoivent même pas, palpitations. L’autre a 65 ans, chlorotique étant jeune, tumeur utérine. Un fils et une fille ; le fils a eu des furoncles, des anthrax, des orgeolets. Presque tous les étés il a la diarrhée, légère hydarthrose des deuxgenoux; a eu un chalazion qu’il s’est fait enlever. La fille a eu à un ou deux mois, une hémiplégie ; elle a conservé un côté plus faible. (Son père, gros rhume, dartre sur une paupière et au bras, gros, gras ; deux frères de son père sont morts d’apoplexie ; une sœur, affection cardiaque, une morte après avoir eu la diarrhée pendant trois ou quatre ans. Morte avec jambes enflées, gangrène d’un pied, tumeur intestinale (?) ; deux cousines paternelles mortes tuberculeuses, et deux autres actuellement phymiques).
Madame A..., mariée à son oncle à la mode de Bretagne; le fils du frère de son grand’père, le frère de madame D..., a c. 21
68 ans, migraines, eczéma à plusieurs reprises, presque plus de dents. A eu plusieurs fois un vertige que l’on a nommé vertigo a stomacho lœso; depuis un certain nombre d’années, mouches volantes. Plusieurs fois, des douleurs dans l’articulation métacarpo-phalangienne du pouce. L’articulation devenait rouge, était excessivement douloureuse; cela durait quelques jours. Cela est survenu aussi une fois ou deux à un genou. Depuis deux ans, douleurs musculaires; a eu il y a vingt et quelques années une affection cardiaque aiguë; gros rhumes l’hiver. A été longtemps à avoir la migraine chaque fois qu’elle se couchait sur le côté gauche ; si elle se réveillait pendant la nuit avec cette migraine et si elle couchait sur le côté droit, la migraine passait souvent avec le sommeil. Aujourd’hui, elle se couche indifféremment, de préférence à gauche. L’odeur du musc lui donnait la migraine.
Voici ce qu’elle m’écrivait dernièrement :
« Je me rappelle qu’ayant 5, 6 ou 7 ans, ma mère demandait au médecin ce qu’il fallait me faire: « Rien, disait-il, l’âge emportera cela. » C’était presque toujours sur l’œil gauche que je souffrais, ou plutôt la tempe gauche; toujours des vomissements; j’avais la migraine, plus souvent l’été que l’hiver. Cet âge qui devait emporter la maladie n’a rien fait du tout. Pas d’époques fixes. Une promenade longue, une course en voiture couverte, le soleil, produisaient la migraine. Souvent aussi elle venait sans causes. Je ne me rappelle pas bien, si enceinte ou nourrice je l’avais; je pense que non, dû moins pas aussi souvent. Lorsque j’avais cette maladie, presque toujours des vomissements. Le lendemain, le dessus de la tête me faisait mal au toucher. Les derniers temps, de 40 à 50 ans, je l’avais moins souvent, moins fort, et ne vomissais pas à chaque fois ; je n’avais pas de bourdonnements d’oreilles; mes yeux ne pleuraient pas; je ne mouchais pas plus qu’à l’ordinaire- j’étais plus rouge sans doute; je n’avais ni diarrhée, ni constipation ; on un mot j’avais un très-grand mal de tête du côté gauche qui
diminuait quelquefois après avoir vomi, d’autres fois ne se passait que dans la nuit suivante. » J’ajouterai que madame A... a encore, quelquefois, mais rarement la migraine ; elle ne vomit pas, n’a qu’un léger malaise, aveû une simple lourdeur de tête. Cela commence le matin et duré une partie de la journée. Du reste, les migraines commençaient la plupart du temps au réveil, par un malaise indiquant que la migraine allait venir. Madame A... se levait alors, car elle souffrait davantage au lit. Quelquefois la douleur la tenait sur le dessus de la tête; elle l’a également eue dans la région occipitale. Cors aux pieds. Quatre enfants, trois garçons et une fille; dont suivent les observations.
Obs. LX ( Personnelle ).
M. X..., docteur en médecine, 44 ans, fils de madame A..., qui fait le sujet de l’observation précédente ; son père, le frère de madame D..., était aussi migraineux. Voici ce qu’il m’écrivait il y a peu de jours : « Je ne sais pas à quel âge ma migraine a commencé, mais au collège \ je l’avais presque invariablement sitôt que je prenais tunique et képi, c’est-à-dire vêtement serré et désagréable à porter. Jusqu’à il y a dix ans, les douleurs étaient très-violentes parfois, et amenaient souvent des vomissements, maintenant elles diminuent d’intensité et je vomis plus rarement. Étant dyspeptique, je peux faire naître la migraine à volonté en déjeunant trop tard. Depuis que les douleurs se sont modifiées et sont moins vives, je deviens rhumatisant, j’ai quelques douleurs et peut-être un peu de gonflement dans une articulation des deux doigts auriculaires. Ma migraine siège le plus souvent à droite, et les points douloureux sont surtout les points sus et sous-orbitaire et maxillaire inférieur, souvent les dents d’en bas de ce côté sont toutes douloureuses quoique non cariées. La douleur ne se déplace jamais une fois commencée. Quand je dois l’avoir, je me réveille avec un léger malaise dans la région frontale et je bâille toute la ma-
tinée. J’arrive quelquefois à la faire passer par des courses au grand air et en prenant un peu de bicarbonate de soude au déjeuner. Autrefois, rien ne réussissait. Pendant l’accès, je n’ai ni faim, ni surtout soif, je mange quelquefois, mais je ne bois pas ; les urines sont rares, mais très-abondantes à la fin de, l’accès: dans l’état de santé j’urine beaucoup, surtout après les repas. Pour moi, la migraine est un vrai accès de goutte. Je ne sais rien de l’influence de la migraine sur les organes de la génération.
Pendant l’accès et même le lendemain la face est pâle, le pouls bat plus fort qu’à l’état normal ; il doit y avoir augmentation de température. La lumière et le bruit sont désagréables, ouïe très-susceptible. Pas de phosphènes, peut-être augmentation de sensibilité pour les odeurs qui, agréables à l’état de santé, sont désagréables en ce moment. Pas de surexcitation cérébrale, agacement général, bon à rien.
Je crois avoir observé, mais il y a longtemps, que le contact des cheveux était douloureux ; mais les cheveux étant absents... Pas de diarrhée.
Quant à la chute des cheveux, je l’attribue plus au pityriasis qu’à la migraine. Dans l’accès, je crois la pupille resserrée. Aucune douleur dans la région cilio-spinale.
J’ai vu à l’Hôtei-Dieu un commissaire de police qui venait consulter Trousseau pour des vomissements qui revenaient presque régulièrement chaque mois et duraient deux ou trois jours. Trousseau appelait cela migraine stomacale . — M. Y... a très-souvent la migraine, il a 68 ans, elle est aussi forte que par le passé. »
M. X..., étant petit, a eu beaucoup d’impétigo du cuir chevelu. Il a eu, et a encore souvent de l’acné sur la figure ou dans le dos; rétraction d’un doigt à la suite d’une blessure de la paume de la main. Une ou deux fois il a eu un léger vertige qu’il rapporte à son état dyspeptique. Quelques vésicules d’eczéma sur les doigts, démangeaisons générales. Un abcès du cou,
probablement à la suite d’une angine ; très-sujet aux maux de gorge, et a pour ainsi dire toujours le pharynx pris. De temps en temps érythème papulo-noueux sur le front. Trois enfants : impétigo, l’un d’eux a eu un abcès au cou ; un autre a eu une légère attaque de rhumatisme articulaire aigu, suivi de chorée. Engelures. Le père en a eu aussi dans l’enfance. Pas de migraine chez les enfants. M. X... est surtout dyspeptique depuis que la migraine est moins forte.
Obs. LX1 iPersonnelle).
M. Z..., frère du précédent, 40 ans; démangeaisons, dyspepsie, surtout depuis que la migraine est moins forte ; obésité, douleurs dans les genoux au moindre froid. De temps en temps quelques vésicules d’eczéma aux doigts. Presque plus de cheveux (pityriasis eapitis). Quelques mauvaises dents, beaucoup d’engelures et d’impétigo dans l’enfance. A de temps en temps sur le front des plaques d’érythème papuleux, maux de gorge, rhumes. Sa femme, sa nièce à la mode de Bretagne, asthme, urticaire, furoncles nombreux. Trois enfants, l’aîné impétigo, eczéma, incontinence nocturne d’urine pendant une éruption d’eczéma. Le second enfant, une fille âgée de § ans, élevée au biberon. A deux mois, prise de diarrhée qui a duré six mois, eczéma, bronchite vers huit mois.
M. Z... m’écrit ce qui suit, relativement à sa migraine. « Je ne me souviens pas avoir eu la migraine dans mon enfance. Mes premiers souvenirs à cet égard ne datent que de l’époque où j’étais au collège. A cette époque, j’avais assez fréquemment le mal de tête ; ce mal de tête me prenait toujours dans l’aprèsmidi, jamais le matin, et je ne l’avais jamais deux jours de suite. J’avais de la douleur et des élancements à l’œil droit et à la tempe droite. Dans cet état, j’étais comme anéanti, j’avais des étourdissements, la lumière me faisait mai aux yeux, je ne dînais pas, autrement j’aurais vomi. Le sommeil emportait tout cela, c’était mon seul remède. Il en a été de 'même pendant
mon séjour à Paris (de dix-huit à vingt-huit ans); j’avais, il est vrai, moins souvent la migraine qu’au collège, mais chaque fois, c’était le même mal du côté droit. Aujourd’hui, mes migraines ont tout à fait changé de caractère ; d’abord elles sont beaucoup moins fréquentes, puis elles me prennent plutôt le matin à mon réveil, que le soir. Je n’ai plus de douleurs de tête; j’éprouve un certain embarras au cou derrière la tête, puis j’ai des bâillements fréquents, les pieds et les mains glacés ; la lumière me fait mal aux yeux et j’ai des étourdissements si je mets mon lorgnon. Dans cet état, je prends en me levant une tasse de café bien-chaud, je mange peu à déjeuner. Si ma migraine ne passe pas, je prendrai vers deux heures une tasse de thé, et elle disparaît complètement. Quelquefois une promenade au soleil suffit pour la faire passer. En un mot, j’emploie tous les moyens possibles, soit feu, soit soleil, soit boissons chaudes, pour me réchauffer et je m’en trouve bien.
J’attribue mes migraines au froid pris, soit en voyage, soit pendant la nuit; aussi à un repas mal digéré ; je les combats avec succès au moyen du chaud.
Je n’ai jamais remarqué que j’urinais plus souvent pendant un accès; quant aux érections, ce serait plutôt l’effet contraire. »
Obs. LXII [Personnelie).
Mademoiselle X..., 3o ans, troisième enfant de. madame A..., a une luxation du fémur congénitale, ou survenue dans la plus tendre enfance (on sait que les luxations dites congénitales sont souvent le reste d’une paralysie infantile. Voir Reclus : Des luxations paralytiques du fémur, dans Revue mensuelle dé médecine et de chirurgie , 10 mars 1878. Et, d’après certains auteurs, la paralysie infantile serait de nature rhumatismale), impétigo dans l’enfance, beaucoup d’engelures; à peu près à un an, blépharite ciliaire passée à l’état chronique, et qui existe encore. Angines très-fréquentes, rhumes de cerveau, zona,
beaucoup de dents cariées, pityriasis capitis, beaucoup de cheveux blancs, constipation, migraines non menstruelles.
Obs. LXIiï ( Personnelle).
J’ai ?u à l'hôpital Necker, dans le service du docteur Laboulbène, en i 876. un jeune homme d’une vingtaine d’années, atteint d’un rhumatisme articulaire aigu de médiocre intensité, avec un léger souffle au cœur. Ce malade disait être très-sujet aux migraines.
Obs. LXIV (Personnelle ).
Madame F..., sa mère, avait la migraine; pluie de feu, vomissements de bile en petite quantité. Si un jour elle doit recevoir ou aller en soirée, elle est presque sûre d’avoir la migraine. A habité pendant deux ans Nice, et n’a pas eu la migraine pendant ce temps. Maintenant elle habite tour à tour Nice, Versailles ; et. Sedan. À Nice, elle a très-peu de migraines ; à Versailles, elle en a davantage; à Sedan, elle l’a fréquemment.
Son fils, âgé de 20 ans, a eu la migraine dans son enfance ; il ne l’a plus aujourd’hui.
Obs. LXV (personnelle) (rédigée par le malade). '
Parents, du côté maternel, morts d’hémorrhagie cérébrale èntre 65 et 83 ans.
Du côté paternel, grand-père mort d’un cancer de l’estomac. Père, pas d’autres maladies que la migraine et des furoncles. Mauvaises dents ; cheveux rares.
Mère, dents déplorables. Pendant le jeune âge abcès froids aux ganglions du cou. Engelures. Pendant l’âge adulte migraines périodiques remplacées vers l’approche de la ménopause par une sciatique légère et une névralgie faciale,^ sans tic, avant duré quatre ans, après quoi asthme.
Le frère de la mère a eu des migraines fréquentes ; depuis l’âge de 40 ans, il est atteint de diabète; un peu
obèse. Ses dents remuent et tombent. Il y a dix ans légère hémiplégie; sommet du crâne un peu dénudé.
L’aîné des fils de M. X a eu les diverses fièvres éruptives, angines fréquentes. Blépharite ciliaire chronique précédée dans le jeune âge de conjonctivite aiguë. Pas d’engelures, pas d’arthrites ; deux ou trois rhumatismes musculaires des muscles de la masse sacro-lombaire. Pas de migraines, cheveux abondants ; bonnes dents. Porte une éruption dartreuse sur la poitrine. Le plus jeune fils, 27 ans. A la naissance hernie ombilicale, qui a parfaitement et complètement guéri, à o mois panaris. Pendant l’adolescence quelques attaques d’arthrite au genou, nécessitant le repos au lit. Deux ou trois rhumatismes musculaires dans la masse sacro-lombaire. Une seule fois angine, otalgie à deux reprises. Blépharite complètement disparue ; dartres sur les joues, engelures aux pieds et aux mains. Cheveux très-clairs, migraines fréquentes, durant 24 heures, apparaissant tous les huit ou dix jours vers le milieu du jour, sans aura.
Dents pitoyables ; ostéo-périostites alvéolo-dentaires. Sur la poitrine même éruption que celle que porte l’aîné, furoncles et abcès fréquents, sur toutes les parties du corps, dans l’oreille, deux furoncles ont laissé à leur suite sur le cuir chevelu, deux petits kystes sébacés, une plaque d’eczéma à la cuisse gauche.
Estomac digérant péniblement; depuis 13 ans, mais surtout depuis trois ans, à tout mouvement volontaire, sans exception, il' tremble. Ce tremblement augmente par l’émotion et peut occuper n’importe quel groupe de muscles.
Cors aux pieds dans toute la famille, sauf chez le fils aîné et le père.
Un cas de folie passagère chez un cousin germain.
Il y a 6 ans X a eu en se levant de sa table de travail un vertige ; il est tombé sur sa cheminée et s’est fait mal à la figure. Plusieurs fois depuis en se promenant il a été pris d’un semblable vertige, il était obligé de se retenir au bras de la personne qui était avec lui. Le 28 février 1877, en revenant de l'amphithéâtre de Clamart, étant entré chez un libraire, il fut obligé de s’asseoir pour la même cause. Rentré chez lui il fut pris d’un tremblement général.
Obs. LXVI {personnelle) (rédigée par le malade).
Docteur H., 28 ans, bonne santé habituelle, fièvres éruptives et croup dans son enfance, ascendants maternels migraineux (mère et tante). Accès de migraine depuis l’âge de 8 ou 40 ans, accès revenant primitivement tous les quinze jours ou toutes les trois semaines, aujourd’hui bien plus espacés, un mois, un mois et demi.
Retour des accès souvent à l’occasion d’une irrégularité dans ses habitudes, quelquefois pas de cause appréciable.
L’accès débute soit dans la matinée, soit le pins souvent dans l’après-midi, pour se terminer plus ou moins avant dans la nuit. Ordinairement prodromes consistant en état de langueur, de malaise général, d’inaptitude même aux plaisirs et de dégoût.
Quelquefois augmentation de l’appétit, l’accès survenant un peu avant l’heure d’un repas. Phénomènes d’hyperesthésie des sens, de la vue et de l’ouïe surtout.
Céphalalgie variable dans son siège, allant progressivement depuis le début jusqu’à la fin de l’accès. La douleur existe dans tout un côté delà tête, l’œil souvent compris, ou bien au niveau de la nuque avec irradiations vers le pharynx. Douleur continue avec exacerbations souvent à l’occasion d’un bruit, de la vue d’une lumière. La douleur de la nuque consiste surtout en battements, véritables pulsations venant ébranler jusqu’à la voûte
palatine. Celle de la moitié latérale de la tête est plutôt constrictive.
Au summum de la souffrance, agitation, changements de position sans aucun soulagement.
Phénomènes oculaires consistant en points lumineux, zigzags assez analogues à la figure qu’on donne d’un éclair, colorés diversement, mais le plus souvent ayant la teinte du feu.
Cet état peut se prolonger plus ou moins, puis survient du frisson souvent de tout le corps, le pouls est petit, accéléré ; envies de vomir, quelquefois vomissements et alors sommeil précédé d’un certain état d’engourdissement. La douleur persiste toujours, mais elle est supportable ; l’on est déjà presque dans un bien-être relatif. Le docteur H. a eu plusieurs fois la migraine accompagnée de diarrhée, surtout lorsqu’il avait passé une nuit en chemin de fer.
Obs. LXVII (Personnelle ) (rédigée par mon ami Boureau).
Madame B., 33 ans. Mère asthmatique, père rhumatisant ; a été trois mois malade d’un rhumatisme articulaire aigu, affection cardiaque, frère rhumatisant endo-péricardite, souffle au cœur.
Madame B. a été anémique étant jeune, pas de maladies de peau, réglée à 17 ans, habite Paris. Sa migraine a débuté il y a 4 ans et demi au mois de janvier. Elle avait eu quelques vertiges auparavant.
Au début anémie profonde, certains jours il se manifestait des symptômes nerveux : maux de tête sans autres phénomènes ; vertige sans causes ; faiblesse. Quelquefois insomnie, d’autres fois sommeil profond.
Au mois de juin elle a eu sa première migraine bien accentuée : mal de tête, vomissements, diarrhée. A ce moment la migraine venait très irrégulièrement ; le plus souvent le lendemain des jours où elle était allée à la campagne. Elle ne coïncidait pas avec les règles, règles régulières.
Il y a, deux ans et demi, vers le mois de janvier, la migraine est devenue très régulière. Elle revenait tous les quinze jours ; elle coïncidait une fois avec les règles et c’était le premier jour qu’elle se montrait ; et se manifestait encore quinze jours après.
Au bout de quelque temps survient une période de malaise continu, pendant laquelle la migraine est revenue, pendant deux mois et demi, tous les 8 jours, et quelquefois tous lès 6 jours. Quelquefois, il n’y avait pas d’intervalle entre deux migraines, malaise continu.
Puis la migraine redevient régulière tous les quinze jours. A cette époque troubles menstruels : les règles bien que régulières présentent tantôt un écoulement très abondant, tantôt l’écoulement était insignifiant.—Lorsque l’on avait été à la campagne la migraine était plus forte.
Au mois d’août, il y a un an, madame B. alla passer quinze jours aux bains de mer. La migraine fut supprimée pendant trois fois quinze jours. Au bout de ce temps la migraine redevient très régulière. Au mois de novembre traitement par le sulfate de quinine : un gramme à prendre en trois jours avant l’accès qui ne coïncide pas avec les règles ; l’accès manque, quant à la douleur, mais la diarrhée se manifeste quand meme. Avant les règles quinze jours après, purgatif, sulfate de quinine, même résultat que la première fois. Dès lors la migraine devient irrégulière, puis au bout d’un certain temps, elle se régularise de nouveau.
Alors onreprendle sulfate de quinine, mais d’après une autre méthode. Madame B, en prend continuellement, et chaque jour cinq ou dix ou quinze centigrammes. Alors l’accès franc de migraine disparaît et l’affection ne se manifeste que par de la diarrhée seulement, du mal de tête seulement, ou de la photophobie seulement. Il y a un mois et demi, elle a eu un accès très bizarre, qui consistait en une simple congestion très intense
de la face, congestion limitée très nettement au-dessous du menton.
Actuellement la migraine est très-irrégulière, très faible, et ne gêne guère la malade. Elle revient environ toutes les trois semaines ; dure vingt-quatre ou trente-six heures, quelquefois deux jours.
Lorsque la migraine était régulière, madame B. ressentait la veille un certain malaise qui lui annonçait que l’accès était proche. Le matin à six ou sept heures, le jour où commençait l’écoulement menstruel, elle se réveillait avec un écoulement nasal très abondant. La douleur hémicrânique siégeait le plus souvent à gauche ; quelquefois à droite. Au début de la migraine la douleur était médiane au-dessus de la tête très exactement ; écoulement très abondant de larmes, jamais de douleurs en arrière, diarrhée séreuse très abondante, troubles oculaires; diplopie deux ou trois fois, photophobie, douleurs d’oreilles, sensation de gonflement du ventre, la malade se sent mal à l’aise dans ses vêtements et est obligée de se desserrer. Perversion du goût, sensation amère dans la bouche, vomissements, salive abondante, très claire. Refroidissement ou rougeur des oreilles, quelquefois d’une seule, rougeur du côté de la migraine le plus souvent. Une fois examen à l’ophthalmoscope ; il a semblé qu’il y avait une légère congestion du côté delà migraine ; mais rien de net.
La migraine se termine par un sommeil très profond ; au réveil plus rien.
Actuellement règles très régulières et normales.
Obs. LXVIII (Personnelle).
(Cette observation a été rédigée par le malade lui-même.) M. E. 43 ans.
Sa grand’mère avait des migraines, sa mère, sa tante, sa sœur ont des migraines. Ses oncles n’en ont pas. — Ma
grand’mère et ma mère ont eu de l’asthme. Mon père a en quelque chose qui ressemblait à de la goutte.
Causes : Sommeil pendant le jour — certains vins blancs
— le bruit — la lumière trop vive, soleil, lampe en face des yeux — certaines odeurs fortes — travail intellectuel exagéré, ce qui est le eas le plus ordinaire — fatigue de la marche par le soleil — vision prolongée dans une lunette ou un microscope—impressions morales — froid à la tête.
— Dans ces deux derniers cas la migraine vient souvent le lendemain — l’orage me donne quelquefois mal à la tête. Je n’ai rien remarquôpour les saisons. Cependant c’est peut-être l’été que j’en ai le plus souvent. — Pas d’influence de lieu. — Le moment de la journée le plus fréquent est vers quatre heures du soir, après un travail trop prolongé,
Je digère bien ; appétit modéré ; sans excès d’aucune sorte, pas de constipation ni de diarrhée.
En un mot les deux causes principales sont: fatigue de la vue, fatigue intellectuelle.
Accès. — La migraine débute par un léger mal de tête qui cède quelquefois en prenant un paquet de paullinia. Alors le mal de tète cède au bout d’un quart d’heure, accompagné d’un certain tremblement dans la vue, comme si j’avais des lunettes trop fortes. Si le mal ne disparaît pas très vite, il augmente rapidement ; au bout d’une heure je suis obligé de me Goucher, avec un grand mal de tête et quelquefois mal au cœur. Je recherche l’obscurité la plu» complète et le silence.
Puis la douleur se localise, j’ai l’œil droit enflé (c’est toujours du côté droit, le seul œil dont je me serve utilement, car de l’œil gauche la vision n’est pas très nette et je ne peux même pas lire de grosses lettres) ; j’ai l’œil droit enflé et les larmes coulent d’elles-mêmes. Douleurs insupportables, comme si on me fourrait le doigt dans l’arcade sourcilière. — Les douleurs de tète augmentent, traver-
sent la tête ; ce n’est pas une douleur continue, mais une suite de douleurs, comme ce qu’on éprouve dans une rage de dents. Enfin quelquefois cela me gagne le côté droit de la face et de la tête, le cou, et se fait sentir jusque dans l’épaule.
Le moindre bruit, la crainte même d’un bruit me cause une douleur horrible. .
Je deviens impatient, colère, je m’agite, je finis par crier et par plèurer et enfin j’ai des fourmillements dans les bras, les mains, les jambes, les pieds.
Je dors le plus que je peux; quelquefois une partie de la journée ; pendant ce temps-là j’ai une grande agitation d’esprit, une idée fixe, un refrain, ou une phrase vide de sens, qui .me revient sans cesse. Je vois des combinaisons fatiguantes de lignes et de figures qui changent sans cesse. Quelquefois j’arrive à avoir un sommeil tranquille et je me réveille guéri. Quelquefois cela dure deux et même trois jours. Quelquefois ma migraine se passe en une heure sans cause. La douleur de l’œil disparaît, puis le mal de tête.
L’intelligence est nette, très-agitée; mais il m’est impossible de travailler. La mémoire est sans changements.
La peau est sèche, quelquefois un peu de fièvre, mais rarement. Le cuir chevelu est très-sensible. Le front brûlant ou glacé. -— Respiration libre. — Quelquefois un peu de palpitations — pas de toux : je ne suis pas très sensible aux maux de gorge.
Digestion difficile pendant l’accès, quelquefois vomissements alimentaires. Urines ordinaires excepté après un séjour prolongé au lit, elles deviennent alors orange.
La migraine a augmenté d'intensité à T époque de mon mariage, à peu près, ou peu de temps auparavant.
Je suis quelquefois plusieurs mois sans me ressentir de migraine ; puis j’ai mal à la tête tous les jours ; cela vient ordinairement tous les deux ou trois mois. —Pendant tout
le temps que j'ai soigné mon père avant sa mort — pendant que j’étais sans commis je n’ai pas eu d’accès.
Je n’ai jamais eu d’autre maladie sérieuse que celle-là, excepté de violentes palpitations pendant deux ou trois ans. Les palpitations ont disparu ; cependant j’en ai eu une nouvelle attaque il y a un mois. L’année dernière j’ai été pris de rhumatisme dans le pied, dans les genoux, dans le poignet, et dans quelques articulations des doigts, pendant à peu près un mois.
Médication .— La promenade, le grand air réussissent quelquefois quand la migraine commence. Il en est de meme du paullinia pris au début. C’est encore ce qui me réussit le mieux. — La distraction par un travail qui me plaît. — Quand j’ai besoin d’être debout je résiste en me lavant l’œil à grande eaü avec une éponge. Le froid me fait du bien au moment, mais cet effet passe aussitôt. Il m’est arrivé, l’biver, de m’envelopper la tète de ouate et de linges brûlants ; cela m’a quelquefois réussi. L’eau sédative, un mélange de chloroforme et de laudanum, des sinapismes aux jambes, au cou, au front, des bains de pieds, la diète, le tbé, un cercle métallique de zinc et de cuivre ; j’essaie de tout sans avoir confiance en rien ; j’obtiens presque toujours un résultat nul. Les compresses de toutes sortes soulagent au moment ; mais la plupart du temps j’emporte la peau et le mal reste. — Je tâebe de prendre mon mal en patience : Toléra et obstine.
Obs. LXIX ( personnelle ) (rédigée par le malade).
S..., étudiant en médecine, 25 ans.
Mes deux grand-pères et ma grand’mère maternelle n’ont jamais eu de migraines, c’est tout ce que je puis dire de précis sur ce sujet, ignorant s’ils ont eù d’autres maladies nerveuses. Ma grand’mère paternelle a eu des migraines qui l’ont prise assez tard; rbumes, dyspnées. Mon
père a des migraines qui sont aujourd’hui bien plus fréquentes qu’autrefois.
Ce qu’il y a de plus remarquable du côté de ma mère âgée de 45 ans, c’est qu’elle est très sujette à la migraine, ses père et mère n’en ayant jamais eu, ainsi que je l’ai dit.
Elle a un accès de migraine trois ou quatre jours avant ses règles, un autre immédiatement après. En dehors de l’époque menstruelle elle en a assez souvent. Elle vomit presque toujours, même avec l’estomac vide : un peu de bile, quelquefois un peu de sang-. Les règles sont très pénibles, a eu des névralgies cervico-brachiales de peu de durée.
J’ai deux sœurs plus jeunes que moi ; l’une âgée de 17 ans, a été prise de migraine à. l’âge de 7 ans à peu près. Le siège de la douleur est pariétal; elle vomit presque à chaque fois. Depuis qu’elle est réglée, elle en a à la période menstruelle et aussi en dehors. Quelquefois elle mange beaucoup un ou deux jours avant d’être prise d’un accès.
L’autre âgée de 12 ans, en a été prise, il y a environ 3 ans. Les accès sont relativement moins fréquents ; la durée est'plus longue; pas de vomissements, pas de maux de cœur ; nerveuse.
En ce qui me concerne les premiers symptômes se manifestèrent de très bonne heure; je pouvais avoir 6 ou 7 ans. Et je me souviens parfaitement des circonstances dans lesquelles j’étais pris et des troubles que j’éprouvais. Le samedi soir, sortant de classe, je partais avec ma famille pour la campagne; au départ je n’éprouvais rien. Après une demi-heure de voyage en voiture j’avais de vives douleurs dans un côté de la tête qui m’obligeaient à prendre le lit. Le lendemain matin tout était disparu. Quelquefois je vomissais.
Je l’avais étant au collège, les jours où j’allais à la pro-
menade. Aujourd’hui je ne vomis plus, et je ne crois pas que cela me soit arrivé depuis 7 ou 8 ans.
Acné fréquent. Névralgies faciales assez fréquentes depuis un an. Embarras gastrique, un chaque année, accompagné quelquefois d’herpès. Angines catarrhales très-fréquentes avec frisson intense, durée 2 à 4 jours. Mon père et ma mère sont également sujets aux angines. Mon père a eu il y a deux mois une grippe avec pneumonie catarrhale : guéri depuis un mois. Je suis très-constipé, ainsi que ma mère et ma plus jeune sœur; mon autre sœur et mon père ont des selles régulières et j ournalières.
Prodrômes : très-souvent j’ai des prodromes. Dans quelques cas rares ils ont manqué et le début de l’accès a été en quelque sorte soudain. Quant aux phénomènes prodromiques, ils sont très-variables. Tantôt ce sont des troubles des sens, tantôt de l’intelligence, si je puis ainsi m’exprimer, tantôt des troubles digestifs.
Ce que j’ai surtout remarqué du côté des sens, c’est surtout une sensibilité exagérée de l’odorat ; les moindres odeurs me devenant insupportables, et les sentant alors qu’elles ne sont pas perceptibles pour d’autres (je dis ceci par la comparaison que j’ai faite). Du côté de la vue, c’est quelquefois une légère photophobie qui me force à rétrécir l’orifice palpébral; et j’ai remarqué dans ce cas une injection de la conjonctive du côté où je devais avoir la migraine ; de même j’ai remarqué une coloration plus vive des pommettes. Je n’ai jamais rien éprouvé du côté de l’ouïe. Depuis 6 ans environ,. j’ai noté quelque chose d’assez singulier du côté du goût : 5 ou 6 heures avant l’accès, de quelque sorte qu’il soit, si je fume, je trouve ma cigarette exécrable, et malgré cela l’envie de fumer est conservée ; j’ajouterai que, dans ces circonstances, l’odeur du eigare en particulier me gêne. Cette double perversion du goût et de l’odorat est un des prodrômes les plus fré-
quents, et je ferai remarquer en passant, que c’est en quelque sorte un baromètre de ma santé : c’est ainsi que j’ai eu plusieurs accès de fièvre éphémère, plusieurs angines catarrhales, etc. , et toujours avant d en ressentir les premiers symptômes j’ai remarqué cette aversion en quelque sorte subite pour l’odeur et le goût de la fumée du tabac.
Je rangerai sous le nom de troubles de l’intelligence plusieurs sortes de prodromes mal définis, et qui sont presque constants; c’est ainsi que j’ai de l’inaptitude au travail; je suis lent à comprendre; je ne suis pas la conversation ; je suis absorbé ; je vas et viens et me complais pour ainsi dire dans l’oisiveté. À cela ajoutons de la tendance au sommeil, avec bâillements fréquents et pandiculations.
J’éprouve également une sensation de froid partout le corps.
Les troubles digestifs sont très-fréquents ; il en est de même chez mon père et chez ma sœur aînée.
J’ai eu comme prodrôme infaillible, il y a quelques années un appétit vorace, et habituellement je mange peu. Le lendemain ou le surlendemain au plus tard j’avais la migraine. Aujourd’hui je ne ressens plus cet appétit, mais plutôt du dégoût pour certains aliments et en particulier pour la viande, ën recherchant d’autres peu nourrissants, plus où moins bizarres ; mais tous ou presque tous acides. J’éprouve très-fréquemment une sensation caractéristique des prodrômes, et qui est précisément en rapport avec cette recherche d’aliments acides-. Elle est assez difficile à décrire ; sans avoir faim, c’est une sensation.de vide et d’acidité dans l’estomac, qui augmente lorsque je bois du vin ou de la bière ; j’ai même remarqué , 2 ou 3 fois qu’après avoir bu dans ces circonstances, l’accès est arrivé plus tôt. Pour combattre cette acidité, j’ai pris de la magnésie calcinée, et plusieurs fois l’accès a
avorté ; mais je dois ajouter que souvent je n’en ai retiré aucun profit. Lorsque j’ai mangé un tant soit peu dans cet état, il est rare que je n’aie pas une digestion lente avec éructations gazeuses inodores, de sorte qu’au repas suivant je ne puis rien prendre.
Je suis habituellement constipé, et j’ai eu quelquefois 12 ou 24 heures avant l’accès une débâcle ; cette débâcle a souvent coïncidé avec l’acidité. A cette débâcle succédait une nouvelle constipation plus opiniâtre.
Enfin je dois ajouter que j’ai eu quelquefois des sensations de froid, de légers frissons, précédant de peu le début delà migraine. Plus longtemps avant le début, j’ai souvent les genoux et les pieds froids, et il m’est impossible de faire disparaître ce froid. Quelquefois sommeil trèsprofond et peu après le réveil, migraine. Quelquefois en me levant je suis plus alerte, plus vif que d’ordinaire, je prends plaisir à respirer, et le jour même j’ai un accès..
Quant au mode de groupement des différents prodromes, il est trop variable pour que j’en puisse dire quelque chose de précis.
Début. — Le début des accès est quelquefois brusque ou plutôt demi-brusque. Dans l’espace d’une heure la migraine est à son summum. Dans ces cas peu fréquents, qui me prennent surtout vers la fin de la journée après le travail, il est rare que j’aie des troubles gastriques, des nausées.
Bien plus souvent après une durée variable des prodrômes, de 2 à 4heures, ceux-ci vont en s’accentuant et pendant ce temps-là je ressens (c’est le cas le plus fréquent) une douleur sourde dans la région temporale du côté gauche le plus souvent. Cette douleur Supportable disparaît par intervalle et quelque temps après le repas (environ 1 h.); et dans ce dernier cas elle reparaît plus vive et la migraine arrive plus vite à son plus haut degré d’intensité. Cette dou-
leur temporale est accompagnée d’une sensation toute particulière due aux mouvements brusques de la tète, je ne puis mieux la comparer qn’à. une balle de plomb assez volumineuse qui serait très-mobile dansles parties molles. Inutile d’ajouter que cette douleur est exagérée par les efforts ou par l'ascension des escaliers ; alors elle devient contusive.
Tel est le mode de début le plus fréquent de la migraine ehez moi. Alors la douleur siège dans la région par iétale. Lorsque l’accès est entièrement constitué l’inaptitude au travail est complète, et voudrais-je faire quelque chose, que cela me serait impossible. Je recherche l’obscurité et fuis toutes les odeurs parce quelles me deviennent insupportables. Souvent, mais non toujours, j’ai des nausées’; je n’ai pas eu de vomissements depuis fort longtemps. A ce moment il m’est absolument impossible de prendre quoi que ce soit, boisson ou aliments.
J’ai les pommettes rouges (elles sont rouges habituellement) et entourées d’un cercle jaunâtre ; l’œil du côté malade est un peu injecté. La douleur temporale est lancinante, contusive, continue avec redoublements parfois atroces ; c’est alors que je sens l’artère temporale, surtout du côté malade, battre avec violence. — Dans cet état la station debout ou assise m’est des plus pénibles, et je suis, obligé de prendre le lit et je m’endors dans un intervalle des redoublements, que j’attends dans l’immobilité la plus .absolue. Le réveil redouble la douleur.
Je noterai, que dans 3 ou 4 cas d’une extrême violence, j’ai eu de véritables frissons qui disparurent lorsque je .fus au lit.
Cette forme d’accès est ainsi que je Tai dit parfois .atroce; mais jamais elle n’est assez peu accusée pour me permettre de marcher. Toujours je suis obligé de prendre le lit.
Indépendamment de cette forme, j’en ai éprouvé une autre qui est aussi fréquente et qui ne m’oblige pas toujours à prendre le lit. J’ai bien la tête prise dans son ensemble, lourde, la douleur temporale existe bien, mais elle est supportable, elle n’est pas contusive et je n’ai pas la sensation de balle de plomb qui remue, c’est plutôt une gêne. Mais ce qui caractérise cette forme, c’est cette sensation d’acidité de l’estomac avec un malaise général que je ne saurais définir.
Cette forme que je pourrais appeler stomacale, ne ressemble pas en intensité à la précédente. En général l’accès avorte après une durée de trois ou quatre heures. Cet accès est donc co nstitué par les prodrômes précédents auxquels s’ajoute la douleur temporale d’une légère intensité.
Enfin j’ai ressenti très rarement, 8 ou 10 fois environ, et cela depuis cinq ans, une migraine dont la douleur avait pour siège la région occipitale. Cette douleur me prend le soir, après être resté dans une atmosphère confinée (café par exemple,- sans cependant avoir bu). La douleur est continue et empêche le sommeil ; le lit me devient insupportable, je n’y puis respirer. La dernière fois que je l’eus, j’avais une respiration tout à fait cérébrale. La station debout me plaît mieux, parce que la douleur est moins vive et que j’y respire mieux ; ce n’est que vaincu par le sommeil que je m’endors le matin et lorsque je me réveille la douleur a changé de place ; elle est devenue temporale (gauche surtout) mais intermittente et disparaît complètement au grand air.
Durée. Sans parler de ces cas avortés qui durent 4 ou 5 heures, ou moins encore, la forme pariétale est de 12 heures habituellement. Quelquefois après un premier sommeil je me suis réveillé guéri. La forme occipitale m’a duré en moyenne 18 heures. Ma mère a des aecès de 12 et 24 heure». Aujourd’hui chez mon père, ils sont plus souvent qu’autre-
fois de 24 heures. Chez ma sœur aînée ils ne dépassent pas 12 heures et sont souvent de moindre durée.
Terminaison. Je ne puis en parler que pour les cas avortés qui se terminent le jour : elle est graduelle ; mais je n’ai la tête complètement libre qu’après le sommeil.
Le lendemain en me peignant je perds plus de cheveux que d’habitude.
Quant aux causes des accès, elle est extrêmement variable. Souvent elle m’a échappé. D’autres fois lorsqu’il y a longtemps que je suis allé au grand air, surtout si je marche beaucoup, je suis pris d’un accès. C’est ainsique j’avais la plupart de mes migraines au collège. Dans les temps sombres et humides j’ai eu plutôt la forme avortée. Enfin l’excès de travail (examens) ; l’air confiné — souvent pas de causes.
Fréquence. Je ne saurais trop fixer de moyenne : pendant un certain temps j’avais 4 accès par mois ; j’en ai eu à un autre moment, jusqu’à 3 par semaine : un accès de force moyenne : puis deux jours après j’en avais un autre faible suivi d’un grand accès qui mettait fin aux doulêurs pour quelque temps. J’ai eu des intervalles qui n'ont jamais duré plus de deux mois, ils sont rares ; les grands intervalles sont en moyenne de trois semaines. Le plus souvent enfin, c’est tous les 10 ou 12 jours que j’ai la migraine.
Relativement aux heures du jour, excepté à la suite de travail, de fatigue, auquel cas je suis pris le soir, l’accès débute vers 1 heure dê l’après-midi, et m’oblige à prendre le lit vers 2, 3 ou 4 heures, selon sa marche plus ou moins rapide. La migraine spontanée (sans causes occasionnelles) débute quelquefois le matin; aujourd'hui, c’est moins fréquent qu’autrefois. Chez ma mère très souvent la migraine débute le matin.
Obs. LXX ( Personnelle).
Y., 43 ans, fils de madame D. (voir plus haut), d’une famille arthritique et migraineuse. Incontinence nocturne d’urine jusqü’à 14 ans. Acné. Dents gâtées. Excès de travail. Dyspepsie. Constipation. Migraine souvent liée aux troubles gastriques. Deux sortes de migraines, la première qu’il appelle migraine rouge, avec rougeur et chaleur de la face, ne le fait pas beaucoup souffrir, il peut continuer à travailler. L’autre, qu’il nomme migraine blanche , est intolérable, il est obligé de se coucher.
De plus, il a été pris de vertige, que l’on a d’abord traité de vertigo à stomacho lœso; mais depuis il a eu de véritables pertes de connaissance, avec convulsions ; le tout quelquefois précédé d’aura. Voici quelques notes qu’il m’a fournies sur ses migraines t « Jusqu’à l’âge de 28 ans, je n’avais jamais eu la migraine, mais à partir de cer âge, j’ai eu des migraines, d’abord de temps en temps, puis ensuite très-fréquentes, au moins deux fois par semaine. Tout d’abord, iè café me faisait du bien. — Toutes mes migraines ont affecté un des yeux et une partie du nez ; la paupière supérieure est la partie la plus douloureuse. — Pâle ou rouge, la partie malade se reconnaît aisément, la peau est tirée, c’est comme si on avait appliqué pendant quelque temps une plaque de métal. — Chaque fois qu’il m’arrive de manger certains mets, ou chaque fois que je mange de meilleur appétit, je suis presque sûr d’avoir la migraine. Toutes les fatigues produisent le même résultat. —La migraine est toujours précédée ou accompagnée d’un petit relâchement du ventre ; c’est au point que, me portant bien, si un jour les matières sont un peu moins dures, si elles sont un peu molles, quoique moulées, je prévois la migraine pour le lendemain.
Dans les premiers temps que j’ai commencé à avoir la migraine, un soir, environ .2 heures après avoir dîné, je fus pris d’un certain étourdissement, j’ai eu du bruissement dans les
oreilles, une angoisse indéfinissable. Quelques gouttes d’eaude-vie sur un morceau de sucre m’ont dissipé cela. Gela a peutêtre duré 10 ou 20 secondes, mais cette indisposition si courte m’est restée dans la mémoire, tant elle m’avait impressionné. 18 mois plus tard, un jour de migraine, je fus pris de nouveau de ce malaise ; malgré les efforts que j’ai faits pour résister, je me suis complètement évanoui ; je suis resté sans connaissance pendant 20 ou 50 minutes; puis je suis revenu à moi très-étormé ; j’avais perdu la mémoire de ce qui m’était arrivé, et j’étais obligé de questionner les personnes qui m’entouraient pour savoir où j’étais, qui j’étais et quelles elles étaient.
J’ai eu plusieurs de ces accès, et toujours sauf une fois les jours de migraine.
Après chaque accès, je suis dans un certain état de découragement pendant au moins un mois ; puis je reviens à l’état normal, sans cependant oublier l’impression très<lésagréabie de se sentir évanouir. J’ai pris du quinquina, du fer, du bicarbonate de soude, de l’eau de Pougues ; mais c’est le bromure de potassium qui m’a le mieux réussi. »
Obs. LXXI (personnelle) (rédigée par le malade).
X., 25 ans, 4 e enfant de madame A. Parents migraineux, arthritiques. Étant tout petit il eut des croûtes dans la tête. A trois ans eczéma sur les deux bras. Vers 7 ou 8 ans, apparut la migraine ; elle venait surtout le lendemain des jours où il avait pris quelque exercice (promenade, balançoire).
Chaque accès de migraine était accompagné de un ou plusieurs vomissements ; elle durait toute la journée. Il ne pouvait ni manger ni boire, tout était vomi, du reste, il n’avait presque pas faim ; il était obligé de se coucher, et le soir, s’il avait un peu dormi pendant la journée, l’accès était en partie passé, il ne se sentait plus la même douleur forte, gravative et parfois pulsative (surtout lorsqu’il
marchait) ; ce n’était plus qu’une douleur vague et un sentiment de vide dans la tête.
La douleur ne débutait pas d’emblée le matin dans toute son intensité ; c’était une douleur ou plutôt une pesanteur vague, mal définie qu’il ressentait, et qui s’accentuait déjà plus d’un côté que de l’autre (toujours frontale). Pendant la migraine le pouls battait un peu plus vite que d’habitude. Il prenait du café tous les jours. — À 10 ans il va au collège ; la migraine se déclare une fois ou deux par semaine, surtout le lendemain des jeudis et des dimanches, jours où il allait en promenade.
Quelquefois (le plus rarement) la migraine, sans pour cela se déclarer d’emblée dans toute sa violence, succédait à l’état prodromique déjà signalé, après un temps trèscourt, et il restait au lit le matin. Le plus souvent la migraine mettait une bonne partie de la journée à évoluer : il allait en classe comme d’ordinaire ; quelquefois il faisait ses devoirs, mieux même que d’habitude, selon son observation et celle de ses camarades ; ou bien, les deux coudes appuyés sur la table et la tête entre ses deux mains il se mettait à rêvasser. Quelquefois ainsi il oubliait sa migraine et lorsqu’il était sorti de sa rêvèrie, elle était fort atténuée ; mais le plus souvent elle allait en augmentant, la douleur devenait intolérable ; il survenait des envies de vomir, et il allait se coucher.
Quelquefois vers cinq ou six heures, elle était presque passée et il pouvait s’occuper à n’importe quoi ; alors il pouvait manger et boire. Pendant l’accès il ne pouvait ni manger ni boire sans vomir. Quelquefois il pouvait manger un peu, mais pas boire ; souvent il croyait avoir faim, mais lorsqu’il avait mis une bouhcée" d’un aliment quelconque dans sa bouche, il n’avait plus faim. A certains moments de l’accès, surtout au plus fort, ou vers la fin, quand il arrivait à passer presque entièrement, la douleur c. 24
- ISO -
se portait sur les yeux, raremeut sur les deux à la fois, quelquefois sur l’un après s’être portée sur l’autre. Pendant les accès si on le tourmentait, il se mettait en colère.
Si au moment d’un accès quelqu’un lui parlait d’une cliose qui l’intéressait, il répondait quelquefois mieux qu’il ne l’eût fait en bonne santé. Il est quelquefois embarrassé pour trouver le mot propre au milieu d’une phrase : pendant certains accès les mots lui viennent assez facilement.
Il a remarqué que lorsque l’accès cessait dans la journée, il ressentait un certain picotement dans le nez qui le fait éternuer (il en est de même chez sa mère, l’éternument annonçait la fin de l’accès), et en même temps un sentiment de chaleur à la face et aux oreilles ; quelquefois d’un seul côté, le plus souvent du côté malade.
À 10 ans et demi, herpès des deux lèvres. Un mois après eczéma sur la figure. A 11 ans en hiver, érysipèle de la face. À 12 ans pendant l’hiver comme pendant.les hivers précédents il eut des engelures aux pieds, et il se forma une ulcération à la racine du petit orteil gauche, qu i ne guérit que vers le mois d’avril. En même temps impétigo du cuir chevelu. L’année d’après engelures qui s’ulcérèrént également.
Presque tous les ans un léger rhume accompagné ou non de coryza ; assez souvent des angines.
A 16 ans boutons d’acné sur la figure, à 17 ans acné dans le dos. Dents cariées de bonne heure. Les angines sont encore très fréquentes. Râclement pharyngien presque continu. Pityriasis capitis. Autrefois dartres sur la figure; cors aux pieds. Très-souvent, surtout l’été de» vésicules isolées d’eczéma sur les doigts. De temps en temps démangeaisons par tout le corps. Plusieurs fois eczéma scrotal, et du sillon interfessier.
Au collège très peu d’onanisme ; d’autant' plus que chaque masturbation lui donnait une migraine le lende*
main ou le surlendemain. Aujourd'hui les migraines sont rares avec l’intensité d’autrefois, trois ou quatre accès par an ; la migraine est cependant, fréquente, mais elle a perdu son caractère. Elle débute souvent la nuit comme autrefois. Chaque fois que X.. dort sur le côté gauche, il est presque sûr de se réveiller avec la migraine, ou avec un malaise vague, un embarras dans la tête, qui en est le commencement ; si alors il parvient à s’endormir sur le côté droit, il peut se réveiller sans migraine. Aujourd’hui il ne vomit presque jamais. Le plus souvent la migraine débute le matin par un malaise excessivement léger, avec quelques pandiculations, et un phénomène qu’il éprouvait déjà dans les migraines à l’âge de 10 ans, des demiérections passagères. Ces demi-érections le prennent quelquefois à n’importe quelle période de la migraine, mais surtout au commencement ; il lui est arrivé de prévoir la migraine, presque à ce seul phénomène, tant le malaise général était léger. La plupart du temps la migraine n’est encore qu’à l’état latent vers onze heures ou midi, alors il mange et boit comme à l’ordinaire, quelquefois il boit un peu moins ; puis il va et vient, et travaille comme d’habitude. La migraine est localisée dans un côté du front et souvent dans un œil. Le côté gauche n’est pas plus souvent pris que le droit et la migraine peut se manifester d’une façon aussi intense d'un côté que de l’autre. Lorsque la migraine est un peu plus forte il n’a aucun goût pour le travail; une sorte d’apathie générale; alors au lieu de rentrer chez lui il se promène et tâche par une distraction quelconque de faire passer sa migraine. Il lui est arrivé plusieurs fois de la voir se dissiper ainsi.
La plupart du temps à six heures du soir la migraine est assez forte ; s’il n’a pas de nausées, quelquefois il peut manger ; mais il lui est impossible de boire, il n’y songe pas, il n’a pas soif ; et au restaurant ses camarades recon-
naissent qu’il a la migraine à sa bouteille qui reste pleine.
Lorsqu’il lui arrive (c’est très-rare) d’avoir de fortes migraines avec nausées et vomissements, il est très-pâle au moment des nausées ; à tout autre moment il a sa couleur normale ; et très-souvent l’oreille du côté douloureux est cbaude, quelquefois les deux.
La douleur siège souvent dans l’œil ; l'œil malade est un peu plus injecté que l’autre ; mais cela ne se remarque pas toutes les fois ; il y a peut-être un peu de saillie de cet œil, mais si la saillie existe elle est très-légère. Les pupilles sont égales, mais la pupille du côté malade est plus impressionnable à la lumière ; très-peu de pbotopbobie ; quelques larmes, parfois une sécrétion plus abondante de la muqueuse nasale du côté douloureux, mais c’est rare. Il a cru remarquer que lorsque la salive est sécrétée en abondance au moment des nausées, il s’en forme davantage du côté de la douleur de tête.
Il est d’ordinaire très-constipé ; il a remarqué qu’il avait très-souvent la migraine le lendemain d’un jour où il n’était pas allé à la selle ; mais cela n’a. pas toujours lieu.
Il a eu quelquefois de la diarrhée avec la migraine ; c’était après une grande fatigue, surtout après un long voyage la nuit.
Etant petit il avait très-froid aux pieds au moment des migraines.
En 4870 était très dyspeptique ; très-constipé ; il restait jusqu’à huit jours sans aller à la selle ; il n’avait pas la migraine plus souvent ; peut-être moins.
Il a essayé une fois du coït pour faire passer sa migraine; la douleur a changé de côté, a peut être diminué un peu ; mais elle ne s’est dissipée entièrement que le lendemain matin, Âu moment du coït la migraine ôtait très-forte-, et peu avant, il y avait eu des nausées. — Il a pris des mois entiers de l’arsenic sans résultat. Une fois 20 gouttes
de laudanum prises vers le déclin de la migraine l’a dissipée très-vite ; mais une autre fois la même dose prise au commencement de l’accès n’a fait qu’ajouter ies symptômes produits par l'opium à ceux de la migraine.
Lorsque la migraine disparaît pendant la nuit il éprouve une soif très-vive. Si la migraine disparaît le soir, il ressent cette même soif, lorsque la douleur est presque disparue. — Un autre phénomène qu’il a remarqué trèssouvent, c’est que le lendemain de la migraine l’urine est fortement colorée ; quelquefois très-trouble, avec un dépôt rose assez abondant; d’autres fois la hauteur où l’urine s’est élevée dans le vase est marquée par un cercle jaune. L’urine est également en très petite quantité. Souvent on n’en aurait pas empli une demi-verre. Pendant la migraine il urine très-peu.
Il éprouve depuis longtemps déjà des migraines trèsatténuées, qui se dissipent quelquefois assez vite. Plusieurs fois, il a ressenti de la chaleur à la figure, surtout a une oreille ; cela était pour lui une véritable migraine avortée. Il s’est fait une fois, examiner le fond de l’œil pendant la migraine ; la rétine était plus congestionnée du côté douloureux.
Il a également remarqué assez souvent que le lendemain d’une migraine, en se levant s’il remue beaucoup, et par conséquent si le sang circule plus fort, il se manifeste quelques élancements, qui se passent par le repos. Il a remarqué aussi cela, le soir après avoir monté l’escalier si la migraine l’avait quitté dans le courant de la journée ; ceci serait en faveur de la théorie qui veut que la douleur siège dans le réseau péri-vasculaire.
La migraine causée par une fatigue n’est pas en rapport comme intensité avec cette fatigue.
Plusieurs fois il a cru remarquer qu’une migraine qu’il attendait avait été remplacée par des démangeaisons.
Obs. LXXII (Trousseau, in la Cliniqu* européenne,
1 er janvier 1859}.
Femme âgée de 34 ans... Dans sa première jeunesse, elle a eu des hémorrhoïdes fluentes revenant assez périodiquement. Plus tard, elle fut sujette à des migraines également périodiques, revenant chaque semaine. (Cette femme eut ensuite un ulcère de l’estomac.) — ... Nous avons dit que pendant sa jeunesse elle avait été sujette aux hémorrhoïdes, ce fait méritait de fixer notre attention. S'il n’est pas rare, en effet, d’observer chez les individus du sexe masculin, à l’époque de la puberté et de l’adolescence, des épistaxis revenant périodiquement, et plus tard, dans l’âge mûr, des hémorrhoïdes également périodiques, . semblant être des hémorrhagies supplémentaires des premières, ces accidents sont rares chez la femme.
Ce qui est plus rare encore, dans notre pays du moins, c’est, comme nous l’avons dit, de voir les hémorrhoïdes survenir chez les jeunes filles ou chez les jeunes femmes. Or, le fait d’un flux de cette nature se montrant chez la malade dont il est ici question, à un âge où il est rare de l’observer, indiquait à lui seul déjà une disposition particulière aux hémorrhagies. Cette femme passe de l’enfance à la puberté, la menstruation s'établit ; surviennent alors des migraines nettement caractérisées avec les douleurs céphaliques violentes, empêchant, pour le temps qu’elles durent, le libre exercice des facultés intellectuelles, avec les troubles gastriques, l’inappétence, les envies de vomir, etc. Puis, après avoir persisté pendant vingt ans, cette migraine, affection franchement, essentiellement diathésique s’il en fût une, cesse tout à coup. Qu’arrive-t-il alors? Mais d’abord, qu’observe-t-on en général chez ceux qui, comme cette malade, sont débarrassés tout à coup de migraines auxquelles ils étaient depuis longtemps sujets? On voit des accès de goutte, d’asthme, de gravelle, des affections herpétiques, des flux hémorrnoïdaux, toutes manifestations dia-
thésiques, remplacer celle qui a disparu. Même chose est arrivée chez notre femme. D’abord hémorrhoïdaire, son flux hémorrhagique se supprime, et des accès de migraine lui succèdent; à son tour la migraine cesse, et alors, peut-être sous l’influence du régime déplorable auquel la malade est condamnée et qui peut avoir disposé l’estomac à être le siège d’une fluxion qui, en raison de l’état de grossesse, n’avait plus lieu du côté de l’utérus, comme cela doit avoir lieu habituellement, — alors surviennent les hémorrhagies gastro-intestinales, de même que nous voyons, après la suppression d’accès de migraine, survenir chez quelques individus des épistaxis, chez d’autres des hémorrhagies par le gros intestin (des hémorrhoïdes), chez d’autres encore des hémorrhagies pulmonaires» des hémorrhagies cérébrales.
Obs. LXXIII (- personnelle ) (rédigée par le malade).
Le grand-père paternel a présenté des symptômes de lithiase rénale. Il n’a jamais eu de coliques néphrétiques, mais il était souvent incommodé par des douleurs obtuses siégeant à la région lombaire. Besoin d’uriner très-fréquent, urine manifestement graveleuse. Deux fils.
L’aîné (père du malade) a présenté des accès de migraine dès l’âge de 15 ans. Ces accès peu fréquents d’abord et séparés par des intervalles irréguliers ont revêtu à partir de 25 à 30 ans un caractère périodique très-net, et revenaient de trois en trois semaines. Ces accès présentaient une durée de 24 heures au moins, et les durées de 36 ou48 heures sont malheureusement très-communes. Il est vrai de dire que la douleur céphalique est d’une intensité moyenne. Aujourd’hui(54 ans) la périodicité tend à disparaître ; mais la durée de chaque accès est toujours considérable. L’accès débute le matin ; il est précédé par une nuit d’insomnie, des bâillements, des éructations, une sensation de sécheresse et de froid répandue sur tout le
corps. La douleur céphalique une fois établie présente les caractères suivants : elle occupe la région fronto-temporale du côté gauche le plus souvent, et s’irradie vers le cuir chevelu ; c’est une sensation de douleur diffuse, toujours éo-ale à elle-même et non pulsative et exacerbante. Le sommeil est impossible pendant, toute la durée de l’accès. La face est pâle, les yeux redoutent la lumière trop vive ; aussi le malade tourne-t-il le dos au jour, la tête inclinée du côté malade et soutenue dans la main.
L’anorexie est complète, la soif nulle, sensation d’amertume de la bouche ; il ne survient pas de vomissements, mais des éructations très fréquentes ; le malade attache une importance capitale à ces éructations, et il juge son accès sur le déclin quand les éructations deviennent plus rares. -La douleur de la tête s’amende alors graduellement, bientôt ce n’est plus qu’une sensation de lourdeur, le malade peut enfin s’endormir, et ce sommeil réparateur dissipe les derniers vestiges du mal.
Le sujet dont nous présentons l’observation a toujours été incommodé par des troubles dyspeptiques dont il a pu atténuer les effets grâce à un régime alimentaire trèssévère et à des précautions quasi-méticuleuses. Constipation tenace, de temps en temps des selles sanglantes liées à des hémorrhoïdea internes peu développées du reste.
Le second fils du grand-père, âgé de 46 ans, est aussi sujet à la migraine ; mais il n’y a rien de régulier dans la marche et le retour de ses accès.
Ce qui domine en lui, c’est la maladie hémorrhoïdaire. Lès hémorrhoïdes ont débuté vers l’âge de 30 ans. Etat de congestion continuelle au pourtour de l’anus. Tumeurs hémorrhoïdaires multiples ne s’affaissant jamais, et donnant lieu â des pertes dé sang à chaque garde-robe. Une fois par mois au moins et avec une certaine périodicité les tumeurs deviennent plus volumineuses, pulsatives et donnent lieu à
des envies continuelles d’aller à la selle ; le ventre du ma lade et météorisé, il survient des coliques, des douleurs dans les lombes. Cet état persiste deux jours environ et se termine par un écoulement sanguin plus considérable pendant une selle. — Le malade a vu survenir parallèlement à ses hémorrhoïdes des varices aux membres inférieurs, varices qui ont pris un développement considérable et qui se présentent aujourd’hui sous la forme de tumeurs oblongues, fluctuantes, tout le long delà face interne des jambes, surtout de la droite ; à la partie supérieure de la cuisse au point ou la saphène interne s’abouche dans la fémorale, on trouve' une tumeur du volume d’un petit œuf, a rrondie pelotonnée, véritable tête de méduse. Enfin depuis quelque temps le sujet est souvent en proie à une douleuconstrictive siégeant à la région précordiale et s’accompagnant de palpitations cardiaques . N’aurait-on pas affaire à unléger degré d’angine de poitrine? Le frère aîné du malade a eu un éyrisypèlede la face à l’âge de 6 ans. Il a présenté des palpitations cardiaques à différentes reprises, lesquelles semblent avoir disparu aujourd’hui sous l’influence d’un régime tonique. Il est âgé de 26 ans.
Quant au malade qui nous occupe, il a eu la migraine dès l’âge de 8 ans. Un accès par semaine revenant le jeudi en général et ne durant jamais plus d’une journée, et même d’une après-midi. La douleur siégeait à la région sourcilière du même côté ; c’était une douleur pulsative que le malade comparait à .celle que. produirait un marteau frappant à intervalles réguliers. La face était congestionnée, les oreilles, la gauche surtout, présentaient une coloration d’un rouge très-foncé ; l’œil gauche était larmoyant. Jamais de nausées ni de vomissements, même l’appétit était conservé et le malade trouvait dans le repas un calme temporaire.
Vers l’âge de 16 ans le sujet a vu ses accès de migraine
devenir moins nombreux, mais à la même époque survenaient fréquemment des douleurs de reins, des coliques, du ballonnement du ventre et une tendance à la constipation de plu 3 en plus marquée. Bientôt, pendant l’acte, de la défécation, toujours pénible et s’accompagnant d’un léger flux sanguin, se montraient au dehors deux petites tumeurs hémorrhoïdaires. Ces tumeurs qui rentraient dans le rectum dans les deux ou trois premières heures qui suivaient la défécation ont présenté le volume maximum d’un œuf de pigeon. Aujourd’hui (24 ans), elles ont à peu près disparu gTâce à un traitement continué pendant cinq ou six ans et consistant en laxatifs, bains de siège et lavements froids ; mais chose remarquable la migraine presque endormie pendant la période hémorrhoïdale, semble maintemant reprendre ses droits. Ses accès deviennent plus fréquents et leur durée plus longue.
Le sujet a ressenti pendant l’hiver de cette année des douleurs dans la région cervicale et dans les articulations des doigts et des t?teils ; a eu un véritable lumbago qui l’a tenu au lit pendant quatre jours. À la même époque eczéma du pavillon de l’oreille et du conduit auditif externe.
Aujourd’hui les migraines sont trè3-limitées à l’œil et au sourcil. Aucun trouble de l’estomac, chaleur de l’oreille, sentiment de sécheresse de l’œil, du nez de toute la surface du corps. Troubles de l'ouïe: bourdonnements comme s’il entendait battre du riz ; pas de troubles du côté de la vue ; paupières gonflées. Il n’y a pas très-longtemps il a eu une migraine avec irradiations dans le cou, qui le gênaient dans les mouvements de la tête. L’hiver dernier il a eu des engelures aux pieds ; il en avait eu déjà dans son enfance. Bien de particulier du côté de l’urine.
Obs. LXXIV (personnelle).
S., Interne provisoire des hôpitaux, 26 ans. Père : lithiase biliaire et rénale, migraine depuis son enfance, qui a disparu dès sa première colique hépatique et est revenue 10 ans après, tous les ans colique. — Un frère du père calculeux. Grand’mère 92 ans ; rien de remarquable ; grand’père mort à 72 ans.
Mère : rhumatisme articulaire subaigu à 55 ans ; parents morts à un âge avancé. Une sœur rhumatisante.
S. Aeu une pneumonie à 3 ans ; la rougeole, la livre thvpoïde à 17 ans ; deux attaques de rhumatisme articulaire aigu, l’une à 20 ans, l’autre à 23 ans. Le rhumatisme n’a rien changé quant à la migraine; un furoncle, herpès labialis sans lièvre, vésicules isolées d’eczéma sur les mains; éruptions pityriasiques sur la poitrine ; acné sur le front le dos et la poitrine ; estomac très susceptible ; très dyspeptique pendant deux mois, pyrosis ; chute def' cheveux, qui blanchissent aussi ; un peu d’hémorrhoïdes; pas de constipation.
La migraine a commencé vers 10 ou 12 ans ; à ce moment elle venait à jour fixe le lendemain d’une course au grand air. La migraine n’a jamais été si fréquente et si forte que depuis deux ans. Les troubles oculaires sont bien plus marqués depuis cette époque ; auparavant la migraine ne s’accompagnait que d’un léger nuage devant les yeux..
La migraine débute quelquefois au réveil ; le réveil est pénible ; somnolence ; la douleur se déclare de suite.
D’autres fois la migraine ne se montre que de dix heures à midi. Dans ce cas elle est précédée de prodromes. Ce sont des troubles oculaires ; un simple obcurcissement de la vue, ou bien (et cela seulement depuis deux ans), le trouble est plus considérable, il y a de la diplopie ou de l’hémiopie. Parfois le champ visuel est très limité, il n’y a que la partie centrale qui soit claire, le reste est complètement obscur. La partie claire est arrondie. Si le malade regarde un objet de petite dimension, il peut arri-
ver aie voir, mais il ne voit qu’une partie d’un objet assez grand. D’autres fois la partie claire du champ visuel au lieu de se trouver au centre, se trouve au bord de ce champ, elle conserve sa forme arrondie. Tout le reste est obscur. —Avec cela il voit des mouches brillantes, rarement des zigzags. Quelquefois des étincelles. Tout cela est blanc brillant. Ces troubles n’ont lieu que d’un seul œil, de celui du enté où doit se montrer la douleur. Si les deux yeux sont ouverts il distingue les objet,à travers un nuage.
Avant et après la migraine, troubles [psychique très difficiles à décrire, abrutissement : tout ce que le malade voit ou entend, il lui semble l’avoir déjà vu ou entendu en rêve. Il éprouve une sensation de vide autour de lui. Il lui semble qu’il n’est plus en rapport immédiat avec les objets extérieurs; que quelque chose les sépare de lui. Ces sensations sont très pénibles. Le malade cherche à s’en débarrasser en fermant les yeux, ces troubles existent même dans les migraines avortées.
A ce moment il a aussi de l’excitation génésique ; cette excitation dure du reste, pendant toute la migraine, et s’accentue vers la fin, les érections sont bien plus faciles ; bâillements ; pandiculations.
Le mal de tête survient, soit à droite, soit à gauche ; pas plus fréquemment d’un côté que de l’autre, et de même force. La douleur est d’abord limitée à l’œil, elle s’étendpeu à peu à toute la tête, mais elle est toujours plus douloureuse du côté où elle a commencé, le summum de Ta douleur se déplace ; d’abord dans l’œil, il devient temporal, puis pariétal, puis occipital ; à ce moment la douleur n’est plus unilatérale. La douleur va toujours en augmentant.Elle est bien plus douloureuse lorsqu’elle occupe les pariétaux que lorsqu’elle occupe l’œil, et lorsqu’elle occupe la partie la plus inférieure de l’occiput, elle est intolérable..
Les bâillements continuent ; puis viennent des nausées, photophobie, un peu de larmoiement, le bruit fait maL Les mouvements augmentent les douleurs. La douleur est continue avec
redoublements qui sont comme des coups, et qui coïncident avec les battements artériels. Quelquefois vomissement ; mais rarement L’action de pencher la tête augmente la douleur. Étant couchée il est obligé de tenir la tête élevée, figure pâle, yeux cernés.
Lorsque la douleur passe, rougeur du visage, chaleur des oreilles; excitation cérébrale, difficulté à s’endormir; érections. Le coït pratiqué au commencement de eette période de déclin hâte la terminaison de l’accès* pratiqué au commencement ou au plus fort de l’accès, il n’est d’aucune utilité.
Au plus fort de L’accès sensation d’agacement dans une jambe et un bras* petites secousses convulsives très légères.
Ni constipation, ni diarrhée.
N’a rien remarqué du côté de l’urine.
Au commencement de la migraine S. mange assez bien ; soif comme! l’habitude.
La migraine se déclare au moins une fois par semaine. S’il se couche tard, il n’a pas la migraine. Il l’a plutôt lorsqu’il se couche de bonne heure, en vacance par exemple.
S. pratique régulièrement le coït tous les jours ; s’il manque de coïter pendant deux ou trois jours, il est sûr d’avoir la migraine. L’excès de coït, au contraire, ne la lui donne pas. Au bout de huit ou dix jours de continence la migraine ne se manifeste pas plus souvent que d’habitude.
Dès le début de l’accès l’inaptitude au travail est complète, et il lui est impossible de lire dès le début (c’est-à-dire de lire avec fruit.)
Pas de causes occasionnelles ordinaires.. Durée dix à douze heures. L’accès (pii a commencé le matin s& termine dans la journée ; celui qui commence vers midi ne? se termine que la nuit et fair bien plus souffrir.
Lorsque S. a la migraine, if prend du sirop de chloral; cefa le fait dormir, mais ne dissipe pas fa migraine. L’hydrothérapie
au'commencement de l’accès lui a quelquefois fait avorter, une douche ou un bain froid suffisent souvent.
Lorsque la migraine est à son plus haut degré, la douche augmente plutôt la douleur. Lorsque la migraine est à son déclin, la distraction, une conversation, un travail agréable, la font disparaître plus promptement,
Obs. LXXV (Galezowski, Migraine ophthalmique, Arch. gën. de méd., juillet 1878).
Madame V..., âgée de 30 ans. Elle n’a jamais eu de migraine, mais depuis deux ans et demi elle éprouve, tous les deux ou trois mois des troubles visuels caractérisés par une hémopie, des cercles lumineux et des éclairs en zigzags. Ces phénomènes durent de quinze à vingt minutes et laissent après eux un léger mal de tête et des nausées. Souvent madame V... accuse des phénomènes d’aphasie, de vertige et des fourmillements dans le bras gauche , surtout lorsque les attaques se prolongent, comme la dernière par exemple, pendant deux heures. La malade a de fréquents rhumatismes musculaires et articulaires, elle a du sable rouge dans les urines et est très-dyspeptique. L’intérieur de l’œil est parfaitement sain, si ce n’est que les artères paraissent un peu onduleuses.
Obs. LXXVI (id).
M. X., âgé de 21 ans, étudiant en médecine, vient me consulter le 18 janvier 1878. Il dit avoir, depuis l’âge de 18 ans, des troubles visuels périodiques qui surviennent dans l’œil droit. Depuis il a eu assez souvent des maux de tête. L’accès éclate généralement d’une manière subite et est accompagné de photophobie, d’éclairs sous forme de zigzags et de cercles lumineux qui sillonnent la partie temporale du champ visuel. Il a aussi de l’hémiopie. Ces crises durent une demi-heure et sont suivies de nausées et de vomissements. En même temps le malade ressent des picotements dans tout le corps et des four-
millements dans le bras gauche avant ou pendant l’accès ; des douleurs de tête, surtout dans la région sourcilière et dans le globe de l’œil, s’observent non-seulement pendant le trouble visuel ; mais quelques jours après la disparition de ce dernier. Ces crises sont parfois même suivies d’amnésie et d’aphasie.