CONCLUSION
S1 nous Jetons maintenant un regard en arrière et que nous embrassions d’un coup d'œil d'ensemble l'œuvre chirurgicale d'Albucasis, à part quelques conseils intéressants sur les amputations (1), nous ne trouvons dans toute cette œuvre aucune idée originale, aucune méthode opératoire nouvelle, rien qui n'ait été dit par ses prédécesseurs. Le livre du chirurgien arabe est la transcription presque littérale du VI livre de Paul d'Egine, enrichi de quelques chapitres empruntés au hasard à la collection d'Oribase, à Aétius, etc. c'est une compilation faite d’après la traduction des compilateurs eux-mêmes plus encore que d'après celle des textes originaux.
De plus, dans l'intervention, Albucasis se montre
(1) Albucasis copie d'une façon tellement servile ses prédécesseurs et accuse un caractère lellement traditionnel, que lon a véritablement peine à admettre qu'il soit l'auteur du moindre perfectionnement. Et nous serions porté à croire qu'il le doit à Fétude
d'anciens auteurs dont les écrils ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
timide, l'exérèse sanglante le remplit d’effroi ; remplacant trop souvent le bistouri par le cautère, il passe sous silence une foule d'opérations mentionnées et pratüiquées bien avant lui cependant par les Grecs : ce qui s'explique, sans doute, par l'absence d’études anatomiques sérieuses à son époque.
Loin de marquer un progrès, œuvre chirurgicale d’AIbucasis est donc plutôt chez les Arabes l'indice d'un pas rétrograde ; elle conserve en les altérant, en les amoin-
drissant, les traditions grecques dontelle n’est qu'un souvenir affaibli.
À quelles raisons attribuerons-nous alors l’enthousiasme des auteurs qui ont étudié Albucasis et la haute réputation dont il jouit encore à travers les siècles ?
Ses écrits n'ont jamais élé jusqu'ict minutieusement confrontés avec ceux de ses prédécesseurs. À juger le chirurgien arabe d’après les qualités intrinsèques de son livre, on est souvent amené à lui attribuer des procédés dont il n'est point l'inventeur et à faire de lui un écrivain original.
Nous savons encore que la chirurgie n'était point en honneur chez les Arabes au moment où apparut Albucasis : «Elle avait disparu presque sans laisser de traces », c'est lui-même qui nous lapprend. EC parmi les nations chrétiennes du moyen âge, notamment chez les peuples de l'Occident, «les chirurgiens étaient tous idiots, sachant à peine leur langue, tous laïques, vrais manœuvres et si ignorants qu'à peine trouvail-on parmi eux un chirurgien rationnel. » Albucasis est le seul médecin de son époque qui se soit occupé de chirurgie.
On comprend dès lors que son livre ail pris les propor-
Er ions d’un monument et donné à son auteur l'imporlance d’une époque dans l'histoire cet art (1).
Faut-il done condamner Albucasis comme un chirurgien sans aucune valeur ? Nous n'irons pas si loin! Sans doute Albucasis est dépourvu de toute originalité, mais on ne peut cependant lui refuser la qualité d’éminent pra- Hcien ; partout dans ses écrits il accuse une éducation chirurgicale très étendue, inspirée par une grande expérience, souvent à côtédu précepte il fournit uneobservation personnelle ; le chapitre de l'extraction des flèches abonde particulièrement en faits de ce genre.
C'est grâce à Albucasis que s'est opérée la réintégralion dans la pratique d'opérations Hans depuis longtemps oubliées.
Et b'en qu'il ne mentionne, à la vérité, que des instruments déjà connus et employés par les Grees,il a eu l'heureuse idée de les décrire d’une façon quelque peu détaillée et d'en donner des figures à l’appui; son traité de chirurgie est le premier ouvrage «illustré » qui soit parvenu jusqu'à nous (2).
(1) Le succès d'Albucasis tient aussi à ce que cel auteur traite les maladies chirurgicales séparément. Rhazès, Avicenne, Avenzoar sont peul-être plus originaux que lui, mais ils on! mélangé la chirurgie à la médecine dans de volumineux ouvrages qui ne sont point accessibles à tout le monde.
(2) C’est grâce au livre d'Albucasis, tout imparfait qu'il soit, importé en France vers le milieu du xt siecle par des docteurs italiens qui avaient quitlé leur patrie à la suite des troubles suscilés par les Guelfes et les Gibelins, que la chirurgie à pris quelque essor et qu'elle s'est maintenue en Europe jusqu à la Renaissance, époque où la médecine grecque puisée aux sources mêmes ren-
placa la médecine arabe.
Ce ee
Ainsi nous refuserons aux écrits d'Albucasis la haute valeur qu'on leur à attribué jusqu'à présent ; cependant, parmi les chirurgiens de l'antiquité, qui tous, à l'exception de Celse, transmettent aux générations suivantes les traditions antérieures, sans chercher à les modifier d’une facon sérieuse, nous ne regarderons pas Albucasis d'un œil dédaigneux. Le chirurgien arabe, comme dit le poète,
ne mérite assurément,
Ni cetexcès d'honneur, ni cette indignité.
Planche I.
Planche T
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Pr
Planche. IT.
Planche IV.
Planche V.