V, IL
Comme nous le voyons, la scène de la prison est tout autant que les autres une habile Rae Il est inutile d’ajouter | pourtant que bien qu'ayant à l’ ele parfois la résonnance très précise des vers de Dryden, Congreve a débarrasé énormément la situation de l'excès de style ampoulé, en donnant à l'épisode entier une forme plus humaine et plus coulante. *
Si ce n’est pas une illusion du lieu commun, Congreve paraîtrait avoir pris quelque chose de plus que le nom d’Osmyn au « Bajazet » de Racine. Le frère d’Amurat est également aimé d’une tendre et d’une furieuse. Cette dernière lui offre le
de ne
PAS *éoir-ont tre ele ot qu’ elle peut eu Re par ordre d’Amurat “ et le trône avec son amour. La scène I de l'acte II où Roxane,
s avoir mis celui ‘qu ‘elle aime dans ce dilemne, voit hésiter
révolte et fait venir ses gardes, rappelle le revirement de sentiment de Zara à la fin de sa visite à la prison. à
Rox : De toi dépend ma joie et ma félicité.
De ma sanglante pes ta ue sera suivie.
Tu soupires enfin, et sembles te troubler.
Achève, parle, Bai : O ciel | que ne puis-je ‘parler. 2 :
Rox : Quoi donc ? Que dites-vous ?et que viens- je dense Ho Va | Vous avez des secrets que je ne puis apprendre | 4 GE Fe Quoi ? de vos sentiments je ne puis m'’éclaircir ? Baj : Madame, encore un coup, c’est à vous de choisir. Daignez m’ouvrir au trône un chemin légitime, Ou bien, me voilà prêt : : prenez votre victime. Rox : Ah ! c'en est trop enfin : tu seras satisfait. Holà | gardes, qu’on vienne,
Le reste de la pièce est naturellement tout autre. Avec le quatrième acte l’action se complique : c’est que Congreve entre cette fois en jeu pour embrouiller les fils empruntés aux autres ! Le double jeu de Zara, qui accuse de nouveau Osmyn auprès du roi et devient définitivement maîtresse de son sort, à côté des aveux désespérés d’Alméria qui dévoile com-
plètement, surtout aux yeux de Gonsalez, le secret d’Osmyn, ainsi que la décision de celui-là d’assassiner de sa propre main
. le gênant prisonnier, tout cela est marqué au sceau original du calcul et de l’élaboration.
Mais ce serait faire tort à Congreve, de dire que cette éla-
+ et: soupçonnant quelque chose sous cette hésitation, se se
boration n “i pas moins pleine d'ingéniosité et de mouvement. gs C’est peut-être, comme un tout organique, le meilleur acte de Ja. pièce, un parfait enchaînement et équilibre de scènes r une par rapport à l’autre. mt ue
Sur Je. fond cruel des passions et. des pensées noires A roi
et de Zara, la tendresse d’âme d’ Alméria, qui né peut plus se
contenir et tombe aux genoux de Son père en avouant tout, … tranche comme une Do . un orage.
Man : Hell ! hell ! do q} Dr this and yet endure le What, darest thou to my face avow thy guilt ? Hence, ere I curse ! Fly my just rage with speed, Lest I forget us both, and spurn thee from me, Alm : And yet a father ! I think I am your child Turn not your eyes away (kneels) look on me kneeling, Now curse me if you can, now spurn me off Did ever father curse his kneeling child ?
C’est d’ailleurs le point culminant de l’action. ”
Dans le cinquième acte, Congreve, avec son habileté caractéristique, démêle les fils embrouillés. Nous ne manquerons pas d’apprécier la triple subordination d’action par laquelle il prépare le dénouement. Zara, devenue maîtresse de la vie d’Osmyn va s’appliquer, avec l’aide de ses muets, à le sauver. Son entreprise est minée par la ruse de Gonsalez qui se hâte de parer ses manœuvres. Tandis que le roi, qui n’aura la conviction de la duplicité de Zara qu'après la scène du muet, va se hâter de mettre en œuvre son propre stratagème. Il est cepen-
dant dommage que ce stratagème soit aussi invraisemblable
que grotesque. N’aurait-il pas pu donner une leçon à Zara plus simplement dans son palais, que de se coucher sur le sol d’une prison, affublé du turban d’Osmyn ? Mais, cela une fois admis,
is ne
les “choses vont à merveille. Bien plus, un quatrième filon d’ac-
tion sera introduit par l'auteur pour nous mener au malentendu
2 - tragique de la fin. Le roi, furieux d'apprendre que Lara le trahit, Soufflette Perez, PHous de ses tr
Man : : Hark tee, villain traitor, answer me, slave L ue CR
Per : My service has not merited those titles.
Man : Darest thou reply ? Take that, thy service ihine E | (Strikes him)
Hear my command and 100k, Drench me thy dagg er in Alphonso’'s heart.
Why dost thou start ? Resolve or.
Per : aie I Wil: 2 | (42
Mais le roi songe à faire une surprise à Zara et il ordonne à Perez qu’une fois Alphonso mort, il lui apporte ses vêtements. Le soufflet donné au Capitaine produit un effet inattendu. Il apportera bien au roi le costume d’Alphonso, mais d’un Al-
phonso qu’il aura fait échapper et avec lequel il se sera ligué pour
se venger du brutal monarque. Ce moment fort ingénieusement utilisé par Congreve est imité de « Cesar Borgia », la tragédie de Nataniel Lee. Sans doute la vengeance d’Alonzo (nom qui dans Congreve appartient à la créature de Gonsalez) est toute autre quand il amène devant César Borgia son fils Se-:
raphino « les yeux crevés et la face mutilée ». Mais la scène du
soufflet est presque la même.
Borg : What, hoa, Alonzo, strangle the Prisoners. Orsino, Vitelozzo, haste, I y Without reply.
Alonzo l!
Alon : My lord !
Borg : Slave, l'I strangle thee (Strikes him) With my own hands, if thou delayest my vengeance
fui 4 } FU
SPACE Say, vilain, Via not dead o Alon : My Lord, they are : M (aside) And if I live you shell repent à this blow.
Lo À
> Ses
© Maintenant catastrophe prête. Conealer, en habit de pi . muet, va poignarder son propre roi déguisé en Osmy yn. . Lara va ie délivrer son amant et, le croyant mort, s’ *empoisonnera
“ Alméria le suivant boirait la deuxième coupe si Alphonso et De Perez ne revenaient pas vainqueurs. Toute cette confusion d’où de vient-elle ? D’Alonzo, qui pour ne pas laisser soupçonner aux ur gardes la mort du roi a décapité le cadavre (1). TE
C’est le seul motif de pure invention de Congreve. Mes si la pièce à mérité les accusations d’affectation et d’ enflure que \ nul critique ne lui a épargnées, de est décidément à cause de $ ce dénouement. £
Walpole le plus il d’ Hs eux ei ie: plus AN pour le poète la nomme « un non-sens harmonieux » (2) et Scott (3) y à vu « une des pièces qui ont contribué : à l’ élimination de l’expression naturelle et puissante de la passion sur la scène anglaise et à son abaissement à la manière tragique larmoyante, affectée et pédante, qui l’a hantée jusqu’ à ce que Shakespeare à se soit réveillé à l’appel de Garrick » (4).
(1) Une semblable décapitation se. “route également dans « Cymbeline » mais avec quelle discrétion Shakespeare glisse-t-il sur le dangereux motif 2. (2) Congreve’s theatre genius turned to tuneful nonsense in the « Mourning Bride ». Works I, 1429. (Postscript to The Misterious Mother, a tragedy.) (8) Dryden’s Works, I, 319 n. ES
(4) Cf. « Congreve’s Mourning Bride a tragedy otherwise far from being : void of merit, fails in this respect : and may be given as an instance of one Standing in perfect oposition of the ancient Plays. The incidents succeed one another t00 rapidly. The play is too full of business (voir Johnson). It is difficult for the mind to follow the whole: series of events and what is the greatest. fault of all, the catastrophe which. ought to be plain and simple, is brought about in a manner too artificial and intricate. »
Dr. Hugh Blair, op. cit., II, 489-090. S
AT
La pièce. qui, d’ après le « Ron donnee », à eu treize | représe tations successives et qui, : à l’époque de Davies, était une favorite du public, louée par Blackmore et patron-
anglaise, si elle n'avait pas été depuis longtemps déjà entraînée É sur cette pente. Il y avait vraiment longtemps que, voulant
faire une transition, comme le dit Charlanne, entre les tragi-
ques français et Shakespeare, les Anglais les remplacèrent par un monstre hybride (2). Si sanglant et si ampoulé que soit le
cinquième acte, il est cependant bien au-dessus. des fureurs déclamatoires de Lee et même de l’ enflure des drames héroïques È de Pryden. Rien qu ’une comparaison avec « Cesar Borgia » et avec « The Indian Emperor », dans les scènes citées par exemple, en serait la preuve suffisante. Des vers par ne
re à
More cruel than the tiger o'er the spoil And falser than the weeping crocodile
Fe que Dryden met dans la bouche de Cydaria elle-même (IV, 4), pour ne rien citer des CFÉARRAtONE de Lee, ne se ‘trouvent pas dans Congreve. :
Si Alonzo a le mauvais goût de couper la tête du roi pour Ja cacher dans un coin, cela n’a rien à faire avec les têtes accrochées aux murs et les cadavres enveloppés dans les draps
(1) Beljame dit que la dédicace à la princesse manque à la plus ancienne édi- - tion qui se trouve au Br. M., mais l’exemplaire qu'il cite : 642 lb. 25/2, n’est pas le plus vieux. Il y à des éditions de 1697 qui contiennent toutes cette dédicace. - L'édition en question n est pas de Jacob Tonson mais de Hill, et consiste en un volume qui contient aussi « The Way of the World ». Aucune des cinq pièces du volume ne porte de dédicaces. Le petit format ainsi que le caractère montre que nous sommes en présence d’une édition beaucoup plus récente, en tout cas postérieure à « The Dispensary » de Sir Samuel Garth, annonpee parmi les publications récentes de Hill, l'éditeur. (V. infra.)
(2) L'influence française en Angleterre au XVIIIe siècle.
née par Ja princesse (4), aurait contribué au déclin de la scène a
1 à ne : ù Vo ù ie
sanglants et Far sur des chaises, que Ravenseroft étale dans Titus Andronicus. AM ol PO DU Dr
La prison de Congreve n ea Das ae à 4 bre La
de tortures de Settle dans « The Empress of Marocco » garnie 44 de erochets auxquels pendent des membres mutilés, et jonchée
d’ossements ; ni à la prison de l’ Interlude de Davenant : « Cruelty ie
of the Spaniards in Peru », “prison au fond de laquelle on ee
des Espagnols torturant des marins anglais sur la roue,
même à la scène d’ « Amboyna or the Cruelties of the Dutch ! the English Merchants » de Dryden lui-même, avec des vic-.
times apparaissant, des mèches soufrées aux bras (4). La tra-
dition, avec Davies en tête, dit que « Dryden était présent à la représentation de la pièce et est resté frappé et surpris du premier acte, mais avant la fin du deuxième acte il s’est déclaré
satisfait. » ne : 2
I y a certainement de la nouveauté, qui pouvait devenir inquiétante pour les partisans de Congreve, dans la réserve avec laquelle les deux actes, d’une douce mélancolie coule lentement comme dans une pièce de Racine. La gesticulation et ce
« more bustle than sentiment » du Dr. Johnson, commencent après les deux actes; ensuite la pièce entre en pleine extrava-
gance et Dryden et les siens pouvaient s’en déclarer satisfaits. Cette satisfaction aura été complète au cinquième acte qui nous montre l’auteur suecombant sous l'effort de mantenir sa tragédie dans un ton décent. vos
Ce même noble effort (2) ne se sent pas moins dans la création
(1) Ni avec la scène de The Indian Emperor avec le supplice de la roue infligé au prêtre indien. (V. 2).
(2) Cf. « From the foregoing censure must be excepted The M. Br, where regularity concurs with beauty of sentiments and of language to make it one of the most complete pieces England has to boast of. I must acknowledge however that... in the last act there is a capital error... À room of state is changed to a prison » (!l). — Home Lord Kaïms : Elements of criticism, 1785, II, 498. !
pau
Ne ve ges. personnages. Certainement Congreve soupçonnait mieux
que tous ses confrères en artificialité que : « la passion doit __- véritablement être remplie mais jamais outrée; si les specta-
teurs étaient réduits à choisir entre deux vices, ils souffriraient
le défaut plus aisément que l’excès. Celui qui ne pousse pas ' assez le mouvement, ne contente pas; ce n’est pas donner sujet de se louer; celui qui les outre blesse l'esprit; c’est donner sujet de se plaindre. Le premier laisse à notre imagination le plaisir d'ajouter d’elle même ce qu’ ’il n’a su fournir; le second nous donne Ja peine de retrancher, toujours difficile et ennuyeuse. En effet si on s ’afflige trop longtemps sur le théâtre, Où nous nous moquons de la faiblesse de celui qui pleure, ou la longue pitié d’un long tourment qui fait passer les maux d’autrui en nous mêmes, blesse la nature qui a dû être seulement
- touchée. »
Congreve s’est soumis en effet, tant cu a pu et que son temps le lui permettait à la vérité émise si à DEOpos — comme
. s’il anticipait une pièce à la ous Bride — par ce bon vieux St-Evremond (1). A
La tragédie de Congreve est donc intéressante pour plus d’un motif. Il est vrai que notre critique a été plutôt une défense qu’une louange, une louange faite de négation. Ce n’en est pas moins caractéristique pour la nature de la pièce. Sa valeur, de fond et de forme, consiste en effet plutôt en ce qui y manque qu’en ce qui s’y trouve.
Rejeton du drame de la Restauration, elle va peut-être diffi-
(1) Sur les caractères des tragédies.
ir de « The Fair Bonilentn 3e » de Rowe, le n ets pas 1 non y plus « un simple exercice ce dépourvu < de chaleur Ca d' in ronos N'AURA "2 ou CE
ae) C’ est une noble rébabiliation du drame héroïque, & avec Le