SCÈNE V
BADUREAU, THÉRÈSE*.
BADUREAU, OVec jotc.
C'est elle!., je reconnais la nuance! {Allant à Thérèse.) Entrez!., entrez !.. et soyez la bienvenue!..
THÉRÈSE
Ah! il me reçoit bien î Quel bonheur !
BADUREAU.
El conament ne vous recevrais-je pas bien?.. Vous êtes jeune, vous êtes châtaine, et vous avez les yeux bleus... Ah ! non!.. Ça n'y fait rien...
THÉRÈSE
Eh bien?
Depuis ce matin, je vous rêve, je vous cherche, je \ous attends et je vous désire... votre image sautille devant moi ! Voilà pourquoi je suis allé à votre magasin.
THÉRÈSE
Vous me reconnaissez donc ?
BADUREAU.
Oui ! plus je vous regarde , et plus je suis sûr que c'est vous !
THÉRÈSE
Dame! ça n'est pas étonnant, nous sommes d'anciennes connaissances.
BADUREAU.
Bah!
THÉRÈSE
Puisque je suis du Havre et que vous en êtes aussi.
BADUREAU, siirpris.
Voilà une circonstance remarquable.
THÉRÈSE
Il y a huit ans, nou» demeurions presque porte à porte... j'étais bien petite... vous ne m'aurez pas remarquée... mais moi... vous avez été si bon pour mon pauvre père, que j'ai perdu... Il vous aimait bien, allez !
BADUREAU.
Je le lui rendais probablement, et j'apprends sa mort avec un vif regret !.. C'était un brave homme !
THÉRÈSE
Oh! oui, Monsieur.
BADUREAU.
Y aurait-il de l'indiscrétion à vous demander ce qu'il était ?
THÉRÈSE
Mais papa demeurait sur le port, auprès de la rue de Paris... Il tenait des oiseaux.
BADUREAU, vivement.
Ciel de Dieu ! le père Lambrequin, le marchand de perroquets!.. Vous êtes la lille du i)ère Lambrequin ? la petite... chose...
THERESE
Thérèse.
BADUREAU.
Thérèse! Je vous ai reconnue loiit de suite.
THÉRÈSK.
Certainement.... Avons-nous eu du chagrin quand vous avez quille le Ha\re?.. car moi aussi je vous aimais bien.
BADUREAU, ô part.
Elle est très genlille ! (Haut.) Et comment m'avez-vous retrouvé ici ?
THÉRÈSE
Mon Dieu! c'est bien simple... Hier, votre bonne est venue acheter quelque chose au magasin... comme je suis coursier, on me dit d'apporter ça chez M. Badureau... A ce nom de Badureau, je me dis : Est-ce que ça sérail M. Badureau de chez nous?.. Je vins ici, vous n'y étiez pas... et votre bonne me reçut si mal , que je n'aurais pas osé revenir... lorsque tout-à-l'heure, en rentrant au magasin^ on me dit que vous me demandiez, et je suis accourue tout de suite pour voir votre figure.
BADUREAU.
Et vous en êtes charmée ?
THÉRÈSE
Oh ! oui... car elle me rassure...
Air (Je Y Aine en peine.
Seule, aujourd'hui , daus cette ville imuicnse.
Personne ici ue peut me protéger ; Oh! bien des gens me guideraient je pense ;
Mais leur appui s'rait un danger.
Une jeuness" doit être en défiance ;
Craignant le sort qui m'est réservé,
BADUREAU.
Ah ! ah ! ah !
THÉRÈSE
Je viens chercher près d' l'ami d' mou .enfance,
l'n spectateur... l'ai-je trouvé?
(// lui baise la main.) Dieu: quel bonheur ! l'ami de mon enfance,
Ce protecteur, je vois bien que je l'ai trouve !
BADUREAU.
Qu'est-ce qu'il y a pour votre service?
THÉRÈSE
Voilà!.. Ne voulant pas rester au Havre après nvoir perdu papa, je suis venue à Paris, où je suis entrée en apprentissage chez madame Beuzelin, la lingère d'à côté... Je m'y plaisais assez, lorsque, le mois passé, un jeune homme est venu à la boutique pour acheter une douzaine de faux cols...
BADUREAU.
Ah !
THÉRÈSE
Le lendemain, il e.-t revenu, et il a encore t acheté une douzaine de faux cols...