SCÈNE XVIII
Les Mêmes, plus JOLIVET et CRANIER
Jolivet et Cranier entrent. Le premier parait surpris en voyant de la Mouillette, qu'il croyait toujours caché dans l'armoire.
CAPITAINE POULIN
Enfin, lieutenant, qu'est-ce que vous m'avez dit tout à l'heure au sujet de l'homme qui m'est recommandé?. ..Voilà un gaillard que je trouve caché dans l'armoire et qui me dit être arrivé ce matin . . .
JOLIVET
C'est bien possible, mou capitaine.
CAPITAINE POULIN
Vous n'en êtes pas sûr... Pourtant il dit que c'est vous qui lui avez conseillé de se cacher dans l'armoire.
JOLIVET, regardant sévèrement de la Mouillette. En effet, mon capitaine, à quoi bon cacher la vérité... de la Mouillette, ici présent, vient d'arriver au corps, c'est le jeune soldat qui vous est recommandé.
CAPITAINE POULIN
Ah! c'est vous qui m'êtes recommandé par... par...
DE LA MOUILLETTE, la bouche en cœur. Par M. du Risquet, mon capitaine.
CAPITAINE POULIN
Du Risquet,- du Risquet, connais pas, mais ça ne fait rien à la chose... Cranier qu'est-ce que j'ai dit tout à l'heure au sujet des hommes qui me seraient recommandés?
CRANIER
Que vous leur porteriez deux jours, mon capitaine...
CAPITAINE POULIN
C'est parfait... Hé bien, pour ouvrir le feu, vous me porterez deux jours à ce pierrot-là pour être resté embusqué dans un placard dans le but de surprendre la conversation de son capitaine avec un civil qui venait se plaindre...
CRANIER, écrivant.
Bien, mon capitaine...
CAPITAINE POULIN, marchant, menaçant, sur Torche.
Quant à vous, si vous n'étiez pas à moitié démoli, je vous apprendrais à vivre...
TORCHE
Comment, mon capitaine?
CAPITAINE POULIN
Oui, je vous apprendrais à vivre... Vous venez accuser ce
malheureux garçon de vous avoir rossé hier soir alors qu'il n'est pour rien dans l'affaire. . . alors qu'il n'est arrivé que depuis ce matin... Comment, voilà un brave garçon, un loyal garçon dont rinnocence éclate par tous les pores de la peau. . . et un peu plus vous alliez me le faire prendre eu grippe, moi qu'on a surnommé le père de ses soldats. . .
TORCHE
Mais je ne l'ai pas accusé, moi, mon capitaine...
CAPITAINE POULIN
Comment, vous ne l'avez pas accusé?. . . Voilà cinq minutes que vous lui jetez à la face les épithètes les plus malsonnantes. . . que vous cherchez aie persuader qu'il mourra sur l'échafaud... comme si seulement vous en saviez quelque chose.
TORCHE
Mais je croyais. . .
CAPITAINE POULIN, l'inlerrompaiit.
Taisez-vous; on n'accuse pas un innocent... Un peu plus, pour vous venger d'un autre vous m'auriez fait mettre cet excellentjeune homme en prisonl... C'est indigne. . . Tenez, lichez-moi le camp car vous m'horripilez à rester comme ça devant moi avec votre tête de tourte et vos manières sarcastiques. . . Eh bien quoi, vous entendez quand je vous parle...
TORCHE, insistant.
Oh! mon capitaine, mon capitaine... Il faudrait voir. . .
a\.PITAINE POULIN
Hein, vous rouspétez aussi, vous?
TORCHE
Pai'don, je ne suis pas soldat, moi, mon capitaine... Ahl mais, mon capitaine...
C.\PITAINE POULIN, le prenant par la manche et le conduisant vers la porte.
11 n'y a pas de capitaine qui tienne... Je vous apprendrai à
3i UN CniEN DANS VU JEU DE QUILLES
vivre moi, espèce de clampin, avec votre figure de travers... (Ouvrant la porte et le poussant dehors.) Allez, fichez-moi le camp. (Voyant qu'il résiste.) Mais sorti rez-vous, nom d'un pétard'.. . .
TORCHE
Ah ! c'est ainsi qu'on me traite. . . Eh bien, nous nous reverrons. . .
Il sort.