CHATILLON, LA MARQUISE
LA MARQUISE
Où allez-vous, mon oncle?
CHATILLON
Je m'en vais aussi.
LA MARQUISE
Vous partez!...
CHATILLON
J'en ai assez de la nature... je vais l'admirer à Paris... chaussée d'Antin, où il n'y a pas d'arbres.
LA MARQUISE
Mon bon tuteur, restez... je vous en prie, les convenances l'exigent. •
CHATILLON
Les convenances exigent donc que je meure? Air : Quil est flatteur d'épouser celle. Ayez pitié de moi, ma nièce.
Si vous me laissez plus longtemps Dans ce triste exil, qui m'oppresse,.
Je crains de graves accidents!
LA MARQUISE
Que dites-vous?
CHATILLON
Mon corps n'aura pas môme un marbre ; Car, dans mon bizarre malheur.
En mourant je me change en arbre, Je deviendrai saule pleureur !
Oui, je deviens saule pleureur!
LA MARQUISE
Voyons, pour vous être agréable, j'abrégerai d'un mois votre captivité. Nous quitterons Choisile-Roi dans un mois, et j'irai me marier à Paris.
CHATILLON
Ceci pourra me faire prendre les rossignols en patience; pressons vite cette union, elle est indispensable, car une fois vous mariée, je ne suis plus tuteur, je retourne à Paris... Paris! tu me manques! je te manque aussi... ah! si vous saviez, ma nièce, quel sacrifice je vous fais en restant ici! les fêtes, les plaisirs, les passions, les intrigues... j'avais donc une intrigue...
LA MARQUISE
Que dites-vous?
CHATILLON
J'ose dire que j'en avais deux... non, trois.. .
LA MARQUISE
Mon oncle, vous m'achèverez l'histoire quand je serai mariée...
Bon ! j'avais encore perdu do vue la tutelle... oui, occupons-nous de ce cher duc... ce portrait lui a troublé la cervelle... il avait oublié que c'est aujourd'hui votre fête.
LA MARQUISE
Moi, je n'ai pas oublié de récompenser ma ('ousine, mademoiselle Bonneval, et monsieur Bernar-