‹ Un cheveu blond: comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 14 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

CHATILLON, seul.

Il est déjà bien loin... il est charmant, en vérité... il part pour Paris, lui... et il me laisse seul ici... non, je n'y tiens plus ! au diable la tutelle! c'est à mourir d'ennui. Enfin, je sais maintenant ce que c'est que la campagne ! mais qui peut donc l'aimer? ceux qui ne sont aimés de personne, assurément... Ce dix-hmlième siècle, qui détruit tant de préjugés, ne déuuira donc pas celui de la campagne? Les poètrs, les amants, les peintres la vantent, oh ! ils la vantent !.. mais ils ne l'habitent pas... je n'en rencontre jamais un seul. Heureux l'homme des champs ! a dit Virgile, qui passa sa vie à Rome, dans des palais de marbre et d'or... oui, heureux l'homme des champs quand il reste à la ville. La campagne î marchez, c'est la poussière... asseyez-vous, ce sont les mouches, les fourmis, les lézards, les cousins, les chenilles, les abeilles et les grenouilles dans le lointain... quel concert! affreux séjour!... s'il pleut, point d'abri ; s'il fait chaud, on brûle ; s'il vente, on est gelé. Pour société, des arbres, toujours des arbres! qui vous fatiguent à les voir toujours debout, qui ne servent à quelque chose que lorsqu'ils sont morts, parce qu'on les brûle .. on n'y trouve pas même celte solitude si vantée... l^^uoi que vous fassiez, en quelque endroit où vous portent vos pas, vous avez toujours l'œil dun paysan braqué sur vous,., cet œil est dans les ijranches, derrière les buissons, entre les touffes d'herbe... il vous espionne, il ne vous quitte jamais... Et quelle variété de plaisirs!... le soleil qui se lève, la lune qui se couche, le soleil qui se couche, la lune qui se lève ; des moutons, des rossignols, des lilas ; des lilas^ des moutons, des rossignols ; mais je vais fleurir... je vais bêler!... Me laisser seul! Décidément, je pars, moi au?si, j'étoulfe ici... il y a trop d'air! Vite des chevaux! des chevaux !

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