CURE
He has ended the dreadful serpent’ s hiss But wants his sting, his bite’s a toothless kiss ; ; À To show that spite alone in his pretends :
“He ne’ er is eailty of one word of sense.
La arrive à un point mort après 1699. Collier s’em- | presse naturellement de répondre à J. Drake, quoique « eNgaged in business for the Press. » I ne peut faire paraître « a second defence of the Short View » qu’en 1700. Piqué au vif = par les accusations de fausse érudition et citant cette fois-ci Rymer comme autorité, il fait une aride discussion de 142 pages, sur le drame et la comédie antiques. L”’ intelligence de la question n’en devient pas plus claire pour cela, en dépit de la profusion de nouvelles citations. Il faut qu’en Décembre 1703 la repré sentation du « Macbeth » alarme «J-C » (1 ) pour lui faire envoyer une lettre de 15 pages à une personne de qualité pour la défense insipide de Mr. Colliers Dissuasive from the Playhouse; : de même que cet hiver-là presque le même nombre :de pages est occupé par Some Considerations about the dangers of going to Plays, probablement d’un prêtre. Mais celui-ci, comme À representation of the Impiety and Immorality on the Stage, (20 Janvier 1703-04) ou « Some Thoughts concerning the - stage in a letter to a lady », (19 Janvier 1703-04), « À letter in answer to some queries relating to the irregularities charged upon the stage, À letter to a lady concerning the new Playhouse, 29 Septembre 1705, ou bien « On the present State of the Stage » {Letter to Judas Iscariot Esq) avec aussi : À defence of a re- -qulated stage (The person’s of Quality’s answer to Mr. Collier’s
(1) By their acting Macbeth with all its thunder tempest, when at the mention of the Chimmeys being blown dron the audience were pleased to clap at -an unusuüal length of p'easure and approbation.
à da DR
letter), (1) ne sont que des échos de plus en plus rares, dans lesquels s’éteint un conflit, échos où les personnes sont laissées de côté et où les anonymes passent leur temps avec le vieux problème de l’immoralité ou de l’amoralité du théâtre.
Il faut un homme comme l’infatigable Docteur en Droit
Edward Filmer pour y revenir encore et il faut que ce soit Collier pour se donner la peine d’y répondre en 45 pages. N’ayant reçu, dit-il, aucune réponse à ma « Second defence of a Short View », dans le cours de sept années, « jen avais conclu que la controverse de la scène avait cessé. » LE
Mais si Collier se fait vraiment un disciple, c’est bien Arthur
. Bedford (1668-1745), sermonneur inépuisable et auteur de mélan-
ges critiques. Le chapelain de Wriothesly, Duc de Bedford, qui
partagera sa vie entre des « sermons preached to the Societies:
for Reformation of Manners », une lutte pour la réforme de læ
musique réligieuse et d’autres actions ejusdem farinæ, trouvera. dans le camp de Col'ier son meilleur emploi,
Dès 1704-05 son sermon « Serious reflections on the scandalous Abuse and Effects of the Stage » le range parmi ses combattants. À second advertisement concerning the Profaneness of the Play-House (1705), The Evil and Danger of Stage-Plays showing the natural tendency to destroy Religion (sic) (1706),
À Sermon occasioned by the erecting of a Play-House
-(1729), second edition (1735), comme aussi The Great Abuse of
Musik (1711) sont un fatras oratoire destiné à servir la cause: sacrée. Mais son chef-d'œuvre est vraiment l’interminable « Serious remonstrance in behalf of the Christian Religion against the Horrid Blasphemies and Impieties which are still
(1) Par : J. Dennis (v. Original Letters familiar, moral and critical).
LÉ «used in the English Play-Houses to the great Dishonour of Almighiy God and in contempt of the Statutes of the Realm », ‘paru à peine en 1719 et étalant à travers 383 pages touffues, une anthologie de « mille quatre cents textes des Saintes Ecritures | -que l’admirable auteur a trouvé ridiculisés dans les pièces des dernières années. » (IL y avait vraiment de quoi s'inquiéter !) Enfin le livre de William Law (1726) The absolute Unlaw- fulness of the Stage Entertainment fully demonstrated, ainsi que -la longue Letter to the Right Honourable Sir Richard Brocas, Lord Mayor of London (1730) dans le genre des vieilles protestations comme : À second and third blast of retreat from plaies, showing the filthiness of plaies 1580 ou À Refutation of the - Apology for action (1615) de J. G., se classe avec celles-ci, et la’ question si longtemps débattue s éteint, comme elle a débuté, dans l'anonymat et l'oubli (4). k
Nous n’aurions pas tant insisté là-dessus, mais la critique a jugé à propos d’en faire un point fondamental dans la vie de Congreve et nous avons dû la suivre sur ce terrain.
De tout ce que nous avons dit, nous croyons qu 11 ressort clairement que rien ne donne le droit d’accorder à la controverse £ollier l'importance qu’on lui a reconnue.
a) En lui-même le livre n’a aucune valeur; et quant à la
(1) En 1716 Sir Richard Blackmore, dans son Essay upon Wit (Essays upon several occasions) citant seulement Dryden, discute aussi, mais sans trop d'amertume cette fois, l’immoralité de la scène, dont il rend surtout responsable le. grand - public, frivole et inculte. C’est aussi ce que fait par exemple Lansdown dans le
Prologue du Jew of Venice de 1701 (pièce reprise en 1710) en tâächant d’absoudre * —de la sorte et le théâtre accusé par Collier, et la Cour accusée par Dryden {v. le dialogue entre l'esprit de Shakespeare et celui de Dryden). Aussi, Swift en 1709 dans « À prospect for the Advancement of Religion and of the Reformation of ‘Marnners’ » adressé à la Comtesse de Berkeley (il était à ce moment chapelain chez le comte) mdäis écrit pour la reine Anne, donne des suggestions en vue d’une réforme âu théâtre.
Ke 000
fers yawèles aù aie elle n’est nibuvelle que par. des per- | sonnages et les noms qu “elle met en discussion. DCR b) Cette querelle provoque un scandale public entretenu par des commérages et des hommes de peu de valeur; les auteurs après une longue hésitation se voient obligés à une réponse d’une fière indolence, bornée à une simple rectification d'affirmations tendencieuses. : < ù va
c) Néanmoins ces réponses leur ont are h victoire, car les. pamphlets en leur faveur sont comme nombre et comme valeur supérieurs à ceux qui leur sont contraires.
Mais l’attaque de Collier, ne serait-elle considérée que comme un scandale public, n’en aurait pas Moins eu une répercussion violente sur la carrière des écrivains et sur la comédie anglaise elle-même. C’est une deuxième hérésie, qui veut faire de Collier ? un réformateur, une espèce de Luther de la scène anglaise.
« Ce fut, dit Mr. Gosse, un désastre terrible pour la Comédie dans ce pays que son plus grand représentant vivant répondit à une attaque si sérieuse, sur un ton si léger et si violent et d’une manière si profondément déplacée. La position de Congreve était difficile sans doute, car s’il avait résisté avec candeur et tact, il aurait pu gagner une victoire, sinon pour. lui-même, du moins pour la littérature dramatique. »
Encore une fois, il nous est difficile de voir en quoi consiste le manque de sérieux et de candeur de la réponse de Congreve (4). Quelques ironies et le refus de prendre au sérieux « & violent fool » ?
(1) Davies l'ex-promoteur de ce préjugé, dit plus paradoxalement : « No hypocrite shewed more rancour and resentment than this author so greatly celebrated for sweetness of temper and elegance of manners.
(Dramatic Miscellanies III.)
Le Docteur Campbell est, au contraire, différent : « Mr. Congreve was thought of all authors criticized to escape the best and to have defended himself with the greatest appearance of learning justice and candour.
À (Biographia” Britannica.)
Mais nous avons entendu des voix contemporaines du confit qui parlaient d’un combat de nains et d’un Don Quichotte tragi-comique ! Aussi, Congreve était-il assez intéressé à son avenir de poète et assez habile comme homme pour que nous puissions admettre qu’il aurait su se défendre, s’il y avait eu de quoi. Mais, laissant de côté Congreve, le grand critique anglais ‘voit dans son échec un désastre sérieux pour la Comédie Anglaise ‘elle-même. La question devient donc grave ! En quoi consiste -ce désastre ? Est-ce que Collier y met fin ou bien renouvelle-t-il complètement la COMÉQE de mœurs inaugurée sous la Restauration et arrivée à sa perfection dans Congreve et Vanbrugh ? Congreve, qui avait écrit l’honnête tragédie « The Mourning Bride » un an auparavant, écrit la folle comédie « The Way of the World » un an après l’attaque de Collier ! =
Mais cette pièce à échoué, nous dira-t-on. Nous allons voir bientôt si cette opinion est fondée. Fut-elle échouée, il n’en a pas été autrement pour « The Double Dealer ».
Mais rien que le geste de Congreve, de servir à Collier, avec une ironie, au troisième acte (1), une Lady Wishfort et Mrs. Fainall et même la frivole Millamant — pour ne pas parler de Petulant et Fainall, de Foible et de l’horrible Waitwell ! — pendant qu’il écumait encore de rage, montre assez qu’il n’y avait rien de tragique autour de lui. Le succès complet de la pièce un peu plus tard et l'affiche qu’elle tient au siècle suivant — de même que « Love for Love » — sont assez éloquents par
eux-mêmes (2).
(4) « There are books over Chimney : Quakes and Prynne and The Short. View of the Stage with Bunyan’s Works, to entertain you ».
(2) Rien d’alarmant non plus dans le fait qu'il à supprimé quelques mau- “vais vers de « The Mourning Bride » (v. Geneste II, 121) et changé le mot « vrai » en « honnête » dans « Love for Love ». (Geneste II, 195). N’avait-il mas d’ailleurs imposé des changements plus profonds, même avant, à « The Double- Dealler » et « Love for Love »? Des remaniements de style, même de cette
nature-là, il aurait pu les faire de son propre gré. C On dira la même chose des autres auteurs. L'effet de la campagne Collier a été — paraît-il — d'imposer des changements d’expressions. Maïs n'est-ce pas là un exemple parfait de... « parturiunt montes »?
ca 282 —
Le « False Friend » ie Vanbrugh énsuite, n "est-il de 1700 ? Dans le prologue, il est vrai, il nous promet « à A to-day » mais qui ne perçoit les ironies dont il couvre ces « cat-
a-nine tails of the stage », les « dread reformers » ? Cette pièce “
d’ailleurs ne sera- -t-elle pas elle-même citée (tree avec.des ex-
traits — à côté de « The Relapse » et « The Provoked Wife » dans =
une pétition adressée à l’Archevêque de Canterbury contre le hi. cencieux Vanbrugh ? : <> 1 NE ER LS Fi Provoked Husband » paraît plus sage c’est bien la faute. à Colley-Cibber qui y collabore et en peu le prori où il fait amende honorable.
Quant à Vanbrugh en personne, sa vraie réponse à Collier est « The Confederacy » qui eut un sucoès fou à Haymarket : (automne de 1705). Or « The Confederacy » dit une autorité pas :
moindre que Hazlitt, « est une comédie d’un. esprit impudent sans égal. C’est un joli exposé de manque du cœur et de principes ; parce qu’on n’y exprime pas même de révolte ou de sévérité contre le vice, comme chez Wycherley… » (2).
Si cela veut dire réforme, -tant mieux pour les réformateurs ! D'ailleurs lorsque l’incorrigible Vanbrugh voudra régaler le public de son nouveau théâtre avec une pièce de Molière, ce ne sera. pas le Misanthrope, maïs Le Cocu Imaginaire lui-même ! (suivi par Monsieur de Pourceaugnac et le Dépit Amoureux). |
Dryden avait-il cessé de régner ? Et jusqu’à « Don Quixote » de d’Urfey, celui qui devait le premier disparaître, il est vrai, de l'affiche, n’y figure-t-il pas même au siècle suivant ? Les
(1) V. Infra.
(2) En 1706, il est vrai, Vanbrugh fait-jouer sa fameuse Provoked Wite « with alterations : mais ce sont quelques nouveaux « catches » et vas chanson, pour attirer le public.
LR AN fi | — 233 —
annonces es les annales de la scène nous montrent les mêmes auteurs jouissant d’une vogue ininterrompue, de Wycher-
© ley à Mrs. Behn, de Shadwell et Dryden à Killigrew et Ravens-
croft. De même que le livre de Collier n’empêche pas dans le courant de la même année la publication de pamphlets en vers scandaleux tels que : Sof’s Paradise, the Humours of a Derby, Ale House with à Satyr upon the Ale, ou the Poet’s Ramble after Riches, ou the Fascinating Bawd or the Repenting Harlot. On a dit que les théâtres étaient boycottés après l’attaque de Collier et qu’on faisait de grands efforts pour attirer de nouveau le publie, chose qui n’a réussi qu'avec Shakespeare. Un coup d'œil dans Geneste n’est guère en faveur de cette assertion. Par contre, les pièces des années de crise 1698-99, sans différence avec les années précédentes, sont à quelques faibles exceptions près, telles que « Tphigénie » ou « Henri IV », des choses comme : The Campaigners, Pleasant Adventures at Brussels d’un d’Urfey lui-même, qui, dans le prologue et la préface | précitées, se moque de Collier et consacre à la nouvelle réforme une chanson dans la pièce, avec des vers tels que :
New Reformation begins through the Nation.
à And stubborn non jurors For want of employment now scourge the lewd times... Dull clod-pated Ralliers Smiths, cobblers and Colliers Have damn’d all our rhymes etc. etc.
Cuckolds and Canters And treason-absolvers. etc. etc.
Phaeton or the Fatal Divorce (Gildon), The Imposture Defeated or a Trick to cheek the devil (G. Powell), The revengeful Queen (Will Philipps), Fatal Discoverey or Love in Ruins, Ca- | ligula (Crowne), de même que The Rise and Fall of Massaniello
En
SE à =
(D'Urfey), Love without Interest (Powell), toutes pièces d’au- | : è A
teurs de la vieille école, sans rien qui sente la réaction, avec les mêmes monarques sanguinaires et les mêmes Sir Fickle Cheats. Tout cela à Drury Lane. Quant à Lincoln’s-Inn-Fields, il nous donne Queen Catharine or the Ruins of Love (Miss Pix), Heroic Love (Georges Granville (avec prologue de Dryden), The Unnatural Mother (By à Lady), Beauty in Distress (Motteux),
The Deceiver Deceived (avec des Lady Temptyouth, A Female Pimp, et des Rich Fools, par Miss Pix), The Pretenders or the
Town Unmaskt, avec quelques escrocs et hypocrites (Dilke), The fatal Friendship or The Mad Reformer (avec des allusions à Collier et dans le prologue duquel Cibber recommande le livre de Collier aux jeunes filles pour savoir quelles sont les pièces qu’elles doivent lire !), Love’s a Lotery and The Woman the Prize (l'acteur Joseph Harris), The False Friend or the Fault of Disobedience (Miss Pix), Friendship Improved or the Female Warrior (Hopkins). DRE
Les plus décents des auteurs cités sont Mrs. Pix, Mrs. Trotter, et elles étaient les disciples directs de Congreve. Peut-être nous imaginerons-nous que ces auteurs n’avaient pas de succès. Mais là-dessus Mr. Montague Summers (Theatrical History) est en mesure de dire : « Quand nous examinons quelques détails de la période de 1698-1700, les faits sont parfaitement clairs : les spectateurs étaient avides de situations embrouillées et bruyantes. Ainsi à Drury Lane en 1698, parmi les nouvelles productions, les Campaigners de d’'Urfey, cinq actes de fautes rapides, de découvertes et de contretemps… et The Importune Defeated (de Powell), comédie piquante d’intrigue farcie de beaucoup de chansons et de danses, ont été des succès incontestables. La même année, à Lincoln’s Inn Fields, Ta ville re-
| cevait très favorablement des nouveautés comme l’imbroglio
espagnol de Motteux Beauty in Distress, et The Deceiver
Deceived, pièce. embrouillée et exubérante de Mrs. Pix. À Drury Lane, -en 1699, l’hilarante Love and the Bottle de Farquhar | avait attiré une foule énorme, et l’étincelante et croustillante
The Constant Couple, un peu plus tard la même année, fut
un Coup presque sans précédent. » Si Farquhar, qui débute main-
tenant, est plus décent que Congreve et Vanbrugh, il n’en.est
Fe pas moins de leur école. Il n’y a qu’une différence de tempéra-
ment; son succès ajoute à celui de la comédie contre laquelle
fulgurait Collier. Dans sa première pièce citée il ne se fait pas
faute d’ailleurs d’ ironiser celui-ci :
Royal Theatre ! JT come 16 mourn for thee, ob, Collier, Collier ! thou’st frighted away Miss C.S. ; (Epilogue).
1081.56 félicite intelligemment d’avoir écrit « The Constant Couple » ‘without smut and Profaness’, (v. préface et prologue)
la pièce, de même que « The Twin Rivals », n’est pas d’allure
moins libre et le maximum de concession qu ‘il fait dans la pré-
face de cette dernière à Collier est la suivante : Ce monsieur, il est vrai, aurait rendu au drame un service considérable s’il
avait attaqué la scène seulement pour châtier l’inconduite et
non pas pour lui enlever la vie ». Encore, dans The Adventures of Covent Garden parues en 1699 et qu’on lui a attribuées à très juste titre, prend-il part à la fin de la lutte, et dans une leste parodie, mettant dans quelques situations ridicules Peregrine Bertie, auteur des Ordonnances de Guillaume III, il n’oublie pas de
lancer aussi quelques flèches à Collier. Ne fait-il pas d’ailleurs lui
aussi dans ses pièces la Parodie du Mariage, et ne s’attaque-til pas à nombre de préjugés chers aux Puritains ?
lo no
Si plus a Richard Steele — l'écrivain d’ ailleurs à À l'existence si libertine — inaugure la Comédie Sentimentale, nie | teur enthousiaste de Congreve, il le fait sous le patronage d’un
tout autre Caton que Collier et au début d’une époque totale- É .
ment différente. En dépit de ces nouveaux temps, arrivés enfin, Colley Cibber, si enclin à suivre Collier, va imiter Congreve; Mrs. Centlievre également, tandis qu’un Fielding et un Foote satiriseront bientôt l’éphémère comédie larmôyante. Et quand vers le milieu du XVII siècle la comédie de mœurs, malgré tout, va renaître, Goldsmith sera le grand admirateur de Congreve et Sheridan son fidèle disciple. S’il y a donc une évolution dans la comédie anglaise, elle est dans le sens de Congreve et les fluctuations de cette évolution, ne tenant pas trop compte de Collier, sont provoquées par des lames de fond. |
Mais s’il n’y a pas eu de désastre dans la comédie anglaise, peut-être y en a-t-il eu dans la vie et dans la carrière des écrivains ? Peut-il être question de quelque chose de semblable ? Congreve a-t-il jamais cessé d’être le poète en vogue, comme Vanbrugh, d'enregistrer des succès et de projeter des affaires théâtrales ? La vie de Congreve at-elle jamais été plus prospère qu’à partir de cette époque ? Fera-t-on moins de saillies ironiques au Kit-Cat Club à l’adresse de la campagne contre le théâtre ? (4) Lt l’essaim des amis grands et petits diminuera-t-il autour de lui ? On a parlé de la solidarité d’entre les écrivains à cette occasion ; dans tous les cas cette solidarité s’est cimentée ‘autour de Congreve, car, si quelqu'un a été l’objet de flatteries et de défenses contre Collier, c’est bien « l’irréprochable barde. »
(1) .… « He subseribes largely to the building of the new Play House to show his aversion to Profaneress and ImmMorality and is altogether for Cap. H. D. and Mr. C-ve’s being directors of it because those two géntlemen’s dramatic performances have so very much answered the design of the Royal! Proclamation for a general Reformation of Manners ». (A Kit Cat C-B, described, 1705.)
er
Mais Betterton et Mrs Bracegirdle ont été mis à l’amende pour des paroles profanes et les juges de Middlesex non seulement ont rendu une sentence contre les théâtres mais aussi contre Mr. Congreve, pour sa pièce The Double Dealer, contre D'Urfey pour Don Quixote, et contre les femmes qui, fré
quentant masquées les théâtes, poussaient au dévergondage et
à l’immoralité (1). Cette mesure d'ordre public concerne-t-elle autre chose que la loi-et le tribunal ? Vanbrugh n’en parviendra pas moins, à fonder avec Congreve par souscription publique, le nouveau théâtre de Hay-Market au grand dépit du clergé qui, le 10 Décembre 1704, poussa de hauts cris contre ce scandale dans une « Letter to the Most Reverend Father i in God, Thomas Lord Archbishop of Canterbury ». Du fait qu’ils s’alarment des
| passages, dont ils citent les extraits, de The Provoked Wife,
The Relapse et de The False Friend (1702), les sympathies réformateurs montrent que la capitaine était encore prospère longtemps après le coup de grâce de 1698 !
Mais même si un procès formidable avait été intenté à Congreve, aurait-il eu une répercussion, un effet littéraire quelconque ? Le procès de Madame 'Bovary a-t-ilchangé un moment le sort de Flaubert et du roman français ? Celui du Le Roi s'amuse a-t-il eu une répercussion sur le théâtre français ? Le même gouvernement qui, par des juges timorés, poursuit Congreve, le com
“blera bientôt d’honneurs et des plus grasses sinécures par ses
leaders. Aussi bien, il ne faut pas oublier que les proclamations de Guillaume contre le théâtre avaient eu lieu avant Collier, et avaient été pour ainsi dire les manifestations d’un nouveau régime politique et social, inauguré après la Révolution.
(1) Narcissus Luttrel’s Diary : May 12, 1698.
En effet l’ordre de Bertie, du 18 février 1698, dont on a fait tant de cas, envoyé aux deux théâtres, commence ainsi - «Sa Majesté étant informée que, malgré les ordonnances du 4 juin 1697 (1) données par le Earl of Sunderland, (alors « Lord Chamberlain of his Majesty’s household ») pour mettre fin à
l’immoralité de la scène, plusieurs se sont jouées récemment, | 4
qui contenaient des expressions contraires à la religion et aux : bonnes mœurs » (2). Ensuite un décret de Jacques I* ne punissait-il pas déjà de dix livres d'amende l'emploi du nom de Dieu sur la scène par plaisanterie ou par profanation ? (3) On a parlé des sociétés pour .la réformation des mœurs d’alors. Mais
n’existaient-elles pas du temps du même Jacques [* ? Leurs protestations — aussi sérieuses que celle que nous venons de
voir contre Vanbrugh n'en étaient pas moins platoniques. Leur effet se lit bien dans « An Entire Set of The Monitors intended for the Promoting of Religion and Virtue and suppression of
Vice and Immorality containing 41 poems on several subjects »
que Mr. Nahum Tate, en poète lauréat, se trouve obligé d’adres-
ser en 1712-13 à Sa Majesté la Reine. Ce n’était pas avec de la
sotte littérature, ni tout d’un coup, que la réaction contre
l’époque de Charles IT devait se produire. La mesure prise
contre l’usage des masques entre aussi dans le large chapitre
d’une évolution lente et entière des mœurs. Comme la femme
acteur avait été sifflée sur la scène sous Charles I”, de même : les masques seront combattus après la révolution et supprimés sous Ja reine Anne, | $
De fait, on à oublié qu ] y avait eu une révolution. Tout le
(1) C’est-à-dire bien avant Collier. S
(2) Publié dans la London Gazette No 3474, Monday, February 27 (1698-99). reproduit par Malone dans « Dryden’s Fetes ».
(3) Geneste II.
> hehes provenait donc de là. te soumis à à des lois un peu plus lentes et plus profondes que ceux qui règlent Jes polémiques de presse, et qui verront leur évolution achevée
; quelques dizaines d’années plus tard, de même qu'ils avaient
commencé une vingtaine d’années auparavant. On à oublié ; aussi que la vie littéraire en général + et en Ce qui concerne
JE 2 la littérature englaise un livre récent l’a prouvé entièreae ment (4) — est une alternative entre deux courants : : le ratio-
nalisme fopmaliste et classique et le romantisme jeune et exalté. Or, à ces deux termes de la fraction s ajoute toujours mr exposant moral tantôt en plus, tantôt en- moins.
L'époque de Congreve avait accentué le facteur Héontif déme- *i surément. La réaction devait fatalement s’ensuivre et couvait déjà dans la conscience des écrivains. Dryden la proclama.
Congreve — dont la muse s assagissait à mesure qu’elle prenait
de l’âge et entrait dans le 18° siècle en diminuant graduelle-
; ment son décolleté — le suit dans The Mourning Bride. Chacun se livrait à des intempérances de langage mais sans y croire. C'était une mode. Contre cette mode les ordonnances de Guil- Jaume et la maturité des écrivains suffisaient. Point n’était besoin d'écrire à grand fracas un livre médiocre, que la critique claironnerait ensuite pendant deux siècles, et auquel serait lié le désastre ou la réforme du théâtre anglais (2).
Mais laissons à Collier le soin de reconnaître son œuvre ! Dans sa préface au lecteur, dans « A second Defence of the Short View » (3) la réponse à Drake, dès 1700, Collier est en mesure
{1) Louis Cazamian : L'évolution psychologique et la littérature en Angleterre.
(2) Nous constatons avec satisfaction que l'étude la plus sérieuse de la 4 controverse Collier est aussi celle qui s’exalte le moins sur ses effets. Beljame est là-dessus tout aussi réservé qu'il était sur la valeur du livre même.
(3) Novembre 26, 1699.
= , En
de dire : « Quant au théâtre, je prends tout espoir de ne rendre service; il est, que je puisse voir, plus enclin à retomber dans e ses erreurs qu’à s’en Corriger. [ls ne se font aucun scrupule de revenir avec leurs mauvaises pièces, comme si l’indécence et la
profanation étaient les choses les plus importantes à dé-
voiler. » Après cela il n’a rien d’ étonnant à ce que son adversaire le plus conciliant, John Dennis, dise dans sa lettre du 3 août 1719, « On the present State of the Stage » : « Mais de pièces de Shakespeare — allez vous dire — étaient courues et celles de Tom D’Urfey négligées cet hiver. Soit. Mais je vous montrerai dans ma prochaine lettre que la généralité du public — en dépit de cette attitude — s’entête à estimer et à aimer de tout son cœur, Tom D’Urfey et à mépriser Shakes- | peare. » (1). |
Avec ces lignes, nous jugeons à propos de clore le chapitre passionnant... du « Short View ». Encore une fois, nous ne lui aurions pas accordé tant d'attention si de la manière dont on a exagéré l'importance de la campagne de Collier, il n’en était résulté une fausse idée sur la comédie de mœurs en Angleterre et sur la figure marquante qu’en est notre poète lui-même.
Plus profondément enracinée dans le cœur du peuple anglais et attachée à la littérature universelle par plus d’un lien durable, la comédie de mœurs suivait l’évolution de ce peuple et Je cette littérature même.
Doués d’une nature plus sérieuse et plus compliquée, comme:
(1) Tom Brown, que cite à propos Mr. Gosse, nomme — au contraire — le mouvement de Mr. Collier « a drowsie Reformation ». D'ailleurs c’est lui l’auteur de « The Stage Beaux toss’d in à Blanket or Hypocrisie à la mode » exposed in a true picture of Jerry Collier, a Pretending Scourge to the English Stage ; a comedy ‘with a Prologue on Occasional Conformity... and an Ebpilogue on the Reformers » (Drury Lane, 1704). La lettre dédicatoire à Cristhoper Rich ne fait aussi que défendre la scène. <
aussi d’une qualité-plus fine, Congreve et son école étaient bien autre chose qu’une mauvaise herbe à extirper. Leurs destins avec les péchés inhérents à leur nature, étaient d’une essence plus élevée.
Maladie et Fatigue Le poète blasé de la gloire commence à faire | place au gentleman
En arrachant Congreve des serres du pasteur, nous retrouvons le jeune poète brillant et intact, le jabot de dentelles à peine chiffonné — prêt à être changé le lendemain; mais en tous cas avec la même perruque orgueilleuse, qui irritera Thackeray.… et la même rose — s’il en a jamais eu ! — à la boutonnière ! Un peu vieilli peut-être, car sans abuser de la vie, il ne l’a jamais économisée.
Si cela n’a pas eu de répercussions Sur son Organisme robuste, la maladie des aristocrates et des grands poètes du monde (1) le guettait. La lettre de Dryden à Mrs. Stewart du 7 Novembre 1699, nous le montre pour la première fois malade de la goutte à Barnett-Wells. Dans une lettre semblable, à peu près de la même époque (4 Mars 1698-9), on nous parle de la reprise au théâtre, de The Double Dealer (which was never very
(4) « ‘Nunquam poeta nisi podager’ d'Ennius n'est pas un simple mot. La famille des goutteux est vaste et noble. Horace, Ovide, Auguste le furent. Les Medicis et les Bourbons, Leibniz et Calvin, Montaigne, La Rochefoucauld, Chateaubriand, Lamartine, Rubens, aussi. « La Tragopodraga de Lucien, n’est si belle que parce que écrite par un goutteux » (« Mercure de France », 1922).
“Rod L'afriche contenant pour la première foie: du moins <n Angleterre, le nom de l’auteur, dit : « écrite par Mr. Con- . ‘greve avec quelques expressions supprimées ». Dryden met cette suppression sur le compte des ordonnances de Guillaume HI. C’est aussi en Mars .que nous voyons Congreve — ami inséparable de Dryden — signer le contrat passé à l’occasion des Fables entre le poète et l'éditeur Tonson —— tel qu’il l’avait déjà fait à l’occasion du « Virgile ». Mais, en outre, nous voyons Congreve, à la veille de la représentation de sa dernière <omédie, jouer le rôle de chef d’école; la manière dont Collier - Pavait traité dans ses attaques n’y avait pas peu contribué. La - situation surtout de poète factotum à Lincoln’s Inn Fields lui donne une sorte de suprématie littéraire.
C’est sous son égide que, dès 1696, deux futures étoiles, Mary Pix et Catharine Trotter (*), avaient débuté et faisaient maintenant des progrès dans l’adulation du public, et paraît-il dans celle du poète également.
(*)Déjà en 1697, d’ailleurs, un certain P. Harmen. l'exaltait en vers, à l’occasion de sa tragédie The Fatal Friendship ; mais tout en portant aux nues la muse tragique de Cath. Trotter, il lui conseillait dans son propre intérêt, de se mettre en garde contre la contagion de la Muse <omique de Congreve, celle-ci ne convenant-pas à son génie.
Let Congreve, Granville and the few who yet Support the credit of our poets wit….
Un passage des « Animadversions » déjà cité nous montre Congreve, À l’occasion de la représentation de la pièce de l'acteur Georges Po- -well (1) The Imposture defeated à Drury Lane, faisant une mine jaouse, le chapeau enfoncé sur les yeux, au milieu de ses acteurs et
(1) Accusé de plagiat par Mrs. Pix, d’où son inimitié envers Congreve.
e ou
| C'est encore dans son entourage que nous trouvons Dennis,
Vanbrugh, Moyle,. Hopkins, d’Urfey, Gildon, Filmer, Walsh,
Maynwaring, avec de grands amis de la veille comme Wycher-
ley, Dryden, et les amis du lendemain comme Addison, Steele,
Swift, et Pope, qui suivra bientôt. En 1697, une jeune Irlandaise de qualité, née Miss Norton, plus tard Lady Grace Gethin,
vient à mourir; et en 1699, une édition prétentieuse de ses. | œuvres paraît; en tête « À poem in praise of the author » » était écrit de Congreve lui-même.
I that hate books (such as come daily out
By publick license to the Reading Rout) And due Religion yet observe to his,
En seize vers pareils mêlés de tréiaié et de piété, le barde donne une renommée posthume à l’exceptionnelle et précoce défunte. Au fond, comme l’a fait remarquer Mr. Leslie Stephen, les prétentieux essais sur l’amitié, le mensonge, l’amour et la mort, « n'étaient que des pastiches d’après: les moralistes et. auteurs d’essais du 17° siècle, et spécialement d'après Bacon ». Congreve, qui peut-être n’avait pas lu le Le l’a ignoré où a. fait semblant. e
C'est aussi en 1699, d'après toutes les probabilités, que date la lettre-
actrices de marque, et awec deux « She-things cold poetesses » qui écrivent pour se.….-majestueusement assis de la sorte entre ceux-là et quelques autres de ses critiques ane et res après l’échecde la cabale.
Dans un autre passage ce même Chapeau ae apparaît, mais. de meilleur augure pour le poète, car sous son ombre, « il n’a plus du tout. besoin d’envier le ciel, mais il n'a plus qu’à envoyer des œillades à sa chère Bracilla qui lui sourit malicieusement de la petite loge voisine ». Mrs. Bracegirdle régnait donc encore sur le Cœur du poète, malgréquelques escapades, peut-être, de celui- ci, dans le monde féminin des lettres 1
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F vivant en ncore en mercenaires : « les hommes après s'être battus de tout, reviennent vers la cinquantaine à leurs foyers, avec l'argent et les membres qu'ils ont pu sauver sur les champs de bataille ; l'un d'eux, revenu borgne, se vante que dans sa famille 1 y a meinte- - nant sept jambes de bois et que depuis quatre générations aucun mem- : bre de sa famille « n’est descendu entier au tombeau ». La goutte de Congreve a du se distraire et se consoler de ces réalités pittoresques | ; + 4 É - C’est ce que soupçonne Addison du moins, car à la même époque, dans la lettre de Blois, (publiée quatorze ans plus tard, dans le No; 101 de The Guardian) Addison le plaint d’avoir tant souffert de la goutte, quoique, pour sa consolation, il croit qu'il est le premier Anglais qui ait eu l'honneur. d'avoir cette maladie. Addison le console encore en ‘Aut disant que lui aussi,. à cette époque, a eu les fièvres, provenues, «roit-il, de la même cause ; puis en lui décrivant avec profusion les beautés de Versailles et des paysages français, « plus beaux que ne = ones les imaginer Congreve, tout poète LE ’il est », il le prie de remettre une lettre à Montague.
HORS 1e relations d catre Addison qui ni et le ou qui,
comme on le voit, n’était pas encore trop sorti de son pays,
paraissent très intimes à cette époque on
de Congreve passa l’été de 1699 à la campagne chez Ralph, - Earl of Montague dans la société la plus distinguée.
Parmi ces « Scipions » et « Laelius » (2) qui tournaient autour du Lord, il lui passa par la tête de jouer le rôle de Térence. « The Way of the World » (3)a pris naissance à cette époque, « car ce fut immédiatement après cela que la comédie
(1) Hurd II, 4. =
(2) Y avait-il aussi parmi eux Pulteney le Earl of Bath de plus tard? G. Col: “man dans sa dédicace de « The Jealous Wife » (1762-3) fait rappeler à celui ci qu'il à lu les pièces de Congreève « my brother student of law », en manuscrit. S'il faut y ajouter foi, ces pièces « ne pouvaient être que The Way ‘of the World », tout au plus. En 1700 le jeune noble n’avait que 16 ans (1684-1764). IL deviendra pientôt membre de Kit-Cat.
(8) v. sa dédicace au Lord en question.
fut écrite ». Etrange manière d’écrire une pièce qui allait être son chef-d'œuvre pas plus tard qu’au lendemain du conflit sinon « désastreux », du moins le plus sérieux de sa vie.
Quelle ambition ce conflit n’aurait-il pas éveillée dans 4 n’importe quel homme de lettres de son âge ? Mais le mondain et indolent barde vivait trop dans son monde pour se fatiguer : pour d’autres. Notre gentilhomme blasé laisse tomber alors à cette comédie, comme « The Double Dealer », du haut de sa. grandeur. La pièce entière n ’était-elle pas une charge traitée avec un souverain mépris ? L’aurait-il vraiment écrite, si un silence de trois ans, rempli seulement par des pièces inférieures d’autres écrivains, dans le tumulte d'un scandale littéraire n’obligeait-il pas Congreve à se souvenir du contrat de 1695 avec sa compagnie ? Quoiqu’écrite à la hâte et sans soins, la pièce fut précédée de certaine rumeur. Au Noël de 1699 — la pièce avait dos été écrite en deux ou trois mois — Vanbrugh peut écrire à Lord Manchester que si la pièce de Congreve « ne tire d’ embarras les acteurs, c'en est fait d’eux ».
« C’est une comédie et elle se jouera dans six semaines environ; personne ne l’a encore vue »(1). Le 2 Mars 1699- 4700, Dryden écrit à Mrs. Stewart : « La nouvelle pièce de Congreve n’a qu’un succès moyen, quoiqu’elle vaille mieux que cela ». Le prologue de la pièce nous montre l’auteur de « The Double Dealer » achevant son évolution vers l’attitude hautaine et indifférente du gentleman. Il est difficile de trouver un plus complet détachement d’un auteur dramatique, non seulement
de son publie, mais de son œuvre même.
Poets are bubbles by the town drown in Suffer’d at first some rifling stakes to vin.
(1) Cfr. J. Doran : Annals of the Stage from Betterton to Kean.
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