‹ Un Classique Moderne William Congreve Sa Vie, Son ŒuvreChapitre 4 sur 70 · Rev. Sam Hayma · texte numérisé non relu

Rev. Sam Hayma

“Premiers rêves, | premiers essais Httéraires

Ne

pre | Congreve passe Ft tout. ce temps . en Irlande: il étudie à la fameuse Grammar School de Kilkenny, quelques années après Swift et quelques années avant. Berkeley. D’ après les biogra- Le | phes il se. distingue comme un enfant prodige, écrivant même 2 des poésies UE A FRS A ; Re

De « sub ferula Doctoris Hinton », comme Je dit son certi- | ficat d’ inscription ultérieure, il passe le 5 Avril 1685 sous la tutelle du fameux St- Georgius Ashe (plus tard Evêque de Clo= © gher) au Trinity Collège, Dublin, où il retrouve Swift, qui, de deux ans plus jeune que lui, y était venu dès le 24 Avril 1682 (2). Congreve est ramené en Angleterre par la Révolution. Il ne : plane que des conjectures sur les premières années que le poète 2 passa dans son pays natal. Un seul acte, le registre du Middle Temple, parle, en 4691, du père de Congreve comme habitant à Stafford. Certainement, comme le dit Mr. Gosse, l'Irlande était un lieu trop peu favorable, après l'exil des Stuarts, pour que toute la famille n’ait pas songé à revenir à son ancienne résidence.

ww While at REA he gave several instances of his genius for poetry ; but the most peculiar one was à Very pretty copy of verses which he made upon the Death of cs Master’s Magpie. »

A « Memoirs of Mr. Congreve. »

12) Mais ne 2 y rencontre pas Berkeley qui n'y vient qu’en 1700. ;

die visite à à ses Parent u .s Sars doute, il pense ment à la carrière qu'il pourrait embrasser; et avant. d’ être : : 1 entraîné dans le courant de fièvre mondaine de la Capitale, ül fier travers les sites pittoresques, se laissant envahir par cette rêverie et cette indolence dont, 2 ne DOTE plus se ie sa vie < durant.

C'était là, à à Congreve (dans le comté de . arrosé par : le Penk et non loin de Brewood Water, que prospérait Ja bran- — che aînée de la famille. Le poète quitta cette demeure ances- trale. Si l’on en croit le Révérend John Duncan, qui a trouvé son nom dans les registres de sa paroisse, € est : à Aldermaston,

: . dans le Hampshire, que le poète vint s établir après avoir fait partie avec sa famille de . paroisse se Mereps en Dorsetshire (2). : :

Il est be que l’assertion du Révérend soit exacte. Mais le nom de Aldermaston tendrait à indiquer, du moins, la pré- | sence dans ces parages de la famille du poète ou de. ses parents les plus proches. En réalité, plus de deux localités se disputent l'honneur d’ avoir prêté leur cadre à la composition de « The Old Bachelor » (3). Leigh Hunt parle même d’un chêne, SOUS - + lequel aurait été écrite une partie de la pièce et qui se trouve- < rait à Stretton (4). Mais s’il est sûr que Sir Wittol, comme

(1) Ses cousins out les fils de Jobn Congreve, qui vont le recommander même à Southerne, à Londres. +

(2) Mr. Congreve the poet…. lived at Merley and belonged to this meeting with his family, but he sold the manor house of Aldermaston (Hampshire). (Rev. John Duncan's History, cité par Wilson : Life of Defoe, Vol. III, 646).

(8) « I believe more places than one are still shown in groves and gardens : . where he is related to have written his Old Bachelor. » (Dr. Johnson.) AN (4) Ou Stratton, en Staffordshire.

. le théâtre, en | quelque s sorte, de ses Es essais ane noce ; ne

C'est à Ilam ou Islam (2), dans le Derbyshire, à ovale.

non loin de Ashbourne, qu’on montra au Dr.J ohnson une espèce … de grotte à l’ ombre de q quelques autres où Fe, d'après | la : ; écriv te The Otà Bachelor » a ” :

2 où 2 é CASA

() The Old Bachelor, T4

(2) Congreve had visited there the Ports ‘and his seat. that is the bench on . which he sometimes sat, in the gardens, used to be shown. .Ilam has since passed into the hands of Mr. Watts Russell 2e has refused the old residence of the ports by a stately Gothic mansion.

.. ‘- (8) « T recollect a very fine HOT honor with hills covered with Woods and Walks neatly formed formed along the sides of a rocky steep on : ; the quarter next the house with recesses under projections of rocks overshado- ee - wed with trees, in one of which recesses, We are told Congreve wrote his O14 Bda- É, . chelor, »

Boswell’s Johnson, III (Birbeck Hill).

(4) Les oise « à seat near à kind of rocky cell » (Memoirs II, 326) ne se rapa rure qu'à cette même place, RÉPARER PS : e x -# - In summer making quest for Works of art Or scenes renowned for beauty I explored That streamlet whose blue current Works its Way Between romantic Dovedale’s Spiry rocks à i Tha Prelude VI, 190-4. (5) E. ouais « La Jeunesse â6 Wordsworth ».

(6 } Cotton lived at Beresford Hall, near most romantic part of the dale ; + Jzac Walton luxuriated there in' his piscatory pleasures ; and Congreve wote his « Old Bachelor » and his « Mourning Bride » in a grotto on the grounds of Ham Es HA, (- 1 © 00 Brabner : The Comprehensive Gazetteer of ne and Wales. II, 187.) me

rare plus fard. Adi ans | 7 UE existence, c ’est i ici que Congreve se retira à Fe cherie k repos et c est de cet endroit, écarté du reste du monde, qu une lettre où il parle « d’une montagne : noire au front nie. . en face de lui et d’ un. ruisseau tombant en. cascade si pres Le lui -qu il en peut distinguer les menus. détails : » (4). hé 2 En tout cela il est question de la grotte Thyrsis (de Thor, , : dieu de tonnerre (2), où Plott (3 ) relève des traces d’un combat romain, et du paisible Manifold, ‘sur les bords duquel « Con greve à esquissé ses scènes dramatiques, à sa table rusti F: dans un paysage admirable » (4). La cascade dont parle Con- > greve n’est que Waterfall, endroit où Je Hams, avant de se Fa jeter dans le Manifold, s ’engouffre sous terre pour jaillir plus loin de sous les couches de craie, juste en face de Hams — ce qu’on S ’ingénie en vain à faire croire au superstitieux Dr. Johnson ! | Ft ; Un peu plus D et comme us prêter à la ee du nr un aspect de légende, se trouvent le tombeau et le puits St-Bertram de St-Guthlac qui a mené ici une vie d’ ermite. C’est dans ce recoin achaïque (plus certainement qu’en tout autre endroit), que Congreve a passé sa période de puberté et d incubations lit- téraires.… C’est ici qu'il aura rêvé son premier amour et pro- FRS mené ses premières inspirations. Et si nous connaissons le caractère bizarre du célibataire endurei qu'il fut plus tard, nous pouvons nous imaginer que c’est ici que Congreve à s'est initié à l’égoïsme et à la solitude.

RME GE ROSE EAU NRES DOPR EE 7 VOEUX DNPRRE SCC YU LES S Le = (1) Dove Dale. is much admired for its romantic scenery distinguished perhaps from every other valley in the kinsdom by the rugged, dissimilar, and frequently grotesque appeavance of joe --DEOpÉE TIRE precipices. » (Th. Potts : « Gazeteer of England and Wales », 1810). x | (2) Simms. op. cit. 6 (3) 10p. cit.

(4) The Gentleman’s Magasine, Feb. 1817.

xi-mé ême Fos ju « «Tue où. tu », ; se croire sur pate. ets il fallait en croire | Mn

F = 2 vers «€ ire Frs shall I ay ». “is ln ne remarque pas que ces vers font partie du roman en question: car ils ne sont que ace chanson ch ntée par Léonore, Dés une tonnelle, et sue Hip- = polito écoute en cachette. … cs

Si la naïveté des vers n ‘inspire pas de doute, ir nous est impossible de nous faire à l’idée que Congreve pût être arrivé dès 1687 à la maturité littéraire qui se manifeste dans la pré- face ainsi qu à la maîtrise d'exécution que révèle, en dépit de quelques gaucheries, l’intéressant roman. Il faut dès maintenant nous habituer à compter avec la vanité du jeune Congreve et — | comme dans le cas de Wycherley, quoique dans une moindre mesure — - il faut prendre « cum grano » ses assertions relatives rad précocité et aux dates.

I se peut donc que Congreve ait conçu et embauché son eu ‘Incognita » pendant qu'il était encore au a Collège, 4 mais il l’a achevée on a tard.

: (1) Answer to Collier, ss HS +

| ce roman D à son ‘époque, a a eu u plusieurs édi rs. de M. Johnson le verdict. sévère : « de préfère le. lire ». Sans nul doute cette boutade a contribué à | son oubli, malgré l’éloge cordial que lui fait, par exemple, la RU Britannica (a). ee ne e

nt

C’est à Mr. Gosse que revient l . ur réhabilité, ainsi qu’à Sir Walter Raleigh, son plus enthousiaste admirateur. M. . Saintsbury quin ’est pourtant pas, dans ’ introduction, cité <e “ par le récent éditeur, M. HE EF b. Brett- Smith, n° ena pas moins | émis sur « Incognita » » l l'opinion - -la plus Jui puisque de ph MOÉFÉC. + a re :

Le résumé si complet qu’en fait Mr. Gosse nous dispense de 1 + répéter ici. Bornons-nôus à remarquer que È œuvre tant en elle même, que comparée à la préface — qui d’ailleurs en constitue la meilleure partie — laisse voir les traces évidentes de deux auteurs d” âges différents. Poe os

Rien ne manque à oo Masques, mouchoir, que + dans la nuit du bal Leonora laisse dans la main Dit. re duel d’Aurélian avec des hommes qui avaient été trompés par le déguisement d’Hippolito, tournoi au palais ducal où les deux

jeunes gens se distinguent et intriguent l'assistance, ee à yous mystérieux, cimetières, et les révélations finales aux parents

(1) « It has always been die as à Dine very well Written more especially as it was the first production of a youth of seventeen. » :

#» es

Des paësages puéris conne taons citons d’ l'après r excellente édition ou

naked Quins à to > pick E iceth, te. @. 2.

Aurelian who was really in love, and in whom consideration would have been a crime. . Admiration had suppress’d his speech and his eyes were entangled in Light. One might have seen something in her Com. position resembling the Formation of Epicurus his World, as if every -Atome of Beauty had concurr’'d to unite-an excellency. Had that cu- rious Painter lived in her days, he might have avoided his painful search. and by a dire Disposition and judicious- ie of those : / |exquisite paris, ni one whole and ones Venus, (D 28) 5

À ve AC

: | Redontants comme : : €

You must the se ie fall of the Evening, and at that time Z when the aequilibrium of Day and Night for some time holds the Air ina gloomy suspense. between an unwillingness to leave the light, and __ a natural impulse into the Dominion of darkness, about this time our Hero's shall I say, sally’ d or -slunk out of their lodgings and steer’a towards the great Palace, whither before they were arrived, such a ‘ prodigious number of Torches were on fire, that the day, by help of a po Auxiliary Forces, seem'd to contrive its Dominion.….. (p. 14).

Ou bien complètement manqués comme: ee #3 je

But Aurelian {from whom I had every title of her Description) fancy'd be saw a little Nest of Cupids DR from the Tresses of her Hair and

every en one himself to. his un Some” ur Pere their downy wings her glowing cheeks ; 5 - while others brush'à the balm é@ew from off her Face, leaving ‘alone a heavenly Moisture blubbing on her Lips, on. which er drank and revell'd for teir HE $s (p. 29). Fer

aa hi se

Et nombre d’ autres analogues, ‘trahissent le ee homme

RES 8 mauvaise tbfluence:. : : #8 |

Le Us Mais c’est surtout de la conduite du dialogue que e

Nat montre surtout esclave du roman héroïque. ll faudrait citer

A des pages entières où les compliments à la dame aimée jaillis- st

= sent en feux d’ artifice, où les soupirs et les extases suivent e chaque parole de adorée, et le cliché intervient avec emphase : Se pour nous découvrir une âme blessée de chevalier ou une pose de rêveur mélancolique. Tout cela n’est que puérilité et nous ne voyons pas comment un tel auteur, même à se époque-là, puisse paraître innover.

On a attribué en effet à l’ le mérite d’avoir ds SR la réalité de la vie ordinaire dans le roman peuplé jusque-là de héros imaginaires, et Mr. Brett-Smith, qui trouve que « l’œuvre Fa est d’une étonnante maturité » croit qu'il existe quelque vérité —

. dans l’assertion — lancée par Wilson avec tout un appareil de | : < réclame — que la scène ei les personnages du roman sont . | purement anglais. nt ne :

Si nous n’y voyons pas la couleur italienne, nous n’y voyons

- certes pas non plus la couleur anglaise. Et cela par le simple

motif que les personnages comme les faits font partie du moe | conventionnel et abstrait du roman galant. A ne. Décidément cette partie de L « Imcognita » est d’ un jeune ie

homme de dix-sept ans !... :

Mais le roman trahit aussi un autre Congreve. .C? est le Con- . greve de la préface qui plaisante sur le “one de son œuvre, la

= Mme Katherine un cette « « Stella: » (et to répète Je ee — - élucubration des loisirs d une quinzaine de de qui

déeoche une ironie à ho du roman « aux à fév invincibles » et « aux surprises » qui succèdent aux suprises, et rte prétend y substituer le roman d’une nature plus « familière », cie

Voilà un grand mot : ce mot à ébloui tous les critiques. d’'« Incognita » qui, penchant à à confondre le roman même avec Ja préface, ont fait de son auteur un précurseur. Il faut recon- | naître que l'introduction de la réalité courante dans les œuvres d’ imagination, Mr. Behn l'avait déjà réalisée et « The Fair FR » en est une preuve. Cependant le fait que Congreve pose le problème d’une manière si nette et si vigoureuse lui confère le mérite d’un véritable précurseur ! Nous n’en saurions pas - toutefois féliciter le jeune écrivain de dix-sept ans, Car il nous est impossible de lui atfribuer, à cet âge ! tant de maturité de doctrine; nous en féliciterons au contraire le Congreve de vingt Ê ou vingt-et-un ans qui devait, quelques mois après, être l’auteur ..

célèbre de The Old Bachelor. Ce Congreve doit avoir repris l’œu- : vré qu’ ’ilavaiten poche dépuis quelques années ; c’est en critique qu’il la relit et non sans ironie. Après en avoir corrigé les fautes ; “ et atténué Ja puérilité, il n’a pas certainement trouvé de meilleur Re. moyen de la lancer que de lui écrire une préface de jeune auteur ambitieux et déjà formé.

Il y a ainsi dans « Incognita », à côté de l’auteur puéril d’une aventure galante et compliquée, un auteur superposé qui chiffonne les marionnettes de sa première imagination et,

Fa - :

- qui mettent fin à l'exaltation du dialogue; c sives telles que : .

7. oui by right now describe her Dress, sien wa ; peoene and Ho puttis po I ne er!

+ pery depended. @. 19.

ÿ Fa

que ferait n importe. quel Brisk; des commentaires à < chac

should undoubtedly have had a RU ei )f mber:

pick’ and criticz' ‘d upon, had he not been interrupted just upon his D. . livery ; nay, after the nes Sigh had madé vas tor er “Utte-

rance. D: A Re ns Re . ne 5

\ à ve

et à’ “autres, plus caractéristiques encore, comme : ” . ns

He promüised to obey, and ontreated her ro) tel him a her name that he might have Recourse to that in his Affection for. her Absence. f he were able to survive it, She desired him to live y. all means. » œ. E 5

en soût D: preuve. : ee : # o. L . . =.

Parfois Ja parodie suit immédiatement le passage outré ï comme si l auteur voulait s ‘empresser de corriger l'effet pro.

duit. Ainsi « pendant que le jour continue à exercer son empire Sa à l’aide de torches no Gt voici au É

their mn in | counting the ou ee ss, for Madam Night was no more ;añd the Chymists were of opinion, a by the abundance te EU were = « ; #

soixante-dix p pages du livre.

À Or, ces digressions dont D nt les parties mûres du ee Le roman. En elles c’est Congreve qu se parodie lui-même — qui,

= en tout cas, parodie le monde des romans héroïques - — comme il À parodiera le monde actuel dans ses comédies à à venir, où comme Fielding - — peut-être d’ après son exemple cs parodiera le roman sentimental, tout en S'y laissant prendre. ÉD

NE

| Parfois les deux manières S’harmonisent et alors nous avons des passages d’une vraie poésie hantée, dirait-on, de loin, par 0 a de quelque Millamant :

His so was hors d to the movement 6f her Body : an Aïr $0 grata -S0: sweet, ‘so easie and s0 great, he had never seen. She had 50- FEES 2 .wething of. Majesty in her which appeared to be born with her ; anû $ LA > though it struck an awe into the Beholders, yet was it sweetened with He DE familiarity of Behaviour which rendered it agreeable to every Body. ‘The grandeur of her mien was not stiff, but unstudied and unformed, mixed with simplicity, free yet not loose nor affected. If the former FC 10. condescend, the 13Her seemed to aspire, and both to unite in

ne into à. | Répiut 2 mes with tollowing : Fa É : (D. aire

. pouvons dé avec raison que toute l'œuvre n est qu'un scenario d’ une comédie à écrire. rer a . .

conçue à à dix- nt ans, sous ne di roman Me di qu il aurait réellèment terminée à vingt ét un ans quand, ayant

acquis le sens de la vie réelle et une solide conception drama- tique, son élan juvénile : a fait place à à l’ironie et l'observation. …

Hybride, l’Incognita n’est par conséquent ni un roman, ni È Fe même une œuvre littéraire véritable — quelques qualités qu’ on | | lui ait reconnues. Re Elle donne ut nènt un avant-goût du génie ie dramatique de Congreve. :

L'auteur y tâtonne encore : va- t-il prendre ne voie du sé. rieux ou du burlesque, de Ta tragédie où de la comédie d |

<< Le roman héroïque qui avait nourri les premières rêveries du : flâneur d’Ilam, lui fournissait, premier modèle, la déclamation de dont résonnait la littérature d’un siècle passé. Il s’en guérira Se . sans pourtant se défaire complètement de ce goût de l'aventure . héroïque ; et ce goût prendra corps dans une tragédie qui; nous le verrons par la suite, lui a donné assez de peine à enfanter.

RE

Peu à peu son esprit en vint à se mouvoir dans un monde plus réel, celui de son milieu, à observer les marionnettes de la …

Gus |

Restauration elle-même, après Lee du roman valant. À mesure

que son talent s’ouvrait à cette sorte de réalité, son œuvre s’y conformait davantage: sa comédie reflétait les gestes, sinon les

contours, d'hommes en chair et en os, se peuplait de surprises

__ets ’agrémentait de cette satire par laquelle son esprit lui-même commençait à réagir. :

Tous les éléments caractéristiques de sa ue se trouvent donc latents dans cet imbroglio : galanterie et objectivisme théâtral, outrance et lyrisme romantique, détachement bautain et fantaisie allant parfois jusqu’à la bouffonnerie, recherche de style, enthousiasme froid et satire blasée, et sur- L tout cette horreur d’être-dupe qui, don de sa nature incisive et analytique, lui fera toujours préférer la réalité à l’idéal, l’esprit de mysüfication à la sincérité et la parodie à l’affectation.

“« Incognita » est donc un admirable chapitre biographique de Congreve et peut-être même du roman anglais. C’est en cela que consiste, eroyons-nous, toute sa valeur.

+ Aller plus loin, ce serait lui attribuer plus- hpatauce que ne le faisait son jeune auteur au moment où il se décidait enfin à la donner à l’impression. |

Un chroniqueur dit, nous ne savons pas de quelle source, . que c’est l’insuccès de son roman qui à décidé Congreve à pren- dre la voie du théâtre. C’est une naïveté ! S’il en eût été ainsi, Congreve n’aurait pas écrit du tout !

Car « Incognita » est justement un Prélude à l’œuvre dramatique du poète.

Vrai début + Célébr ité - Congr eve trouve sa voie

D’ un romantisme d’ adolescent et n un premier contact avec le monde et les livres a donc jailli cette composition hybride

qu'est « Incognita ». Il est fort probable que Congreve s’ est un peu hâté en l’écrivant, pressé qu’il était par sa première pièce. -

Sans doute Congreve aura fait entre temps quelques voyages

à Londres où il allait bientôt se fixer. Le premier contact avec cette société à laquelle il allait consacrer son génie, a suggéré à notre poète la composition de The Old Bachelor

C’est.en tout cas de cette façon qu’on peut reconstituer, à ne

s’en tenir qu'aux données éparses, la vie de Congreve pendant

ces années de transition, qu’il passa depuis son retour d'Irlande jusqu’à son départ pour Londres. Toujours est-il que, le 17 Mars. 1790-91, quand Congreve, qui avait dû faire les démarches dès l’automne, fut reçu au Middle Temple (1), le poète apportait avec lui un roman prêt à être imprimé et une pièce qui n’avait besoin que de quelques retouches. En Février 1692, « Incognita »

paraît et ce n’est pas précisément un début pour un Templier. :

Comme deux de ses grands devanciers, Beaumont et Wy-

cherley, que le Temple n’a pas pu soustraire au rêve, le jéune

homme à certainement dû être fasciné par le mirage de la

(1) Marte 17 mo 1690-91 Mr. Wilmus Congreve, filius et heres apparens Wilmi

+ Congreve de Stratton in Com. Staffordiae Ar. admissus est in societate Medü

.Templi specialiter. (Register of the Middle Temple).

(Cf. aussi : J. Hutchinson’s : « À Catalogue of notable Middle Templars, with brief biographical notices. » $ 5

ASE 3; 7 4" # e. : pe : ie 5 gloire littéraire. Si érudit que ses écrits ultérieurs nous le montrent, cette érudition est jusque dans son classicisme, de nature

purement littéraire. Il n’a appris de droit que ce qu’il lui en fallait pour connaître les clauses du contrat dont il va se servir,

d ailleurs confusément, dans son chef-d'œuvre dramatique.

Ce qui frappe en premier lieu le biographe de 1699, et tous

les autres après lui, avec une insistance réitérée, c’est la répugnance insurmontablé du poète pour « nue ui ie study of the law». :

s SZ Sur cette pente du. .. péché littéraire, Congreve a dû se dire

qu Pil avait entrévu la Terre Promise quand ses relations l’ont fait pénétrer dans le cercle de Dryden où l’ont fait agréer ses propres charmes. Cette occasion lui fut donnée, semble-t-il, par Thomas Southerne (1), qui l’avait précédé depuis longtemps déjà au Trinity Collège (1676) et au Middle Temple (1678), et qui,

de dix ans plus âgé que lui, après une courte carrière dans les

armes, gravitait, maintenant plus que jamais, grâce surtout au succès récent de « Sir Anthony Love », dans l’orbite de Dryden.

Cependant il est probable que Congreve a fait son entrée dans la vraie vie landonienne et littéraire avec deux jeunes gens distingués et de bonne famille, dont il avait fait la connaissance au Temple, l’un un peu plus âgé, l’autre un peu plus jeune que lui : Arthur Maynwaring (1668-1712), qui publiera plus tard The Medley et qui protégera Steele auprès de Harley, venait justement d'écrire « Tarquin et Tulia », poème qu’on n’a pas hésité à attribuer à Drfpen lui-même (2); Walter Moyle

(1) Les notes manuscrites de Southerne, reproduites à la fin du livre de Mr. Gosse, à côté de quelques inexactitudes, renferment l'histoire propable ” des débuts littéraires de Congreve.

(2) Publié comme tel dans « Poems on Affairs of State », Vol. III.

| (4672-4724) entré au Temple en Janvier 1690-91, s'était à peine

installé à Covent-Garden pour y être plus près de Will’s. C’est

là qu'il s’attira l’amitié de Dryden en lui présentant quatre

morceaux de Lucien. Les éloges dont il est comblé n’auront

d’égaux que ceux dont à son tour sera accablé Congreve. Si le

Lucien de Moyle n'apparaît qu’en 1741, l'éloge « de sa science et de son jugement bien au-dessus de son âge < datent des premiers jours de Will’s. Il en est ainsi de celles qui lui furent données dans la préface de l’Art de peindre de Dufresnoy en 1695 : « Un jeune homme de génie, si érudit pour son âge dans toutes les études et les humanités. » L’exemple de ces deux illustres et jeunes écrivains qui ont dû leurs succès précoces plutôt à l'influence de leur milieu qu’à un réel talent, a dû séduire Congreve. Dilettantes et lancés dans la carrière politique, ils ne pouvaient pas jalouser le jeune homme qu’attendait le succès foudroyant d’un début dramatique; au contraire ils ont dû plutôt l’aide. Fe

Quant à Moyle, qui partage avec Congreve les éloges de Dryden décernés dans la dédicace de l’Enéide (1), les rares lettres du poète montrent qu'il est un de ses correspondants. N’oublions pas une autre liaison de Congreve qui date toujours de cette époque, — nous en verrons bientôt la preuve. — IT s’agit d’un jeune homme de même âge que lui, également désillusionné du Middle Temple : Bevill Higgons (1610-1639). Plus historien

que poète, l’auteur d’une faible tragédie (2) parue dix ans plus

tard, il va chanter avec Congreve les louanges de Dryden, à l’occasion de sa traduction en vers de Persius, qui figurera à

(1) Mr. Moyle, à young gentléman whom, I can never sufficiently comrneni… (2) The Generous Conqueror or the Timely Discovery (1702).

| sea —#—.

| côté d’une dite de Congreve dans la troisième Miscellanée

de 1693. +

C’est donc dans la société ds ces trois jeunes écrivains que Congreve fait ses débuts dans la vie de Londres. .

Le Capitaine Southerne, riche de ses souvenirs d'Irlande et

de ceux de Trinity College et de Middle Temple, vint animer ce petit cercle de sa bonne humeur et de cette brillante santé qui devait le faire survivre à tous ses compagnons.

De plus, Southerne, d’après Colley Cibber, était justement à cette époque une espèce de lecteur professionnel pour la scène. « The Old Bachelor » tombait donc bien.

Mais c'est à un autre ami que Congreve est redevable de la publication des premiers essais poétiques qui portent son nom.

Charles Gildon (1665-1724), rain à la « venal quill »,

ami de Wycherley, était plutôt un « hack author ». Mais c'était le propre de Congreve d’attirer autour de lui grands et petits, à une époque où la lutte littéraire devenait de plus en plus acharnée.

Or, c’est le 2 Juin 1692, d’après la London Gazette, n° 2772, que Ch. Gildon fait paraître ses Miscellany Poems Upon Several

Occasions consisting of Original Poems by etc. and transla-

tions. » Quoique le nom de Cengreve ne soit pas cité sur la couverture, la collection n’en comprend pas moins, en tête (après une lettre de M. Prior) : Horace Lib II, Ode IX imitated by Mr. Congreve et An Ode in imitation of Horace Ode IX Lib I by Mr. Congreve. Quelques pages plus loin nous pouvons lire : Upon a Lady’s Singing qui n’est autre chose que la belle ode pindarique adressée à Mrs. Arabella Hunt. L'artiste célèbre également

as

pour sa beauté, son talent et son esprit, que la reine Marie et Ja Princesse Anne (1), aimaient tellement et que les lecteurs du Spectator (2). continueront à à aimer après sa mort, était à ce moment à l’apogée de sa gloire. ES Ë

Congreve, au dire du Dr. Campbell D. et de Laék Hunt U) à qui pense même qu'il y a eu des relations plus intimes entre lui et l’artiste, aimait beaucoup la musique et, qualité si rare, S'y ; entendait de même. Ces vers en sont la preuve brillante. Car il n’y a pas de critique qui n’y ait vu un chef-d'œuvre de vraie : inspiration et de finesse. L’ode n’était quand même que la première de ses poésies originales parues. |

De même que Moyle, le jeune débutant, avec l’habileté qui le caractérisait, a eu le soin de gagner, par une traduction de Juvénal, la sympathie de Dryden, alors si enthousiaste des classiques. D’après la date précise que donne Mr. Gosse, « Juvénal et Perse », déjà terminé en Août, était publié le 27 Octobre de l’année 1692 (5). Cela coïncide avec le compte rendu qu’on peut lire dans le Gentleman’s Journal de Motteux (Octobre 4692) où, après des gentillesses à l’adresse de Dryden, de ses deux fils et de Tate, on ajoute : « Les autres satires sont faites par des écrivains éminents, et sans doute avec talent. Je n’ai pas encore | eu le temps de les parcourir, j’éviterai donc d’en parler jusqu’à la prochaine chronique ». |

Mais cette chronique ne paraîtra pas et de la sorte nous

sommes privés de ce qui aurait été peut-être le premier compte rendu d’une œuvre de Congreve.

(1) À laquelle elle donna des leçons.

(2) Cf. n° 448.

(3) « He had afine taste for Musik as well as Poetry ». (4) « For he had a real feeling for Music. »

(5) The London GRvsti, n° 2813 (24-27 octobre 1699).

TPE

F — en LE bre doit avoir suffisamment attiré l’ ditention sur Con-

É : greve:; dès le mois de: Février (1699) le journal cité annonçait l'ouvrage avec quelque bruit et le prétendait dû à « plusieurs .

mains et. soigneusement préparé sous la direction de Mr. Dryden. » :

re s était one. empressé de conne à | Dryden qui le chargea de la satire XI de Juvénal. Dans le fameux essai « On Satire », adressé à Charles, Earl of Dorset, le « Holyday-Writer » de Pope (4) dont il fait un génie, Dryden compte Congreve parmi les auteurs inconnus qui désirent être présentés à Lord Chamberlain. Mais c’est dans la deuxième partie de ce volume que Congreve occupe un meilleur rang, car là, en tête des six

satires de Perse dues en entier à la plume de Dryden, on lit

sous le titre : « To Mr. Dryden on his translation of Persius »,

des vers qui constituent la première production originale sous

* laquelle paraît le nom de William Congreve. >

Avec une suavité et une régularité de vers qui font honneur

au débutant, Congreve a le soin d’y nommer le vieux pontife de

chez Will’ s (dont Scott disait qu’ « une prise de sa tabatière -équivalait à l’obtention d’un titre dans cette Académie de l’Es-

prit) » (2) :

« Thou great Revealer of dark poetry RER 0e Apollo’s darling priest.

et fait d’une manière assez habile l’apologie des traductions, dernier faible de Dryden dans :

« So stubborn flints their heat conceal Till art and force th'unwilling sparks reveal.

(1) Spence. ’ ÿ (2) Dryden’s Lite (Works I.)

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Lou

= Ce compliment si délicat était suffisant pour Dryden. Pas plus tard que l’année suivante, avec cette géniale puissance de grossir

les choses qui fait de lui l’antithèse de Pope, Dryden devait retourner le compliment, pas en vers, mais avec plus d'effet, -

dans les premières lignes qui parlent de Congreve au public.

Peu après Juvénal, Congreve donne à Dryden sa deuxième

traduction des quelques passages d’ Homère. Or, dans sa dédi-

cace à Lord Radcliffe de l’ « Examen poeticum being the third part of Miscellany Poems » sn le maître dit : :

« Je ne puis ne pas dire à Votre Grandeur qu 1y a dits! cette & Miscellanée deux fragments d’ Homère, l’un de Mr. Congreve « (que je ne puis mentionner sans l’honneur dû à à son extraor- « dinaire talent et le témoignage de l’ affection profonde que je « lui porte) et l’autre de moi-même. Les deux sujets sont pathé- « tiques et , j'en suis sûr, mon jeune ami a ajouté à la tendresse

« qu’il a trouvée dans l'original, et sans flatterie, à a PE =

« Poriginal». ï

A-t-on jamais lu de telles louanges, sorties de la plume d’un

pontife à l’adresse d’un jeune inconnu ? Il nous serait pourtant :

difficile de nous les expliquer, si nous ne savions pas que « The Old Bachélor » avait déjà été reçu au Théâtre Royal dès l'été de 1692. Mais il nous faut citer d’ abord une autre œuvre de

Congreve ; c’est une petite chanson qu'il avait écrite pour une pièce de Southerne, avant le succès de « The Old Bachelor ».

Ces gracieux vers comptent parmi les meilleurs de Congreve,

si malicieux déjà :

Tell me no more I am deceived

That Chloe’s false and common :

’ By Heaven ! I all along believed.

She was a very woman.

Zip,

Ils font partie d’une des chansons de la nouvelle pièce de

Ne

LA

public ». Persius, The Old Bachelor, et la-pièce de Southerne parurent avec la même date, 1693, sur la couverture et Malone

apprenons de la London Gazette (1) que The Maid’s Last

velle comédie de Mr. Southerne The Maid’s Last Prayers (sic) or

Pan | : ee a ’ | è | $ + : ee.

ne For | ae Southerne, The Maid's Last Prayer. Mr. Gosse dit à ce propos: « Malone suggéra que la chanson que Congreve a offerte à Sou- il =

therne pour sa comédie The Maid’s Last Prayer, fut probable- “CES ment son premier essai reconnu et présenté par le poète au “4

ne savait pas laquelle des trois était la première. Mais nous RAS 2

Prayer fut publiée le 9 mars 4693 et par conséquent elle suivit The Old Bachelor de six semaines, au moins ».

| Mr. Gosse a bien l'air d’ avoir raison. Et le Gentleman's Re Journal de Janvier 1692-93 (2) dit même à ce sujet : « La nou-

Any rather than fail fut jouée ce soir pour la troisième fois et. sera jouée encore demain. Il y a dedans deux chansons. Mr. Congreve qui fit les vers de la première a écrit une comédie qui -sera représentée bientôt et dont le nom sera « The Old Bachelor ».

Mais le même numéro, à la page suivante avec le titre :

A song sét by Mr. Henry Purcell - The words by Mr. Congreve

publie la chanson en question avec les notes du compositeur.

Malone avait donc eu raison, la chanson en question fut publiée avant « The Old Bachelor » (3). >

Mais cela ne veut pas dire que Malone était complètement

(1) No 2852. / (2) Numéro annoncé dans les « Term Catalogues » (Aber), 1692 Hil.

(3) À propos de cette nême chanson, Mr. Gosse cite une anecdote rela-

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